Monsieur Christian,
Christian a écrit :
Qui désigne ce nôtre dans la phrase : les pratiques homosexuelles et polygames font « perdre tout son sens à notre ordre culturel » ? Certainement pas moi.
Oui oui on sait, si vous êtes chrétien je ne le suis pas et vice-versa.
Christian a écrit :
Certainement pas les catholiques pratiquants.
Ah ben tiens! et qui sont donc les catholiques pratiquants?
Christian a écrit :
Notre ordre culturel ne perd pas son sens parce qu’il existe des polygames et des homosexuels. Nous conservons, il me semble, « nos marqueurs culturels », même au contact de gens qui pensent et vivent différemment.
Sauf que je n'ai jamais dit ça. Il existera toujours des homosexuels et des polygames et ils ne me dérangent en rien. Là où ils me dérangent en revanche, c'est en s'arrogeant le droit culturel de se définir en tant que "familles", "couples", "parents". C'est un viol du langage et donc de notre culture. Que vais-je dire à mon fils lorsqu'on lui apprendra à l'école que des parents peuvent être de n'importe quel sexe, et de n'importe quel nombre, pour élever certains enfants? Je vais être obligé de lui dire que sa maîtresse lui ment, et par là il perdra donc tout respect soit pour l'école, soit pour moi.
Christian a écrit :
Sinon, le sous-entendu serait que les catholiques ne le sont que si leur environnement l’est aussi. Ce n’est guère élogieux.
Je vous parle de langage. Les catholiques ont-ils un langage distinct des athées, ou des musulmans, en France? Non. Ce brouillage sémantique nous frappera, et nous frappe déjà, de plein fouet. Au coeur de chaque famille. Il nous pousse soit à l'abandon de ce que nous sommes, soit au repli communautaire, soit à l'offensive forcément violente au vu des forces en présence.
Christian a écrit :
Mais si ce nôtre désigne « les Français », alors il faut définir ce que c’est que l’ordre culturel français.
Je vous parle de l'ordre culturel chrétien dans l'espace francophone, à savoir cette culture qui existe encore et qui a pour fondement sémantique la langue française et ses dictionnaires. Que cette culture soit une parmi bien d'autres dan sle pays France, soit; n'empêche que tous ces citoyens utilisent la même langue et vivent sous les mêmes lois.
Christian a écrit :
Car manifestement, il existe moult gens sur ce territoire et qui possèdent bien un passeport français, mais qui participent d’un univers culturel où Voltaire, où « la fille ainée de l’Eglise » et autres marqueurs de la culture française n’ont pas leur place.
Certes.
Christian a écrit :
Le problème soulevé, au fond, est de savoir si la loi s’applique à un
territoire ou à des
êtres humains.
Et le langage, qui est probablement encore plus porteur de sens et de valeurs que la loi. Où l'on comprend par exemple que l'organisation de la francophonie est la pire institution qui soit pour notre culture, et où l'on remercie par exemple chaudement un Abdelazziz Boutelfika de dé-franciser de force l'Algérie.
Christian a écrit :
Une loi religieuse est très complète et elle règle les comportements individuels, sexuels, familiaux, etc. Elle prescrit des pratiques quotidiennes. Mais cette loi, par essence, s’applique aux fidèles de ladite religion, à l’exclusion des mécréants, et indépendamment du territoire. Le catholique est tenu aux mêmes prescriptions à Rome, à Rio ou à Rouen.
Sauf que ce catholique parle la même langue que le non-catholique qui vit à ses côtés à Rouen, et si celui-ci impose la définition de "parents" comme pouvant s'appliquer à deux homos qui ont payé une femme aux USA pour porter un enfant et le mettre au monde, et si cette définition par force de loi passe dans les dictionnaires et le langage courant, alors le catho et le non-catho de Rouen utiliseront un même mot pour deux significations bien différente. Cette différence qui existait déjà depuis un siècle, me direz-vous, entre un couple marié devant Dieu et un couple au civil, ne va apparaître de façon éclatante que maintenant.
Votre communautarisme anarcho-libéral a ses limites et la langue en est une de taille.
Christian a écrit :
Si cette loi territoriale était très générique, se bornant à criminaliser des comportements que tout le monde réprouve (tuer, violer, voler…), elle serait bien acceptée par des populations hétérogènes, comme celles qui habitent sur les territoires français et britannique, par ex. Mais lorsque la loi étatique s’emploie à réguler tous les aspects de notre vie quotidienne, du mariage à la façon de s’habiller, elle est légitimement perçue par certains comme arbitraire et coercitive. Ainsi, par les homosexuels et les polygames.
Quelle solution ?
Vous oubliez le langage et la perte de sens.
Christian a écrit :
— le nettoyage ethnique, allègrement pratiqué par les républiques depuis 1919. "Nous voulons un Etat qui nous ordonne comment vivre, travailler, élever nos enfants, et nous ne voulons pas de contestation à ce propos. Donc nous expulsons ceux qui n’acceptent pas les lois de notre Etat." Mais le nettoyage ethnique est fort coûteux, moralement et économiquement (expulser tous les musulmans et homosexuels de France ??).
Il s'agit ici d'un combat de sens entamé voici deux siècles, d'un combat de civilisation - ou plutôt d'un combat pour la survie d'une civilisation, la nôtre, dans laquelle certains mots ont un sens qu'ils n'ont pas dans la civilisation relativiste moderne.
Christian a écrit :
— la dictature, pour forcer tout le monde dans notre moule. Mais l’escalade dialectique : loi arbitraire —> résistance —> répression —> plus de résistance —> plus de répression, entraîne un coût qui n’est pas forcément nul.
Toute société humaine est forcément en partie dictatoriale. Toute société humaine exorcise sa violence intrinsèque par certains interdits, certains tabous. Vous prônez la possibilité pour chacun de choisir dans quelle société humaine il cherche à évoluer. Je ne suis pas contre, sauf que votre théorie se bute dans la réalité à deux contraites de taille: la dépendance des hommes aux territoires, et au langage. Les premiers ne se partagent pas sans violence, les seconds ne se partagent pas longtemps.
Christian a écrit :
— accepter que les lois sont faites pour les êtres humains, par conséquent laisser ceux qui se reconnaissent catholiques s’unir par le sacrement d’un mariage monogame indissoluble, et ceux qui se revendiquent musulmans contracter un mariage polygame, etc.
Tout en sachant que l'emploi du même mot de "mariage" pour ces deux unions n'a alors plus de sens.
Christian a écrit :
Il appartient alors à chaque communauté de définir ses règles, indépendamment du territoire. Pour que l’Etat soit véritablement l’Etat de tous, il doit se limiter à ce qui est véritablement la loi de tous, le respect de la vie humaine, de la propriété et des serments.
A la fin votre territoire se scindera physiquement en autant de communautés, avec autant de langages créateurs d'autant de cultures.
Bref, vous vous bernez à recommencer l'Histoire du fondement d'Etats par nature forcément totalitaires en partie, et ces refondations successives s'entâcheront inévitablement de redoutables violences (pas d'angélisme svp) dont on se passerait bien.
Bref, il est bien plus simple et pacifique de restreindre au minimum les grandes transhumances humaines, et de s'accorder sur certains tabous constitutifs d'une culture dont on punira très sévèrement la violation. En dehors de ces tabous culturels, je suis d'accord pour que règne une liberté et une démocratie qui seraient donc alors "relatives" et non plus absolues.
Cordialement,
Ex