http://www.france-catholique.fr/Autour-du-Malentendu-islamo.html a écrit :Ce qui est vraiment écrit dans Nostra Aetate
De même, il faut lire la Déclaration conciliaire Nostra Aetate telle qu’elle est écrite. Loin de « reconnaître la valeur des autres religions » au plan du salut, comme on le lit fréquemment, sa perspective fut de mettre en valeur les cheminements personnels. Dans un exemple déjà ancien de cette mécompréhension [13] , on pouvait lire que le dialogue avec les musulmans
“se situe dans la lumière de l’invitation adressée par le Concile Vatican II dans la Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions [Nostra Aetate] : « L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières de vivre et d’agir et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apporte souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes »”.
La citation est tirée du paragraphe 2 de la Déclaration. Le problème, c’est que celui-ci concerne uniquement les religions préchrétiennes. C’est seulement au §3 qu’il sera question des musulmans. Or, que voulait dire ce § 2 ? Sa rédaction n’est sans doute pas des plus heureuses. Il voulait s’adresser aux fidèles des courants religieux préchrétiens tels que les animismes, qui existent “depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui” et qui portent parfois “un profond sens religieux”, mais également aux fidèles de “l’hindouisme” et du “bouddhisme” qui sont présentés comme étant des “religions liées au progrès de la culture”. On peut discuter ces affirmations historiques, notamment quand on sait que la datation du bouddhisme pose d’immenses difficultés, aucun chercheur sérieux ne pouvant produire de document réellement antérieur à notre ère ; inversement, on peut se demander si l’hindouisme d’aujourd’hui est vraiment conforme à celui d’avant notre ère. Mais on voit bien l’idée des Pères conciliaires : ce qu’il y a de juste et de bon au point de vue des “valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles” du vécu humain préchrétien forme un fondement pour un cheminement ensemble. C’est là une perspective du Nouveau Testament et traditionnelle.
Dans la catégorie propre aux religions préchrétiennes n’entre pas l’Islam – que les textes conciliaires ne mentionnent d’ailleurs jamais : ils évoquent les musulmans. Comment tant de confusions ont-elles pu surgir ? Le texte manque certes de clarté. Les Pères conciliaires (essentiellement occidentaux) avaient des difficultés à sortir d’une théologie qui ne les aidait pas à dire le mystère de l’histoire dont le Christ constitue le tournant, c’est-à-dire que :
1° Il y a un avant le Christ, et il y a un après le Christ c’est-à-dire un temps postérieur, que le Nouveau Testament nomme « les derniers temps », et qui a commencé avec la diffusion de l’Evangile par les Apôtres et leurs disciples dans tout le monde connu et facilement accessible de l’époque, et cela jusqu’en Chine ;
et 2° : ces « derniers temps » furent également marqués par les post-christianismes, lesquels se sont structurés dès après les Apôtres et contre eux ou contre leurs successeurs, et ces post-christianismes doivent l’essentiel de ce qu’ils sont au christianisme à travers des contrefaçons radicales. Tel est le monde où nous vivons aujourd’hui.
Comme Jean-Paul II et Benoît XVI l’ont rappelé maintes fois, le Concile doit être lu à la lumière de la tradition ; concrètement cependant, rien ne remplace de bons outils théologiques (exposés aux chapitres 2 et 3 du Malentendu islamo-chrétien). On comprend alors qu’il est vain et contre-productif de rêver d’une « reconnaissance mutuelle » interreligieuse ou même de chercher dans l’Islam (ou dans toute autre système de pensée) “quelques vérités de la révélation, prière, jeûne, aumône, ascèse, etc. qui sont des moyens de salut” [14], au lieu d’aborder de front les questions relatives à la volonté de Dieu (évoquées au chapitre sept du livre). De par leurs traditions, les chrétiens d’Orient, eux, ont toujours affirmé que l’Islam provenait simplement d’une vieille dérive ex-chrétienne, non qu’il serait une religion révélée et porteuse de salut (même inchoativement ou partiellement selon les adverbes ajoutés habituellement en Occident).
L’étude de plus de mille pages parue en 2005, Le messie et son prophète, a montré la validité de ces traditions chrétiennes, par la convergence d’une masse d’indices historiques en ce sens, parallèlement à l’absence d’indices avérés allant en sens contraire : telle est la définition même d’une certitude historique. Au reste, depuis lors, cette étude n’a été aucunement mise en cause au point de vue historique ; les recherches ultérieures n’ont fait que la confirmer ou la préciser. Bien évidemment, tous les post-christianismes sont truffés d’éléments chrétiens : leur présence n’y doit rien au Saint Esprit. C’est d’ailleurs logiquement sur ces fondements dérivés du christianisme que les musulmans croient traditionnellement connaître mieux le message de Jésus que les chrétiens eux-mêmes – un sujet à aborder tôt ou tard amicalement, comme le P. Moussali le faisait. L’Islam est un post-christianisme parmi d’autres, il n’y a rien de « révélé » ni en lui ni en quelque autre post-christianisme. Les musulmans pensent autre chose, c’est leur droit ; c’est également le droit et le devoir des chrétiens et tout simplement de tout homme honnête de parler avec eux de ce qui est avéré. Nous ne sommes pas invités à aimer l’Islam, mais les musulmans.
“Il est donc plus que temps de s’expliquer sans préalable entre chrétiens” écrit le P. Borrmans comme le P. Moussali en 1998 (voir plus haut). Que ne l’a-t-on pas fait durant trente ans ? Combien, avant le P. Jourdan, n’ont-ils pas été écartés des lieux d’influence, à cause de leurs compétences et de leur connaissance de l’Islam ? Et parce qu’ils ne partageaient pas la foi au prophète Massignon ? Les errements du passé ont contribué à la situation dramatique d’exacerbation et de manipulation politique du fanatisme islamique, qui est celle d’aujourd’hui. On ne peut plus changer le passé, mais on peut retourner à l’Evangile (sans oublier Mt 24,24) et écouter nos Frères chrétiens persécutés et assassinés par dizaines de milliers de par le monde. Si on ne les écoute pas, on ne pourra qu’ajouter au mal.