Ci-dessous l'homélie de Mgr Gérard Daucourt, évêque des Hauts-de-Seine, sur l'évangélisation lors d'un pélerinage diocésain à Amiens.
Pèlerinage diocésain à Amiens
21 octobre 2007 – Journée mondiale de la mission
****************
Chers Pèlerins,
A la dernière page de votre livret, vous avez pu lire des extraits du message que le pape Benoît XVI a adressés à tous les catholiques pour cette Journée mondiale de la mission, et notamment cette phrase : "N'oublions pas que la contribution première et prioritaire que nous sommes appelés à offrir à l'action missionnaire de l'Eglise est la prière…"
Voici que, ce même jour, le Seigneur Jésus nous donne un enseignement sur la prière, plus précisément sur la persévérance dans la prière. C'est la parabole que nous venons d'entendre. Nous sommes donc invités à persévérer aujourd'hui dans la prière pour la mission de l'Eglise.
Pourquoi donc prier pour la mission ? Dieu ne sait-il pas que nous devons être de meilleurs missionnaires chez nous, qu'il faudrait que beaucoup plus de jeunes partent porter la Bonne Nouvelle sur les autres continents, que partout il y a besoin de davantage d'ouvriers pour la moisson ? Est-ce qu'il ne le sait pas ? Est-ce qu'il faudrait rabâcher, multiplier les prières comme cette femme de la parabole qui cassait la tête à ce juge? Eh bien précisément, Jésus nous raconte cette parabole, nous donne cette parabole pour nous dire que Dieu est bien plus que ce juge qui se décide enfin à répondre à cette femme. Il sait ce qu'il nous faut, mais il veut que, par la prière, nous lui exprimions notre foi, notre espérance, notre fidélité.
Mais il y a encore plus. La prière ne change pas Dieu, elle ne fait pas pression sur lui. La prière nous change. Essayez, si vous ne le faites pas encore : priez avec persévérance pour la mission dans les Hauts-de-Seine, en France, et partout dans le monde. Priez avec persévérance ! Priez pour que tous les baptisés aient vraiment conscience que la mission est inscrite sur leur feuille de route. Priez pour la coopération missionnaire entre toutes les Eglises sur les cinq continents. Priez avec persévérance, et vous verrez, vous deviendrez davantage missionnaires, vous deviendrez de meilleurs missionnaires. Vous verrez que vous avez encore beaucoup à faire, que nous avons encore beaucoup à faire pour la mission. Dieu nous changera par notre prière pour la mission. Et encore, par le Christ ressuscité, dans la communion des saints, il fera aussi que votre prière rejoigne tous ceux et toutes celles qui sont en état de mission, pour qu'ils changent eux-mêmes ou pour qu'ils soient fortifiés, consolés si nécessaire, et qu'en tout cas, leur labeur puisse porter du fruit.
"Allez annoncer la Bonne Nouvelle à toute la création… de toutes les nations, faites des disciples."
C'est à nous que le Seigneur Jésus aujourd'hui donne cet ordre, cet ordre de mission justement. Annoncer la Bonne Nouvelle, la voilà notre mission. Où que nous soyons, il nous faut être complémentaires, solidaires les uns des autres par l'entraide dans la pastorale, par la prière, par le partage matériel ou financier, voilà comment va s'exprimer une mission accomplie en Eglise. Annoncer la Bonne Nouvelle est une mission qui est contenue dans la Parole de Dieu. La Bonne Nouvelle est contenue dans la Sainte Ecriture, c'est la Parole de Dieu. C'est même la personne même de Jésus, dont tout le mystère nous est révélé par l'ensemble de la Bible. Grâce à cette Parole, disait saint Paul dans la 2ème lecture que nous avons entendue, "… l'homme de Dieu sera bien armé, et il sera pourvu de tout ce qu'il faut pour un bon travail." Notre travail, c'est la mission, c'est l'évangélisation, c'est la transmission de la Parole. "La Parole que tu reçois, transmets-la." Ce thème de la Journée mondiale de la mission et de notre pèlerinage doit nous rappeler premièrement que ce que nous voulons transmettre, ce que nous devons transmettre, nous devons d'abord le recevoir.
Chers amis, est-ce que chaque jour, vous lisez et méditez au moins quelques versets de la Parole de Dieu ? Est-ce que dans toutes vos réunions, aussi bien d'équipes d'Action catholique que d'équipes du Rosaire, de Conseil paroissial ou d'équipe pastorale, de catéchistes ou de membres de l'équipe liturgique, d'aumôneries ou d'équipes du Secours catholique, est-ce que dans toutes ces réunions, il y a un temps d'accueil de la Parole ? Si vous ne le faites pas, alors vos actions seront généreuses sans doute, vous allez même défendre et répandre des valeurs, comme on dit, vous allez même proposer une morale, pourquoi pas, mais vous ne serez pas missionnaires, vous n'évangéliserez pas. Ne vous étonnez pas alors que si fréquemment vous vous retrouviez toujours les mêmes et que vous soyez si souvent préoccupés pour trouver des remplaçants ou des successeurs.
Recevoir pour transmettre. Transmettre, mais à qui ? A tous, au monde entier, dit Jésus.
Nous transmettre la Parole les uns aux autres, entre nous, pour nous évangéliser les uns les autres. Nous sommes responsables, chacun, de nos frères et sœurs et nous pouvons compter, chacun, sur nos frères et sœurs pour recevoir la Parole, pour qu'elle nous soit constamment transmise, dans toutes les occasions que nous offre l'Eglise, à commencer bien sûr par la célébration de l'Eucharistie, les célébrations de la Parole, toutes les formes de catéchèse à tous les âges et à toutes les générations et dans toutes les circonstances de la vie.
Nous transmettre la Parole les uns aux autres, mais aussi transmettre la Parole aux 90% de catholiques de notre diocèse qui ne sont pas des membres actifs de l'Eglise, leur transmettre cette Parole pour réveiller leur baptême, pour leur révéler leur vocation missionnaire et la joie de vivre avec le Christ.
Et enfin transmettre la Parole que nous avons reçue, la Parole qui nous fait vivre, la transmettre à tous : aux musulmans, aux juifs, aux bouddhistes, aux non croyants. Oui, nous sommes chargés de les évangéliser tous et en leur transmettant la Parole.
Je dis bien évangéliser, annoncer la Parole, je ne dis pas convertir. La conversion ne peut s'imposer. Elle s'accueille comme une grâce de Dieu, à laquelle une personne, dans sa liberté, répond personnellement.
Annoncer la Bonne Nouvelle, non pas convertir. Mais voici que sous prétexte de ne pas convertir, sous prétexte de respect et de tolérance, trop souvent, nous nous taisons : la moindre démarche d'évangélisation publique est souvent soupçonnée, il est devenu incongru de faire un signe de croix en public ou peut-être même entre chrétiens avant un repas ou dans d'autres circonstances, des chrétiens n'osent plus mettre un signe religieux dans leur maison et même parfois dans une école catholique ; la proposition d'un dialogue sur la foi ou une invitation à une réunion pour un partage sur la foi devient difficile, on pense qu'on ne devrait pas le faire sous prétexte de laïcité dans la République ou de neutralité dans une entreprise.
Nous disons – et je le répète très souvent – que nous évangélisons d'abord par nos vies. C'est tout à fait vrai qu'il s'agit d'abord de montrer comment le Christ nous fait vivre, sinon nos paroles n'ont pas de sens et nous sommes des hypocrites. Mais il ne suffit pas de vivre, il faut aussi transmettre, il faut aussi parler, il est absolument nécessaire d'annoncer, de dire qui est le Christ, ce qu'il a fait, ce qu'il veut pour nous, ce qu'il veut pour le monde, et pour cela de faire connaître la Parole qui le révèle et qui révèle tout le mystère de Dieu, du Dieu Amour, que Jésus lui-même est venu nous révéler. Reconnaissons qu'en réalité, respect et tolérance ne sont souvent que des excuses à cause de notre manque de courage, nous avons peur des réactions, peur de mettre à mal une bonne relation, peur d'être incompris ou moqués ou méprisés. Et pourtant, tout cela aussi est sur notre feuille de route. Il y a également parfois des causes plus profondes : nous ne sommes pas convaincus de la nécessité d'évangéliser : après tout, disons-nous, je n'ai pas à me mêler de ça. Si quelqu'un est incroyant ou d'une autre religion que le christianisme, c'est son choix. L'essentiel, c'est qu'il soit sincère. Et puis Dieu aime tous les hommes, pourvu qu'ils suivent leur conscience. Et tout cela n'est pas faux. Mais là encore, tout cela est insuffisant, car si pour notre tranquillité, nous nous taisons, en prétendant respecter la conscience des autres, en réalité, c'est la nôtre qui est endormie.
Au fond, si nous voulons accueillir le message que l'Eglise nous donne en cette Journée mondiale de la mission, "la Parole que tu reçois, transmets-la", si nous voulons transmettre cette Parole, la toute première question, la plus fondamentale est celle-ci : "Est-ce que je suis convaincu qu'annoncer l'Evangile en paroles et en actes est le plus grand service que je puisse rendre à toute personne et à la société, à la France, à l'Europe, à l'Afrique, aux Amériques, à l'Asie, à l'Océanie ?"
Certains d'entre vous hésitent peut-être sur la réponse. Eh bien je souhaite que ce pèlerinage soit pour eux l'occasion de se décider à y voir clair, à approfondir leur foi, à se rapprocher du Christ, à vivre une relation personnelle avec lui. Car plus nous rencontrons le Christ, plus nous devenons disciples, plus nous comprenons que si le Christ nous appelle vers lui, c'est pour nous envoyer vers les autres. On ne peut pas être du Christ si on n'est pas en même temps de l'humanité. On ne peut pas servir le Christ si on ne sert pas en même temps nos frères et sœurs en humanité.
Et si votre réponse est oui, si vous êtes vraiment convaincus que c'est le plus grand et le meilleur service, sans hésitation, alors c'est le moment de vous souvenir que sans le Christ, nous ne pouvons rien faire dans notre mission, que nous ne sommes jamais à la hauteur de cette mission. Mais que c'est Lui qui vient nous prendre, depuis le jour de notre baptême, pour nous mettre à sa hauteur et faire passer par nous son Esprit, pour que nous soyons capables d'être missionnaires. Il nous donne son Esprit de lumière, de force, de joie et de paix.
Nous l'accueillons dans cette Eucharistie, qui est la source et le sommet de toute la mission de toute l'Eglise.
+ Gérard Daucourt
évêque de Nanterre