Bonjour Libremax,Libremax a écrit : ↑sam. 22 oct. 2022, 10:55Bonjour ademimo,ademimo a écrit : ↑ven. 21 oct. 2022, 20:37 Du coup, je reviens à ma question : quel est l'intérêt de connaître l'heure précise des différentes étapes de la Passion ? Quel intérêt de savoir que la mise en croix se produit à la troisième heure ? Ou à la sixième heure ? Que les ténèbres se répandent de la sixième à la neuvième heure ? Que le Christ expire à la neuvième heure ? Qu'est-ce que cela change pour votre édification ?
Réponse : rien.
je peux, je crois, parfaitement comprendre que le minutage des faits de la Passion en lui même peut n'avoir aucun intérêt pour vous. Ça ne vous touche pas, et il n'y a aucune raison pour que je vous fasse changer d'avis, je m'incline.
Mais vous ne pouvez pas répondre à ma place. Je suis désolé de ne pas l'avoir fait plus tôt, mais je peux vous assurer que pour moi, ces détails horaires ont de l'importance. Ils ont la même valeur que les datations de la naissance et de la Résurrection de Notre Seigneur, qui nous apprennent l'intervention de Dieu dans notre temps, et donc notre Histoire. A plus petite échelle, la précision des heures nous en disent davantage sur les modalités, les circonstances, les implications concrètes des faits, et donc, de leur réalité, inscrite dans le temps.
Il y a à vrai dire de multiples menus détails dans les récits de la Passion, bien au delà des heures, et dont on aurait très bien pu se passer mais qui nous disent combien ces récits sont des recueils de témoignages de personnes qui ont vécu les faits en question, et pour moi, c'est essentiel.
Cela ne veut pas dire, j'espère que vous l'aurez compris, que je considère ces récits uniquement comme des témoignages. Bien évidemment, je crois les Évangélistes, inspirés de l'Esprit Saint, capables d'avoir donné à leurs textes le génie de pouvoir inspirer à notre tour notre méditation, notre prière, et notre vie entière. Mais a priori, pas au détriment de ce qu'ils sont à l'origine, et qui fonde notre foi.
Je ne le disais pas dans ce sens. Bien sûr, je comprends très bien, pour avoir été très fervent moi-même sur ce point à une époque, que l'on puisse se sentir pénétré du rythme des heures de la Passion, ce qui par ailleurs est un peu le but des offices : à Laudes, vous pensez à Jésus condamné, et au reniement de Pierre ; à Prime, vous pensez au tribunal de Pilate, aux outrages, aux moqueries d'Hérode ; à Tierce, vous pensez au Calvaire, à la crucifixion ; à Sexte, aux ténèbres qui recouvrent la Terre, aux deux larrons, vous méditez sur la Croix ; à None, à la mort de Jésus sur la Croix ; à Vêpres, à la mise au sépulcre ; à Complies, vous méditez sur Jésus au Tabernacle, ou encore à Jésus emmené chez Caïphe ; pendant les Matines, vous pensez à Jésus prisonnier, ou à Jésus descendant victorieux dans les Enfers. Évidemment que l'horaire de la Passion est un puissant support de méditation et d'imprégnation de la Passion. Je ne le nie pas, loin de là.
Mais si je puis dire, la foi fait feu de tout bois. N'importe quel autre détail de la vie de Jésus, s'il vous était connu, et rapporté par les Évangiles, aurait le même genre d'effet. On aurait d'ailleurs pu avoir un découpage bien plus détaillé, où l'on aurait su ce qui s'est passé à la Seconde heure, à la Quatrième heure, pourquoi pas. Plus il y a de détails mentionnés, plus riches et abondants deviennent les sujets de méditation.
Ce que je voulais dire, c'est que sur le plan de l'enseignement théologique, si nous ne voyons aucune signification théologique dans ces horaires, ceux-ci auraient pu être complètement différents : s'ils avaient été, par exemple : la Seconde heure, puis la Quatrième heure, puis la Cinquième heure, voire libellés selon les normes modernes : 10h30, 14h45, et 16h15, par exemple, ça n'aurait rien changé du tout. Sur le plan de l'imprégnation psychologique ou spirituelle, l'effet aurait été le même.
Or faut-il voir un hasard si ce sont précisément ceux-là qui ont été choisis par les évangélistes : tierce, sexte, none ? Alors qu'on voit exactement les mêmes heures entrer en scène dans la Parabole des Ouvriers de la Onzième heure ? C'est le hasard ? Non, ce n'est pas le hasard, parce qu'on est face à une évidence, d'autant plus que les trois synoptiques ne mentionnent absolument aucun autre horaire à aucun autre endroit des trois évangiles. De même que chez Jean, qui ne retient que la sixième heure, on voit que cette heure fait écho dans son évangile à celle de la rencontre au Puits de Jacob. Ce ne peut pas être une coïncidence involontaire.
Après, si vous voulez absolument gommer toute divergence, sachez que c'est possible. Votre idée des quarts fonctionne très bien. Après vérification de mon côté, je vois que l'idée est assez ancienne, en fait.
Par exemple l'abbé Bergier, dans son Dictionnaire de théologie, édité à Liège en 1790 par la Société typographique, dans le tome IV, p. 48-49, à "Heures" :
https://www.google.fr/books/edition/Dic ... =fr&gbpv=1
nous explique que les juifs du temps de Jésus comptaient les heures de façon imprécise, effectivement par quarts de trois heures. Donc, la troisième heure n'est pas précisément la troisième heure, mais le premier quart de trois heures allant de la première heure à la troisième, et ainsi de suite. Il en résulte que lorsqu'un évènement qui se déroule vers 9h du matin (ou troisième heure), par exemple, comme c'est à la charnière entre la troisième heure (entendre : le premier quart) et la sixième heure (entre : le second quart), on peut employer indifféremment l'un ou l'autre. Et d'ailleurs, en disant qu'il était "environ la 6e heure", Jean se montre lui-même imprécis, et semble vouloir dire que la 6e heure allait commencer, donc qu'on était à la fin de la troisième heure, donc à la fin du premier quart, vers 9h, ce qui s'accorde avec la "troisième heure" de Marc.
Pourquoi pas. Et l'explication est sans doute bonne. Elle fonctionne.
Chez certains pères (saint Augustin), on trouve une autre explication un peu plus compliquée : Jean compterait l'heure du jour non pas astronomique, mais du jour "de la préparation" (du Sabbat), lequel commence la veille. Saint Augustin fait ensuite ce décompte : la préparation du Sabbat commence à la 9e heure de la nuit (environ vers 3h du matin). À partir de là, on compte encore 3h pour la fin de la nuit, et les 3h de Marc, qui font les 6h de Jean.
http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/euz.htm#bz2
ça me paraît un peu tiré par les cheveux. J'ignore d'où sortent les 9h de la nuit. Et il y a une éventuelle entorse au sens du texte. La Vulgate indique : "C’était le jour de la préparation de la pâque, et il était environ la sixième heure" (Sacy) lorsque Saint Augustin lit : "C'était la sixième heure du jour de la préparation de la Pâque".
Mais qu'importe, au fond ? J'en reviens à mon idée : quel changement y a-t-il pour notre foi que la véritable heure de la crucifixion soit la sixième ou la troisième heure, ou la quatrième ou la cinquième heures ? À moins, là encore, qu'il y ait une signification profonde à ces différents horaires, et c'est ce qui, je crois, était présent dans la pensée des rédacteurs.
Et un détail intéressant que je suis en train de redécouvrir :
Dans les Actes des Apôtres, des horaires sont également mentionnés :
- la Pentecôte intervient à la 3e heure.
- Pierre et Jean se rendent au Temple à la prière de la 9e heure.
- La vision de Pierre chez Corneille intervient à la 6e heure.
- La vision de Corneille arrive à la 9e heure pendant qu'il prie.
Ce qui permet de dire que :
- On retrouve ici les trois horaires déjà vus chez les Synoptiques (et les Actes sont dans cette tradition).
- Il y avait bien des prières liturgiques fixées à certaines heures, qui semblent se recouper avec les horaires de la Passion, des Ouvriers de la onzième heure, et que l'on retrouve ensuite dans la liturgie chrétienne.



