Re: Consistance du péché.. Questionnaire (à choix unique, rassurez-vous)
Publié : sam. 12 nov. 2022, 10:40
Merci beaucoup Riou pour cette intervention très juste !
Pour l'intelligence de la foi
https://cite-catholique.org/
Je n'ai absolument rien dit de tout cela.Ombiace a écrit : ↑sam. 12 nov. 2022, 14:49 Hum ! Seriez-vous en train de suggérer que si ce n'est pas le Créateur qui a créé le mal, ce serait donc l'adversaire ..? Qui serait lui aussi créateur..
C'est vrai qu'il y a Jean 8, 44, où Jésus parle de Satan comme du "père du mensonge". Cette terminologie désignerait elle une autre forme de création ?
Vous voulez dire le pouvoir non-être ?...Riou a écrit : ↑ven. 11 nov. 2022, 23:19 Didyme,
Il ne s'agit pas de statuer sur la nature ontologique du mal. Que le mal soit intimement lié au néant, tous les grands théologiens le disent. Mais le problème de cette discussion n'est absolument pas là.
Le problème concerne la liberté de l'homme. Vous semblez ne pas voir que ce concept peut s'entendre en différents sens, et qu'il faut articuler ces différents sens pour y voir plus clair.
Que la liberté authentique, pleine et entière, qui s'accomplit véritablement comme liberté réelle, ne puisse exister qu'en Dieu, c'est la moindre des choses pour un chrétien. Absolument personne, dans la théologie chrétienne, ne le nie (et personne, dans cette discussion, n'a contesté ce point de théologie).
Mais la liberté s'entend aussi en un sens différent : le pouvoir-être, c'est-à-dire la décision originaire de dire oui ou non à Dieu.
Il n'a jamais été nié ici la capacité de l'homme à pouvoir dire oui ou non à Dieu...Riou a écrit :Cette liberté est essentielle à la notion même de péché. C'est aussi simple que cela. Si on nie cette liberté, alors il n'y a plus que deux solutions : le manichéisme, ou l'affirmation que le mal est causé par Dieu.
Non, j'ai dit que la liberté n'était que dans le bien, que le mal ni même sa possibilité n'était nécessaire à la liberté. J'ai dit que l'homme était doté d'une volonté libre (c'est-à-dire libre dans le sens de non figée mais qui peut se mouvoir, exprimer) en tant qu'il est une personne. Et que par le moyen de cette volonté pouvait s'exprimer qui il est (par Dieu) ou qui il n'est pas (sa perdition, son néant).Riou a écrit :Que cette liberté originaire puisse prendre une voie de perdition, c'est une possibilité fondamentale de l'être de l'homme. Alors l'individu se perdra dans le néant, dans les carences les plus grossières, etc. Il s'enchaînera et perdra toute forme de liberté réelle, authentique et entière. Il deviendra esclave. Son être se dégradera, comme le fils prodigue qui finit en dessous des bêtes et tutoie la mort, le néant, etc. On peut appeler cela "faire l'expérience de sa condition", comme vous dites, qui est une belle expression.
Le problème, selon moi, dans vos propos, c'est que vous semblez dire que si Dieu crée l'homme libre, et que si, par ailleurs, cette liberté est une liberté pour le bien et pour le mal, alors, selon vous, Dieu aurait crée le mal, au moins indirectement.
À condition d'être en Dieu, dans le bien, donc vivante. C'est dans le "non" qu'elle devient une chose inerte, une parodie de liberté.Riou a écrit :Votre raisonnement ne fonctionne que si on considère l'homme et sa liberté comme une chose, et que l'on conçoit Dieu comme un être qui veut occuper toute la place. Or, la liberté n'est pas une chose inerte et figée
Mais alors comment ?Riou a écrit : mais un pouvoir-être, la possibilité d'un devenir qui demeure imprévisible et irréductiblement autonome.
"Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous." (1 Corinthiens 15:28)Riou a écrit :Le propre du Dieu chrétien, c'est qu'en créant la liberté humaine, il a renoncé à être tout
Oui il s'est effacé pour laisser être sa créature, pour lui permettre de faire son expérience, d'apprendre à se connaître et à reconnaître son créateur, son origine, sa vie.Riou a écrit :il s'est effacé pour laisser être sa créature, et c'est ce qui se nomme "amour"
Oui, sauf que s'agissant de Dieu il n'est pas question de domination écrasant notre volonté, niant qui on est comme pour le péché mais de nous emplir de sa vie, de son amour, de la plénitude de l'être, de la liberté, en union avec notre volonté, nous donnant d'être pleinement qui nous sommes véritablement.Riou a écrit :- amour que la kénose, à sa manière, reprend à son compte, amour que la vraie mère, dans l'épisode du jugement de Salomon, répétera à sa manière en laissant exister son fils et en refusant de se l'accaparer pour soi. C'est seulement parce que Dieu peut, par amour, renoncer à être tout et se retirer, qu'une relation entre l'homme et Dieu est possible. Nous faisons l'expérience de cela dans notre quotidien : la relation à l'autre suppose un effacement. Quand on est en face de quelqu'un qui veut prendre toute la place, il n'y a pas de relation.
Riou a écrit :Ce n'est pas pour rien si les mystiques, dans des formules assez spectaculaires, pensent un Dieu au-delà de l'être tout en étant la source du surgissement de ce qui est. Je pense notamment à Maître Eckhart.
Le propre d'une liberté qui s'égare et devient esclave de son égarement, c'est qu'elle veut être tout, qu'elle se fait le centre de tout et, comme un gaz, elle désire prendre toute la place - cela renvoie à la passion de l'orgueil et de l'amour propre. Il y a bien, là, un manque d'attention, un détournement du regard et une surdité, et la conversion consistera à effacer le moi pour le replacer dans le courant de la Vie dont il s'était lui-même séparé en affirmant sa place au soleil. Et c'est bien là que la liberté, de manière assez inexplicable, intervient. Car je maintiens qu'elle est inexplicable, et que personne n'a donné la moindre explication rationaliste de ce qui se produit à ce niveau de profondeur.
Riou a écrit : ↑sam. 12 nov. 2022, 17:38Je n'ai absolument rien dit de tout cela.Ombiace a écrit : ↑sam. 12 nov. 2022, 14:49 Hum ! Seriez-vous en train de suggérer que si ce n'est pas le Créateur qui a créé le mal, ce serait donc l'adversaire ..? Qui serait lui aussi créateur..
C'est vrai qu'il y a Jean 8, 44, où Jésus parle de Satan comme du "père du mensonge". Cette terminologie désignerait elle une autre forme de création ?
Au fond, je ne dis que deux choses :
Je n'ai pas dit que le mal serait l'auteur de création, mais peut-être un mobile pour exercer une activité créatrice. Il y a une nuance
Je persiste à dire qu'il peut aussi être source d' élaboration. Là où nous nous rejoignons sans doute c'est pour dire que son mobile est destruction, de ce qui, donc, -est-.. construction.
I l me semble que vous attribuez là au mal une autonomie existentielle que l'on ne trouve que dans le Nom de Dieu. (Le mal ne se dénomme pas : Je suis celui qui n'est pas, ni : Je suis qui je ne suis pas .. Ce serait suicidaire pour son fond de commerce d'en faire ainsi l'aveu)
Oui, dans l'expression : "péché .. originel", il conviendrait d'expliciter ce qui fait origine : Le péché est il objet ou sujet ? Sommes-nous, .., suis-je, moi, Ombiace, en train de faire la publicité de ce qui mériterait d'être oublié ? Au profit de la Cène du Nouveau Testament ?
On ne sait pas d'où vient le mal. Il semble que ce soit un mystère.Ombiace a écrit : ↑sam. 12 nov. 2022, 18:29 A ma connaissance, Fée Violine, le mot : "mal" est mentionné pour la première fois dans la Bible en Gn 2,17, et c'est dans la bouche de Dieu.
J'en déduis que le mal existait (ou détruisait, comme vous dites) avant l'homme, au moins en devenir, sur l'arbre ..
D'où vient-il, s'il n'a pas été créé ?
Dire que par nature, il détruit, me semble insuffisant pour exclure l'hypothèse qu'il ait été créé
Par ailleurs,
Voyez l'ivraie.. Qui a créé l'ivraie ?
Bonjour Fée Violine,Fée Violine a écrit : ↑dim. 13 nov. 2022, 16:10On ne sait pas d'où vient le mal. Il semble que ce soit un mystère.Ombiace a écrit : ↑sam. 12 nov. 2022, 18:29 A ma connaissance, Fée Violine, le mot : "mal" est mentionné pour la première fois dans la Bible en Gn 2,17, et c'est dans la bouche de Dieu.
J'en déduis que le mal existait (ou détruisait, comme vous dites) avant l'homme, au moins en devenir, sur l'arbre ..
D'où vient-il, s'il n'a pas été créé ?
Dire que par nature, il détruit, me semble insuffisant pour exclure l'hypothèse qu'il ait été créé
Par ailleurs,
Voyez l'ivraie.. Qui a créé l'ivraie ?
En fait, cette liberté dont vous parlez (inexplicable, qui vient de notre propre fond, sortant du déterminisme) c'est la liberté de Dieu. Liberté dont il nous fait don mais pas donnée telle nous appartenant, tel Dieu donnant une chose, un objet liberté (comme vous disiez) dont on peut ensuite faire usage à notre guise.Riou a écrit :Je ne crois pas. La cause, en dernier lieu, est bien la liberté, mais il y a dans cette liberté un élément inexplicable, par définition - ou alors on attribue le mal à une chose bien identifiable, et je pense que depuis que les hommes méditent la question, on aurait trouvé le "problème"...
Il y a un consensus théologique qui affirme que si l'homme est à l'image et à la ressemblance de Dieu, c'est en grande partie en raison de sa liberté. S'il l'homme est libre, alors il est vrai qu'il doit y avoir quelque chose en lui qui sort de son propre fonds. Sinon, je ne sais ce que signifie "liberté", et je crains que, pour finir, on impute le mal à Dieu.
Il est étonnant que vous me disiez que la liberté n'était pas une "chose", et qu'en fait l'approche que vous semblez me présenter en fait au final une chose, une chose que l'on posséderait. Certes, une chose donnée mais qui ensuite nous appartiendrait exclusivement. Chacun ayant sa liberté.Riou a écrit :Votre raisonnement ne fonctionne que si on considère l'homme et sa liberté comme une chose, et que l'on conçoit Dieu comme un être qui veut occuper toute la place. Or, la liberté n'est pas une chose inerte et figée, mais un pouvoir-être, la possibilité d'un devenir qui demeure imprévisible et irréductiblement autonome. Le propre du Dieu chrétien, c'est qu'en créant la liberté humaine, il a renoncé à être tout, il s'est effacé pour laisser être sa créature,
Bonjour,
Je ne cherche pas à me distinguer. Je cherche seulement la vérité. Si la vérité devait être un truisme, j'écrirais un truisme.
Je me faufile entre deux échanges pour rappeler les termes de la prière eucharistique qui dit (j'ai pensé à vous deux lorsque je l'ai entendue) :"Au moment d'entrer librement dans sa Passion,..", et qui a résonné pour moi, étant donné la liberté dont jouit le Fils au regard du péché.Didyme a écrit : ↑mar. 15 nov. 2022, 19:42 "C'est ma liberté" reflète un esprit de séparation, d'individualisme.
Il n'y a qu'une liberté et elle est donnée, communiquée à tous, reflet d'un esprit de partage, de communion, d'unité.
La vraie vie consiste à accepter de recevoir et à donner mais nous sommes habités par un désir de possession, de pouvoir. Comme pris de peur, d'un vertige face à nos manques qu'on désir combler.
Plutôt qu'être dans une réjouissance, une reconnaissance "c'est la vie dont on m'a fait don", on est souvent dans la recherche de possession, de contrôle "c'est ma vie !".
Ça tombe bien, pour tout vous dire j'avais exactement le même ressenti de mon côté "le sentiment que vous ne lisez pas les messages des autres pour eux-mêmes", ne faisant que répéter votre position. Comme quoi.Riou a écrit : ↑mar. 15 nov. 2022, 23:24Bonjour,
Vous avez raison de prendre ces précautions, car vous mésinterprétez mon propos, clairement. Je n'ai ni le temps, ni le désir de répéter, et j'ai le sentiment (pardonnez si je me trompe) que vous ne lisez pas les messages des autres pour eux-mêmes, car ils ne sont au fond qu'un prétexte pour développer vos idées. Par conséquent, je ne crois pas utile d'ajouter quelque chose.
Peut-être, je ne sais pas trop malheureusement.Ombiace a écrit : ↑mer. 16 nov. 2022, 4:02 Je me faufile entre deux échanges pour rappeler les termes de la prière eucharistique qui dit (j'ai pensé à vous deux lorsque je l'ai entendue) :"Au moment d'entrer librement dans sa Passion,..", et qui a résonné pour moi, étant donné la liberté dont jouit le Fils au regard du péché.
Il me semble que les deux formes de liberté dont vous parlez, vous et Riou, se trouvaient alors unifiées dans sa personne