Papé Robert a écrit :
Je suis en train de progresser dans la compréhension d'un phénomène naturel auquel vous êtes soumis.
J'ai hâte de lire la synthèse... Serons-nous enfin sauvés? Pourrons-nous enfin éteindre le feu brûlant de nos aspirations à la transcendance ou y trouverons-nous enfin la réponse dans un athéisme modéré et cohérent capable de nous faire espérer et de contempler l'Homme dans toute sa splendeur? J'ai hâte de voir ce qu'on va me proposer de mieux que l'appel à devenir la ressemblance du Père dans le christ. Je n'ai pas encore trouvé de moteur plus motivant et je ne vois pas le jour où j'en aurai fait le tour, devenir la ressemblance du Père dan le christ, voilà un projet de toute une vie qui dépasse amplement l'existence de la naissance à la mort. Et en plus, ça porte des fruits dans le concret, ça donne envie de faire comme mère Térèsa, c'est ti pas gentil, ça? Et de le faire parce que nous avons foi que nous sommes aimés et que cet amour vaut la peine d'être partagé et d'être répandu, par dessus le marché. Un amour qui nous dépasse, apte à ouvrir les blessures pour les laisser enfin respirer et guérir, apte à susciter un pardon inconditionnel rendant caduc la pertinence de la vengeance ou de la fuite.
Vous êtes loin d'être demeuré, vu la pertinence de vos questions. Ça fait toujours du bien de se faire dérouiller de temps à autres. Par contre, moi, je trouve ça toujours un tantinet prétentieux de penser pouvoir enfin mettre le doigt sur la maladie mentale, psychose, la névrose, ou autre problème spirituel ou mental qui se termine en "ose" et affirme en dégager une généralité De toute façon, comme disait Jésus, il y a plusieurs demeures dans la Maison du Père, et il me semble que ça implique aussi, qu'il y ait au moins autant de façon d'appeler que d'être humain. Tient, moi je vois comme un appel de Dieu que vous cherchiez, et si ce n'était pas un appel pour vous personnellement, mais pour la communauté croyante? C’est toujours intéressant de se demander pourquoi l’on croit, et si l’on ne se sert pas trop vite de Dieu comme d’un bouche-trou. S'il était suscité par Dieu que vous veniez nous cuisiner, mais pour que ce soi efficace, il importe que vous ne vous décidiez pas à croire?
Pour ma part, si je suis croyant, c'est qu'il me semble que l'Amour est trop absurde sans Dieu. La question est très simple, à quoi sert-il de donner sa vie si de toute façon, elle n'est qu'une et elle n'est qu'éphémère? Tellement, qu'il en est même absurde de se sacrifier pour des enfants... Après tout, ils mourront aussi, et l'humanité risque très probablement, à moins de surprise des plus grandioses, de disparaître. Donc, si nous finissons dans le trou et que tout ce qui se passe entre la sortie du ventre de la mère et l'entrée dans le ventre de la terre n'a de valeur que dans l'immédiat et est voué de toute façon à disparaître, dans ce cas, allons vivre tous nus dans la jungle, arrêtons de nous faire chier à faire de l'histoire, de la politique, de l'économie, de la guerre (y a-t-il pire perte de temps dans la vision d’un monde absurde que la guerre qui ne fait que le rendre encore plus absurde?) Mais, ça va tout disparaître, de toute façon. À quoi nous sert-il de pouvoir réfléchir, de pouvoir se souvenir, de pouvoir créer des traditions, de socialiser, de bâtir, si de toute façon rien n'en reste au final... pourquoi venir en aide à mon voisin, quand de toute façon, qu'il meure aujourd'hui ou dans trois ans, ça change pas grand-chose? La souffrance des siens? Elle va s'évanouir elle aussi à leur décès à eux...
Quand j'imagine un monde où il n'y a pas lieu d'espérer, tout me semble tellement atrocement ridicule et surtout insignifiant. Mais de croire permet de justifier le don de soi, il n'en est plus absurde, il est un flambeau qui se passe et qui se passe pour briller dans l'éternité. Sa vocation n'est pas l'oublie. En passant, je n'ai pas peur de la mort, ni d'être oublié, mais il me semble que de savoir que ce que l'on fait n'est pas pour rien, ça encourage... et là, je ne parle pas des mérites du ciel, pas un seul instant, moi, au ciel, je serais très heureux d’être sur un nuage un peu à l’écart pour m’émerveiller des nouvelles trouvailles que l’on fera sur terre pendant que je serai là-haut… non, je parle plutôt de savoir que ceux à qui l'on donne notre vie sont appelés à vivre aussi et à la partager, et sont appelés prendre la relève et éventuellement, à donner leur vie, eux aussi. C’est la circulation de la vie et de l’amour que suscite la foi qui la rend si pertinente pour moi. En tant que croyant, j’essais de me retenir au maximum de voir les autres comme des inférieurs. Surtout si l’on se souvient que la foi n’est liée à aucun mérite, mais est un don qui ne nous est même pas destiné à soi, mais qui nous est fait pour la communauté, par-dessus le marché. Donc pas de quoi s’en enorgueillir. Par contre, j’avoue que ça m’écorche royalement quand un de ces athées ou laïciste ou autre, vient en sauveur essayer de m’arracher à ce qu’il considère comme des rêveries ou une imagination débordante qui tente de sauver les faillites psychologique et affective des personnes. Quand ça arrive, je me demande toujours qui a bien pu demander ce diagnostique qui me semble pourtant très déplacé.
Il me semble qu'en croyant, le sens des choses, du monde, de sa marche, même des souffrances de la vie, s'illumine. Soudain, ce n'est plus absurde, ce n'est plus pour rien, et cela, ça relève, ça peut rendre ses ailes à celui qui les a perdu.
Il se peut que vous compreniez un phénomène ce qu'il y a de plus naturel dans ce que je viens de dire. Mais justement, cette nature, c'est Lui qui la modèle, alors, ça ne me bouleverse pas.
Il se peut qu'il y ait une part d'inconscient chez plusieurs croyants, mais je ne crois pas que cette part d'inconscient soit plus grande ou plus maladive que celle du reste de l'humanité. Et je ne crois pas que le croyant croit à cause de ce même inconscient, car il y a aussi des prises de conscience qui viennent conforter son choix. Le croyant n'a pas non plus la vision béatifique dès ce monde, ou plutôt très rarement, il est en recherche, mais d’être en recherche implique-t-il la vanité de sa quête nécessairement? Mais pour ma part, depuis qu'il me semble plus sensé de croire, il me semble que certaines réalités n'ont plus la même couleur. Le pardon est devenu beaucoup plus facile, par exemple, la compassion s'est renouvelée, passant de l'identification purement charnelle à la reconnaissance d'un être aimable. Comme la foi est souvent pour le croyant un moteur dans son quotidien, d'essayer de faire le tour de tout ce que cela concerne et de penser pouvoir tirer une généralité du "phénomène" me semble un tantinet prétentieux... Après tout, Marx a cru nous avoir, Neitsche aussi, ainsi que Freud, et s'ils ont réussis à en "débroussailler" une bonne couche, ce n'était que pour mieux éclairer et laisser pousser ce qu'ils n'ont pas réussit à atteindre dans le cœur du croyant... Et je suis plutôt sceptique que vous puissiez y arriver... Mais bon, si vous vous sentez assez généreux pour tenter le coup, ça vaudra peut-être la peine, ne serait-ce que mettre en lumière nos déviances, ce qui permettra probablement une foi plus épurée.
Quoiqu’il en soit, merci beaucoup.
David