Je comprends bien ce que vous voulez dire, et vous avez raison de dire que "nos visées sont les mêmes" mais que nous n'y mettons pas "les mêmes mots".
Sauf sur un point, important, qui est le centre de ce débat-ci :
Le Corps du Christ, pour moi, c'est un Corps mystique, et non institutionnel. Bien sûr qu'il faut une institution, mais ce n'est pas le coeur de la foi.
Et bien pour moi cette phrase n'a, dans le cadre de notre foi, aucun sens.
Ce que vous appelez "l'institution", l'Église organisée autour des successeurs des Apôtres, le "Corps visible" si je puis dire, est partie intégrante du Corps mystique et a été voulu et fondé par Jésus-Christ.
C'est l'Église dans sa totalité qui est au cœur de la foi.
Je suis persuadé que cette erreur que vous faites, car c'en est une, a la même source que ce qui vous faisait dire ailleurs que la soutane était un signe de rigidité.
Je pense que vous avez une défiance vis-à-vis des "institutions" comme nous sommes nombreux à en avoir en ces temps-ci. Une sorte de défiance inconsciente.
Je le comprends car je l'ai eu aussi.
Oui, vous avez raison de dire que "tout commence avec l'Évangile et le Christ", et que le reste vient après. Mais il ne faut pas confondre l'ordre "pédagogique" voire "chronologique" avec l'ordre "ontologique" :
si l'Église instituée vient après le Christ, elle n'en est pas moins son Corps.
Quand à votre opposition entre le défilé contre le mariage gay et l'absence de défilé contre l'affaire des expulsions des roms (que vous mélangez avec la lutte contre le consumérisme), je ne la comprends pas non plus. J'en comprends la partie "politique" (le catho de droite défile contre les homos mais pour les immigrés), mais quel sens cela a-t-il quand nous parlons de l'Église ?
Le sujet était la place de l'Église dans la société, et je crois avoir compris que vous vouliez dire ceci :
« Une religion d'état, majoritaire, un pays dit "catholique", ça n'a aucun intérêt car la foi est "intérieure". Pire : ça ne peut avoir que des effets négatifs car on transforme en "règles" ce qui ne devrait naître que d'une volonté qui librement choisi de faire cette du Christ. Ainsi l'Église "institution" est secondaire sur le plan , et elle n'est au fond "utile" que comme contre-pouvoir et pour rappeler l'essentiel de la foi. »
Mais c'est oublier que l'Église institution voulue par Jésus est composée d'hommes qui ont besoin d'être ensemble, de former un Corps pour s'unir à la Tête qu'est le Christ ; c'est oublier, parallèlement, que la société dans laquelle nous vivons n'est pas sans effets sur notre vie : que "l'extérieur" façonne notre "intérieur". (tout comme l'inverse), et donc qu'une société anti-chrétienne est une difficulté supplémentaire sur le chemin vers la sainteté. Doit-on se réjouir que ce chemin soit rendu encore plus dur par les persécutions par exemple ?
Vous dites vous-mêmes qu'il ne faut pas présenter la foi comme le règne du fouet, mais bien celui de l'Amour. Mais si l'on vous fouette, dans une société anti-chrétienne, parce que vous êtes chrétien, doit-on s'en réjouir ?
Une civilisation chrétienne n'est pas la garantie de la "sainteté pour tous", mais elle à rechercher pour deux raisons :
1) Elle est la seule à pouvoir donner sa place à l'oraison (messes, cloches qui sonnent les heures, processions, respect des jours chômés, du dimanche etc.) : ceux qui veulent prier peuvent prier.
2) Si nous pensons que ce que nous enseigne le Christ est bon, il ne faudrait pas avoir honte de penser qu'essayer de l'appliquer "socialement" n'est pas fondamentalement une mauvaise chose (à l'inverse pensez au droit l'avortement, à l'euthanasie etc.)
Je vais vous dire quelque chose : je connais mon penchant pour la critique de l'autorité "donnée". J'ai longtemps méprisé l'armée par exemple. Et souvent je me suis dit : si j'étais né au XVIIIe siècle, serais-je devenu chrétien ? J'espère que oui, mais mon aversion pour l'autorité "imposée" n'aurait-elle pas repoussé loin de moi le catholicisme ? Quand je pense à cela je ne suis pas fier.
Pour le reste :
Enfin, je crois que nos visées sont les mêmes, mais on n'y met pas les mêmes mots. J'ai souvent vu critiquer les catéchistes qui présentaient un Jésus "copain" aux enfants... je ne vois pas en quoi ces catéchistes seraient pires que ceux et celles qui "fliquent" littéralement les enfants en leur faisant voir le péché à tous les coins de rue.
Bien, mais qu'essayez-vous de dire ? Que ceux qui critiquent le caté infantilisant sont forcément des personnes qui favorisent le "flicage" ?
Je crois que vous faites des oppositions et des "catégories" là où il n'y en a pas. Le caté gnan-gnan a été un choix "pédagogique" nationale à une époque (pas appliqué partout heureusement), quand au "flicage", aussi répandu fut-il, il ne fut jamais qu'une déviance de la catéchèse ordinaire d'une époque aux procédés disciplinaire plus durs (certainement) associée à l'héritage d'une forme du jansénisme.
Mais aujourd'hui, les personnes qui critiquent les manuels de catéchèse et les outils pédagogiques proposés par la CEF ne sont pas des adeptes du "flicage des péchés".
Pour faire bref : il y a, dans vos propos, trop d'oppositions caricaturales qui laissent passer l'essentiel pour justifier des choix individuels, ou expliquer des souffrances, je ne sais.