Quelques réflexions ou questions à la lecture de ce qui précède…
1. Vous nous parlez de monarchie. D’accord ? Mais laquelle exactement ? Car il y a plusieurs formes monarchiques possibles, tout comme il y a eu plusieurs modèles de souverains français, parfois bien opposés. Même la théorie monarchique française a été bien changeante ! Louis IX a été bien différent de Louis XVIII, tout comme il y a une distance réelle à mes yeux entre un Louis XIV et un Louis XVI, pour en rester à ces seuls exemples. Donc, pourriez-vous définir ?
2. De plus, n’y a-t-il pas un risque lorsqu’il y a substitution du
bon vouloir au
bien commun, l’histoire nous le démontrant ? Et, dès lors,aucun corps intermédiaire n'est là pour limiter, d'autant plus si la conception de l'Eglise est plus ou moins gallicane ! Que faire dans ce cas ?
3. Lorsque l’un ou l’autre se présente ici comme royaliste ou monarchiste, je me pose la question de savoir s’il s’agit d’une monarchie héréditaire ou d’une monarchie élective ? Bref, est-ce la forme monarchie en général, ou une forme particulière qui a vos préférences ? Car ces deux formes ont à la fois leurs inconvénients et leurs avantages... Je sais que ce n'est pas là le sujet du présent débat, mais cela m'intéresse. Ce que je crains, c'est la dérive de la monarchie en tyrannie, ou même simplement en monocratie, du fait de l'accession toujours possible à la monarchie d'une personne qui n'aurait pas le bien commun comme priorité (cela s'est vu en France, le brave Louis XVI payant les pots cassés des fautes de certains de ses prédécesseurs, y compris en matière de ... gallicanisme)... Cette crainte n'est pas nouvelle, se retrouvant par exemple chez Aristote ou encore chez Saint Thomas d'Aquin... Attention, quand je parle de
fautes de certains, je ne parle en aucun cas de tyrannie, ces fautes se situant d'ailleurs justement dans mon esprit en des temps de limitation partielle (j'ai bien écrit partielle) de certains corps intermédiaires ou encore dans les phases de gallicanisme. En fait, ce que je reproche surtout à certains rois, c'est d'avoir introduit la vénalité des charges pour certains de ces corps intermédiaires, tout en cherchant à briser la "vieille" aristocratie. Bref, la seule véritable dent que j'ai contre les souverains français, c'est Louis XIV qui s'est souvent dispensé de toute idée de charité ou de morale chrétienne, et heureusement qu'un corps intermédiaire tel que le Parlement de Paris ait pu parfois limiter ses dérives. Quant à Louis XVI, oui, c'est une victime, car je crois qu'il aimait son peuple, mais il a payé pour les fautes de Louis XIV et de la Régence, du moins à mon avis..., ainsi que de corps intermédiaire plus intéressés par leurs intérêts que par le bien commun, du fait même de la vénalité des charges, l'argent prenant le pas sur le mérite; de plus, les négligences dans son éducation ont fait qu'il n'était pas vraiment préparé à affronter les crises de son temps, y compris des crises tout simplement climatiques ! Pour un souverain, le savoir-vivre et le savoir-faire sont importants, mais le savoir aussi lorsque l'on doit décider pour le bien commun, lorsque l'on doit finalement servir son peuple ! D'où la nécessité de l'éducation des princes...
4. La
politie au sens aristotélicien, même si je considère qu'elle doit être tempérée par certaines formules aristocratiques, mais de manière limitée, et ce afin de limiter les risques de dérive ou d'iniquité est-elle ou non incompatible avec l’idée monarchique ? ... Mais reste toujours, dès lors que l’on parle de monarchie ou d’aristocratie, l'éternel problème du choix et de la définition des "meilleurs", d'où la tendance d'Aristote dans son
Ethique à Nicomaque à malgré tout préférer la politie tempérée... D’ailleurs Thomas d’Aquin n’était-il pas favorable à une formule mixte combinant monarchie/aristocratie/politie ?
5. Pour moi, il y a quant même un "léger" problème quant à la monarchie française, celui du prétendant... En effet, et même si les Lois fondamentales du Royaume n'ont jamais constitué un corpus constitutionnel au sens contemporain, ayant de plus évolué au gré de l'histoire, les deux principaux prétendants actuels posent problème :
- - pour ce qui est de Louis de Bourbon, se pose la question de la renonciation de Philippe V le 5 novembre 1712, avec ces mots : "Je promets et engage ma foi et parole de roi que de ma part et de celle de mes dits enfants et descendants je procurerai l'observation et l'accomplissement de cet acte... et je le jure solennellement sur les Evangiles..." Ceci pose un problème avec la loi de catholicité, même si cette dernière n'aura jamais été formellement enregistrée. L'argument de l'erreur du Parlement de Paris en 1701 ne tient pas puisqu'antérieure ! L'accession au trône d'un descendant de cette branche remet en cause un serment sur les Evangiles !
- pour ce qui est des Orléans (n'oublions pas de Louis-Philippe aura été Roi des Français et non pas de France), ils descendent d'un régicide, et cela efface leurs droits, selon les traditions royale, féodale et aristocratique, certes pas selon une Loi fondamentale solennellement enregistrée (mais il en est de même de l'idée de droit divin. Ils peuvent prétendre au titre de "Roi des Français", mais en aucun cas à celui de "Roi de France", de par l'acte de leurs ancêtres.
Peut-être faudrait-il alors chercher plus loin ? ... N'oublions pas qu'Henri IV n'était cousin qu'au 21° degré, ce qui ne l'empêchât pas d'accéder au trône
DE France; peut-être que des recherches approfondies permettraient de dévoiler un prétendant peu ou prou connu, et ce sans même remonter aux Mérovingiens... Ou alors, ne faudrait-il pas une élection par les descendants véritablement titrés et subsistant des "Grands" de France (mais les vrais : un seul Duc par famille si vous voyez ce que je veux dire messieurs les "La Rochefoucauld", cf. le
Bottin mondain) ou encore sur la base des vrais quartiers de noblesse existant
à la mort de Louis XVII, pour renouveler "le sang" ? Le lien avec la tradition royale ne serait pas forcément brisé dans ce cas...
6. Reste maintenant que toute la question du régime tient à la fois de la mystique et du politique, de la confrontation de mystiques et de politiques (cf. Péguy,
Notre jeunesse)... Toujours est-il que la monarchie n'est pas d'actualité à mes yeux... Reste que nos institutions fondent une sorte de monarchie où le peuple peut pacifiquement "guillotiner" son "roi" tous les cinq ans (temps trop court à mon avis, sept années étaient bien mieux, ne serait-ce qu’en termes de politiques publiques, tout comme je suis contre la limitation à deux mandats, car c’est une atteinte à l’intelligence des Français)... Reste que le retour à la monarchie ne pourrait avoir lieu qu'après une très grave crise mettant en péril la survie même de la France, mais même la seconde guerre mondiale ne l'a pas permis... Et je ne pense pas que le temps soit déjà venu d'une telle crise...
7. Toujours est-il qu'il faudrait une bonne fois pour toute que les
vrais Ducs français légitimes se mettent d'accord pour "adouber" un véritable prétendant, en tenant compte des Lois fondamentales et des traditions, ... quitte même à remettre en cause l'élément masculinité, finalement justifié uniquement a posteriori, et de plus sur la base d'un doute réel quant à la légitimité de la filiation ! Est-ce donc si dur ? Ou alors, chacun "joue t-il" pour lui au lieu d'agir pour la France ? Un vrai "roi" de réserve pourrait obtenir l'assentiment de beaucoup plus que plusieurs prétendants s'entredéchirant, constituer un véritable recours en cas de crise très grave, sous réserve du respect du jeu démocratique ! Mais que font les vrais nobles (pas ceux ayant acheté un titre à Louis XVIII), je parle ici de la véritable Noblesse d'épée (même et y compris celle évincée par Louis XIV pour des motifs ... financiers) ? Une monarchie n'est pas exclusive d'une république (au sens de Res Publica), ni même d'une politie vraie ! Certains Etats montrent de tels exemples (même si leurs souverains "s'oublient" pour certains un peu quant à l'avortement, au mariage homosexuel, etc..., tout autant, voire plus que bien des Républiques, et c’est plus grave car la monarchie c'est surtout des devoirs) ! Toujours est-il que le choix devrait aussi tenir compte de l'exemplarité de la vie, certains Nobles ayant oublié leurs devoirs, la Noblesse étant avant tout devoir et non pas droit... Ce fut d'ailleurs cet oubli à partir de Louis XIV qui induisit à mes yeux la chute de la monarchie française, le "bien commun" devant passer avant le "bon plaisir" pour un roi, l'intérêt du pays avant celui des "menus plaisirs" ! Tout le cours de l'histoire aurait pu en être changé, et la monarchie française n'en serait pas à expier les fautes du passé. Un simple questionnement : Versailles (le bâtiment) est-il catholique ou un temple aux dieux antiques ?...
8. Pour ce qui est de Sarkozy, je ne pense pas qu’il soit personnellement incompétent. Je pense plutôt que c’est son entourage qui est bien défaillant… De plus, il n'a pris personne en traitre ! Tous ses actes se retrouvent dans son livre :
Libre (Pocket, 2001), et pour une fois qu'un élu fait ce qu'il avait promis de faire...
9. Je suis républicain

, mais le retour de la monarchie en ... Ecosse ne me gênerait en rien

!