Bonjour Chevy.
chevy a écrit :
j'interviens sur ce forums dans divers sujets car je perds la foi (ce que je ne souhaite à personne) et que je cherche des réponses qui pourraient enrayer le procesus : hélas, sans succès pour le moment.
...
quand on perd la foi, on perd un monde et on perd une partie de soi :
Effectivement, vous devez profondément souffrir d'en être là. Mais paradoxalement, c'est bon signe : vous avez encore, à ce qu’il me semble, la foi. Parce que, très sincèrement, vous auriez perdu la foi, les contradictions que vous croyez voir, vous n'en auriez plus rien à battre ... C'est précisément parce qu’on a encore la foi que les contradictions qui paraissent telles peuvent faire souffrir, déchirer l'âme, et inciter à hurler contre Dieu.
chevy a écrit :
Là où ça pêche, c'est quand la raison et l'intelligence vont A L'ENCONTRE de certaines croyances ...
Effectivement, si la croyance va à l'encontre de la raison et de l'intelligence, il faut répudier la croyance. L'Église catholique (Concile Vatican I, Constitution
Dei Filius) ne dit pas autre chose :
- « L'Eglise catholique a toujours tenu et tient encore qu'il existe deux ordres de connaissance, distincts non seulement par leur principe, mais aussi par leur objet. Par leur principe, puisque dans l'un c'est par la raison naturelle et dans l'autre par la foi divine que nous connaissons. Par leur objet, parce que, outre les vérités que la raison naturelle peut atteindre, nous sont proposés à croire les mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s'ils ne sont divinement révélés. »
- « Lorsque la raison éclairée par la foi cherche avec soin, piété et modération, elle arrive par le don de Dieu à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l'analogie avec les choses qu'elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l'homme ; jamais toutefois elle n'est rendue capable de les pénétrer de la même manière que les vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins, par leur nature même, dépassent tellement l'intelligence créée que, même transmis par la Révélation et reçus par la foi, ils demeurent encore recouverts du voile de la foi, et comme enveloppés dans une certaine obscurité, aussi longtemps que, dans cette vie mortelle, nous cheminons loin du Seigneur, car c'est dans la foi que nous marchons et non dans la vision.
Mais bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre la foi et la raison, étant donné que c'est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, et qui a fait descendre dans l'esprit humain la lumière de la raison : Dieu ne pourrait se nier lui-même, ni le vrai jamais contredire le vrai. Cette vaine apparence de contradiction vient surtout de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris et exposés selon l'esprit de l'Eglise, ou bien lorsqu'on prend des opinions fausses pour des conclusions de la raison. »
- « Non seulement, la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord, mais encore elles s'aident mutuellement. La droite raison démontre les fondements de la foi, et, éclairée par la lumière de celle-ci, elle s'adonne à la science des choses divines. Quant à la foi, elle libère et protège la raison des erreurs et lui fournit de multiples connaissances. C'est pourquoi il n'est pas question que l'Eglise s'oppose à ce qu'on s'adonne aux sciences humaines et aux arts libéraux ; au contraire, elle les aide et les fait progresser de multiples façons. Elle n'ignore ni ne méprise les avantages qui en découlent pour la vie des hommes ; elle reconnaît même que, venues de Dieu, maître des sciences, elles peuvent conduire à Dieu, avec l'aide de sa grâce, si on s'en sert comme il faut. Elle n'interdit certes pas que ces sciences utilisent, chacune en son domaine, des principes et une méthode qui leur sont propres, mais en reconnaissant cette légitime liberté, elle est très attentive à ce qu'elles n'admettent pas des erreurs opposées à la doctrine divine, ou que, dépassant leurs frontières, elle n'envahissent ni ne troublent le domaine de la foi. »
Voilà pour le principe.
chevy a écrit :
Liste non exhaustive :
- créationisme (5.000 ans) / âge de la Terre et des animaux, hommes préhistoriques etc...
- anges créés AVANT la création de l'Univers (livre d'Hénoch) / le TEMPS commence avec l'Univers (St Augustin, St Thomas d' Aquin .. Einstein) .. donc PAS D'AVANT l'univers
- pas de temps hors de l'Univers matériel (mêmes références) / Purgatoire période transitoire ne durant qu'un certain temps
- Espace = univers matériel ... : pas d'espace en dehors de l'Univers / corps d'Hénoch, d'Elie, de Marie ... (+ corps glorieux de Jésus) ...au Ciel ... = espace !!
- anges : êtres immatériels , sans tempss et sans espace / ont un DEBUT, changent, communiquent ...
- Lucifer : pas de temps (ange) ... / mais DEVIENT MAUVAIS ..."à un moment donné" de son existence
etc..; etc...
Voilà, entre autres, où ma raison rentre en conflit avec ma croyance ancienne ...
Bon. Alors un par un.
1) Créationisme. Il est rationnellement certain que tout ce qui est sans être Dieu est créé. Cette vérité d'ordre rationnel est encore formellement révélée, dans l'Écriture, notamment au livre de la Genèse. Pendant de longs siècles, les pères et les docteurs de l'Église ont eu une lecture fondamentaliste du texte. Depuis qu’on s’est aperçu de l’impossibilité d’une lecture littéraliste, on en a conclu que l’Écriture présentait un enseignement formellement révélé (la création par Dieu) dans le cadre d’un mythe (midrash).
2) Anges et temps. Les anges ont été créés. C’est une vérité de foi. Quant à savoir s’ils ont été créés avant ou au moment du big-bang, une question théologique librement débattue : la foi n’est pas engagée. Quant à savoir si les anges sont soumis au temps. Les anges sont capables de changement. En effet, bien qu’immortels, ils sont sujets à des actes psychologiques divers, ont été soumis à l’épreuve ... Si donc le temps est « la mesure du mouvement selon l’avant et l’après », le temps s’impose aux anges. Si S.Thomas d’Aquin le nie, c’est qu’il part du principe que le « temps nombrant » (le temps comme mesure) est la mesure du « temps nombré », lequel est une quantité qui suppose la matière. Comme l’écrivait A.-D Sertillanges : « Il faut remarquer, en effet, que l’antérieur et le postérieur sont primitivement attributs de la quantité dimensive, laquelle, impliquant position, implique un ordre d’extension des parties. » Et comme S.Thomas nie que les anges aient un corps(*), il doit nier qu’ils soient soumis au temps. Aussi est-il amené à distinguer du temps l’aevum, dont la nature est explicité en Ia Q.10 a.5 de la Somme de Théologie.
(*)Remarquez que Tertulien, Origène et S.Clément d’Alexandrie pensaient au contraire que les anges étaient dôtés d’une matière subtile, éthérée (quant à S.Augustin, il avait des doutes), à la manière des astres aristotéliciens.
3) Localisation du Paradis.
- Il est d'abord évident que le Paradis, comme l'Enfer, sont des lieux. La preuve en est que les corps ressucités seront en Enfer ou au Paradis. Quant aux anges, à supposer qu'ils soient immatériels (ce qui reste en l'état une opinion et non une vérité de foi), ils peuvent accidentellement s'unir à une matière pour apparaître aux hommes. Quant à savoir si ces lieux sont quelque part au sein de notre univers physique ou constituent d'autres univers physiques, les opinions sont libres.
- Il est encore évident qu'avant la résurrection les âmes humaines ne sont pas réunies au corps (à l'exception de Jésus et Marie). Et c'est pourquoi c'est âmes ne sont pas dans un lieu (pas encore). Si cependant on les dit être déjà en Enfer ou aux Paradis, c'est qu'elles connaissent déjà des joies paradisiaques ou des tourments infernaux, du moins, connaissent des joies et des peines qui ne réclament pas d'avoir un corps. Ainsi les bienheureux jouissent de la vision béatifique ; ne jouissent pas de la béatitude accidentelle liée au corps glorieux. De même, les damnés subissent d'effroyables tortures psychiques ; ils ne subissent pas encore les châtiments qui frapperont leurs corps ressuscités.
Cordialement.