Cher Bisdent,
Bisdent a écrit :
Autant la question de départ m'agaçait (vous devez comprendre que ce genre de sujet commence à sortir par les trous de nez de la plupart de mes compatriotes), autant votre argumentation me réconforte sur vos connaissances sur la situation belge. Des argumentations foireuses basées sur la méconnaissance de la situation belge furent souvent la raison qui m'a fait sortir de mes gonds sur ce forum. Donc je vous remercie déjà d'avoir vos connaissances et de bien les utiliser. Je ne dis pas que je suis d'accord avec tous vos arguments, vous l'aurez compris, mais j'ai maintenant l'impression d'avoir du répondant intelligent.
Et merci à vous d'avoir bien voulu engager un débat apaisé. Je vais essayer de l'honorer !
Bisdent a écrit :Là où je suis en total désaccord avec vous, c'est sur les frontières naturelles de la France. Comme si, à l'instar du peuple élu, un peuple devait se trouver sur un territoire déterminé, de droit divin. À vous lire le Benelux devrait être naturellement français, le Rhin ayant son embouchure assez haut dans les Pays-Bas. Or, l'histoire montre bien, pour en rester à la Wallonie, que la quasi totalité des territoires correspondant à l'actuelle Wallonie était territoires du Saint Empire Romain Germanique, à l'exception notable du territoire de Tournai. Que ce soit la Principauté épiscopale de Liège, le comté puis duché de Luxembourg, le duché de Brabant ou le comté de Namur, tous ces territoires ont fait partie du Saint Empire avec, un réel sentiment d'appartenance à un ensemble, certes hétéroclite. Les frontières naturelles que vous citez sont celles que les Romains donnaient aux Gaules (au pluriel), en admettant que c'était plus complexe que cela. Les Francs n'étant pas des Celtes, il n'y a déjà pas de raison que leur territoire d'influence soit le même.
Je sais bien que nous ne tomberons pas d'accord sur ce sujet, et je n'attend pas cela de vous. Mais laissez-moi quand même creuser un peu l'argumentation.
D'abord il ne s'agit pas d’élection divine, mais de cohérence historique et géographique. Reprocheriez-vous aux Italiens de se trouver comme frontières naturelles la botte, fermée par l'arc alpin, et d'avoir reconstitué cette unité perdue, quitte à avoir supprimé quelques petits états ?
Même chose avec les Espagnols et l'unification progressive sur la péninsule ibérique, après le Moyen-Âge, des anciens royaumes (seul le Portugal, qui a pourtant connu plusieurs brèves périodes d'unité avec le reste "des Espagnes", comme on disait alors, est resté un obstacle à l'achèvement de ce travail).
Vous me citez les nombreux petits états féodaux qui composaient le Saint-Empire Romain Germanique dans sa partie belgique, comme si cette frontière était immuable et consacrée (je vous retourne votre argument) par le droit absolu. Or il est facile de constater, d'une part que ces petites principautés ont une durée limitée dans l'histoire, qui correspond à l'âge du système féodal, et d'autre part que cette frontière, mouvante, est totalement arbitraire, et est plus le fruit de l'inachèvement de l'expansion française et de ses défaites militaires qu'autre chose.
Vous dites un sentiment d'appartenance commune à cet ensemble sous tutelle impériale ? Dois-je vous rappeler les révolutions liégeoise et brabançonne de 1789, et la révolution belge de 1830, où à chaque fois se dressait un étroit parallèle entre l'histoire de France et celle des pays belgiques ? Est-il besoin de souligner qu'à chaque fois, dans ces épisodes, les Belges ont lorgné vers la France, et qu'en 1830, ce n'est que par la faute des Anglais que les Belges n'ont pas eu, sinon le roi de France, du moins un prince de son sang ?
Enfin vous me parlez des Francs, et vous faites bien. En effet, la Gaule était peuplée de gallo-romains et ne peut pas être confondue avec la France, dont le nom même signifie qu'elle est issue de cette nouvelle identité franque. Mais quel a été le foyer principal des Francs en Gaule, le cœur de leur nouveau territoire, là où ils l'ont le plus peuplé ? Le Belgique ! Des bords du Rhin à la forêt charbonnière, puis au-delà jusqu'à la mer du nord aux alentours de Boulogne.
Et qu'ont fait ensuite les Francs ? Ils ont conquis les royaumes formés par les Burgondes (la Bourgogne) et les Wisigoths (l'Aquitaine), ainsi que le royaume résiduel autour de Paris et de la Normandie encore sous contrôle romain, pour arriver finalement a épouser parfaitement les frontières de la Gaule.
La suite de l'histoire, avec les rois de France, ne s'éloigne pas de cette ligne : reconquérir, patiemment, siècle après siècle, les territoires perdus en 843 au traité de Verdun. Depuis cette date, la frontière entre la France et le Saint-Empire passait approximativement par l'Escaut, relié à la Meuse au niveau des contreforts sud de l'Ardenne, puis par l'axe Meuse-Saône-Rhône.
Croyez-vous que je ne me réjouisse pas de ce que les choses ne soient pas restées ainsi ? Ma ville de Lyon, si les choses n'avaient pas bougé, serait en territoire impérial !
Le Rhin est donc bien la frontière nord-est naturelle, géographique, légitime, historique, de l'espace gallo-français, occupé successivement par des peuples qui en ont fait un brassage celte, latin et germanique. J'ajoute, et c'est important sur ce forum, que le Rhin, près de son embouchure, n'est pas seulement cela : c'est aussi une frontière religieuse, entre protestants et catholiques. C'est en grande partie vrai aussi pour la Rhénanie, la partie allemande. Il me semble que c'est un argument favorable supplémentaire.
Bisdent a écrit :Depuis lors, c'est vers l'est (Luxembourg) et non vers le nord (Bruxelles dans le cadre d'un état centralisé à la XIXe siècle, ou Namur dans le cadre de l'état fédéral actuel) que l'attention des Arlonais fut tournée. Le Pays d'Arlon (ou Arelerland) compte environ 60 000 habitants. Ceux-ci ne se sont jamais vraiment sentis intéressés ni impliqués par les questions institutionnelles belges, puisqu'ils se réclament luxembourgeois. Un parti politique (le Rassemblement Luxembourgeois) prônait encore à la fin des années nonante le rassemblement des deux Luxembourg (belge et grand ducal) sous la direction de la couronne grand ducale. Ce parti tirait ses voix essentiellement à Arlon. Le problème d'Arlon est que, contrairement à la Communauté germanophone, la langue luxembourgeoise n'est pas reconnu comme langue en Belgique, bien contrairement à l'allemand. Je vous saurai gré de ne pas insinuer que le faible nombre de la population des gens de l'Arelerland rend négligeable ce problème. Un député originaire de l'Arelerland, Josy Arens, toujours en fonction, a une fait scandale au Parlement le jour de sa prestation de serment, car il lui avait été refusé de prêter serment dans sa langue maternelle, le luxembourgeois.
J'ai souvenance d'avoir lu quelque part qu'Arlon elle même était devenue majoritairement francophone, et que seules les autres communes (plus ou moins rurales) du pays d'Arlon étaient restées de langue francique mosellane (je préfère, plutôt que "luxembourgeois" qui n'a pas de valeur linguistique). Est-ce exact ?
En tous cas, merci pour ces précisions sur un sujet que je ne maîtrise pas très bien !