Avé
A lire tous les témoignages édifiants de ce fil, je m'aperçois que je suis vraiment fortuné d'habiter à Paris depuis l'âge de 2 ans : je n'ai jamais connu les horreurs décrites ici, j'ai peine à croire qu'elles puissent vraiment se faire, à vrai dire. Plusieurs fois, je me suis dit : "ce n'est pas possible, ils inventent !"
Le fait est qu'à Paris, on a la chance d'avoir des messes bien célébrées. Probablement grâce à feu le Cardinal Lustiger, qui semble avoir su être ferme ; probablement aussi parce que les croyants d'aujourd'hui sont à la ville et non à la campagne.
Cela dit, on doit souvent se taper l'hymnologie gaga de l'époque, chantée par des gens qui ne savent pas chanter. A l'occasion, je me pose une question simple : pourquoi change-t-on toujours la mélodie des
alleluia, des
kyrie eleison, et surtout, pourquoi préfère-t-on toujours, à terme, la plus compliquée, la plus inchantable ? Les prêtres savent très bien que personne, en France, n'a la culture du chant ; ils ne donnent pas non plus une portée en indiquant les notes, même de façon superficielle...
Au fond, je suis frappé par une très belle remarque qui a été dite plus haut (on devrait en faire une devise ou quelque chose dans le genre) :
Ils ont refusé d'admettre qu'entre l'homme et la nature, il y avait la culture.
Et ils ont refusé de penser qu'entre l'homme et l'homme, il y avait aussi la culture.
Et Ils ont aussi refusé de comprendre qu'entre l'homme et Dieu, il y avait encore la culture.
C'est exactement ça. Voici un témoignage personnel, le seul des miens se rapprochant des cochonneries dont vous avez parlé plus haut. Messe de Pâques dans l'église d'une sous-préfecture de l'Eure (belle église de la fin du gothique, qui de plus a récupéré en 1800, grâce à la sagacité d'un clerc de l'époque, le mobilier et les oeuvres d'art confisqués à la grande abbaye voisine) ; en entrant, un mauvais signe : des ballons accrochés partout, plutôt dans le genre rose ou violet. Les piliers 1500, au-dessus desquels se trouvent des niches avec des statues de saints du 16ème s., se trouvent noyés sous des grappes de ballons. Par la suite, la messe commence : le prêtre a passé son temps à prendre le micro avec lui, à interviewer deux-trois enfants, et surtout, toutes les 10 minutes, à encourager en permanence des enfants à se rapprocher de l'autel. C'était presque malsain, on aurait dit une sorte de pédophilie !
Cela dit, lorsqu'il était question des éléments essentiels de la liturgie (consécration notamment), il faisait ce qu'il fallait : rien d'aussi abominable que ce que je viens de lire dans les posts précédents. Au fond donc, le modèle qu'il avait en tête était celui de la télévision ; la "parole vraie", celle qui touche, est celle de l'étrange lucarne. Dans un sens, il était logique que l'assistance de se rebiffât pas : c'était ce qu'elle connaissait, et la forme de l'espace public qui lui paraissait normale ! Bref, le prêtre ici était aussi coupable, sinon moins, que l'assistance elle-même. En ce qui me concerne, j'ai déserté la messe au moment du credo et des intentions des prières, puis je suis revenu après (il fallait bien que je sois coupable moi aussi de quelque chose...) ; j'ai vu que je n'étais pas le seul !
- Quelques exemples de messes réussies, cependant, cela existe encore... Une messe du temps ordinaire dans une église (anodine) d'Osnabrück en Westphalie, dans les strictes applications du Concile : tout parfait, de beaux chants en vers du 17ème s. (avec mélodies façon Bach), avec tout le monde qui chante, et bien (ce qui confirme le cliché des Allemands musicaux), les partitions à disposition, toute la liturgie parfaitement appliquée - et le tout, faut-il le préciser, sans affèterie : pas de vantardise, pas de sociologisme à la française, on faisait juste ce qu'on faisait tous les dimanches.
- Messe de Noël à l'église des Dominicains à Cracovie : extraordinaire ! tout le monde serré à la limite de l'étouffement (et c'était utile, il faisait -10 dehors !), cierges partout, cantiques polonais magnifiques (il y en a à foison, de très beaux, très simples, auxquels les Polonais sont très attachés). Comme quoi - je le dis en passant - les partisans du rite préconciliaire ne doivent pas oublier qu'une messe d'aujourd'hui bien faite peut être tout aussi parfaite.
- Et récemment, puisque je parle de rites anciens, une amie m'a fait découvrir l'église Ste-Cécile - St-Eugène, à Paris, un bastion du Tradiland ; liturgie inspirée des anciennes formes, en latin, beauté de l'ensemble (dans une église du 19ème siècle). Cette église a une particularité, c'est sa chorale paroissiale qui est d'un niveau de concert. Pour avoir une idée de ce qu'ils chantent, je vous renvoie à leur site qui donne le programme du dimanche (
http://www.schola-sainte-cecile.com/), c'est bluffant !
Comme je connais mal la liturgie, je suis resté à l'écart, pour ne pas faire tache. Malgré cela, j'y ai goûté sans me gêner. Et je me suis aperçu, à la fin, que l'office avait duré deux heures, mais que je ne les avais pas vues passer (à comparer aux interminables 3/4 d'heure des messes à la guitare). Je ne parle pas, par ailleurs, de la qualité des homélies, du moins les fois où j'y ai assisté.
Pour en revenir au sujet - la réaction à faire devant les abus liturgiques, outre la prière, consisterait en ceci (chacun dans la mesure de ses moyens) : rechercher les endroits où tout se fait correctement, et y aller sans jamais faire défaut ! C'est triste à dire, mais il faut marginaliser les messes polluées et montrer à tous la préférence pour celles qui sont bien menées. Il est vrai que c'est plus facile à Paris...
Amicalement
MB