Emmanuel Lyasse a écrit :2) Vatican II a aboli ces ordres mineurs.
C'est Paul VI qui les a aboli, Vatican II n'y est pour rien (quand arrêterons-nous d'attribuer tout et n'importe quoi à "Vatican II"...)
Quant à la licéité d'abolir des ordres mineurs qu'on rencontre dans toute la Tradition d'Orient et d'Occident, on peut en discuter. Paul VI avait aussi prétendu abolir l'ancien missel... qui pourtant s'est maintenu jusqu'à ce qu'il soit confirmé qu'il n'a jamais été aboli. Quant aux ordres mineurs latins, s'ils ont disparu du droit canon actuel, ils ne continuent pas moins d'être conférés par des évêques aux séminaristes traditionnels, alors que d'un autre côté, les nouveaux ministères restent utilisés de la même façon que les anciens, i.e. dans les séminaires (donc ils ont complètement manqué leur but). A quand la confirmation que les ordres mineurs traditionnels, eux non plus, n'ont jamais été abolis?
Ce qu'il faut se rappeler dans tout cela, c'est que le Pape est au service de la Tradition et pas au-dessus...
Donc pour ce qui est de la lecture ou de la distribution de la communion, il n'y a aucune distinction entre laïcs (non institués) des deux sexes, et il n'y en a jamais eu.
La Tradition est unanime à exclure par principe les femmes du service de la liturgie eucharistique, de quelque côté qu'on envisage les choses. Les diaconesses, avant leur disparition, donnaient la communion aux malades, mais leur rôle proprement liturgique s'est toujours limité à l'accompagnement des femmes lors du baptême.
Puisque vous aimez les textes liturgiques, rappelons une fois de plus ceci, tiré de la PGMR et repris à plusieurs reprises dans les documents romains:
PGMR2002 a écrit :On observera aussi le principe selon lequel chaque Eglise particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement sur la doctrine de la foi et sur les signes sacramentels, mais aussi sur les usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue, qui sont à observer non seulement pour éviter les erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, car la lex orandi de l’Église correspond à sa lex credendi
Il n'est donc même pas licite juridiquement de lire la loi de l'Eglise en faisant abstraction de la Tradition constante.
Après, on va dire qu'il y a dans toutes les Eglises des exceptions récentes pour la lecture et le chant, ce qui les rend recevables... mais ça ne suffit pas.
En effet, le port de vêtements liturgiques fait partie de la tradition de toutes les Eglises, et un "ministre" qui agit dans le choeur sans porter aucun vêtement est une aberration - je dirais même qu'avec la messe "face au peuple", je ne vois pas d'abus moderne plus anti-liturgique que de voir un lecteur non vêtu rentrer dans le choeur et s'installer au micro. Tant qu'à faire, une fille enfant de choeur, vêtue de l'aube, malgré la rupture avec la Tradition que ça représente, ferait à mes yeux un effet moins désagréable qu'un lecteur en costard-cravate.
N'oublions pas que le principe est que les prêtres et les lévites qui servent le Temple sont mis à part... ce que la Tradition, dans le cas des ordres mineurs qui s'ajoutent aux ordres majeurs, manifeste par l'imposition de la main, la bénédiction, la tonsure, les vêtements... Le lecteur qui lit depuis l'ambon en costard-cravate ou la lectrice en tailleur ne portent aucun de ces signes.
C'est pourquoi, je me répète, mais même si le lecteur ou la lectrice laïque par substitution se rencontre aujourd'hui dans d'autres Eglises et peut donc être considéré comme acceptable faute de mieux, ce lecteur devrait rester hors du choeur. Et soit dit en passant, il serait temps de remettre à l'honneur la clôture du sanctuaire.
Pour les lectures, l'usage (y compris celui du Saint Père) est en avance sur le droit, puisque le recours à des "extraordinaires" hommes et femmes est désormais presque systématique, y compris pour des messes comme celle de la béatification de Jean-Paul II, pour laquelle on aurait certainement pu trouver des lecteurs institués. (Vous voyez bien que je ne suis pas rubriciste)
Les messes de Jean-Paul II orchestrées par Mgr Piero Marini n'étaient certainement pas de bons exemples des signes liturgiques "universellement reçus de la tradition apostolique ininterrompue".
Benoît XVI a nettement amélioré les choses mais n'a pas supprimé tous les usages novateurs, y compris celui de l'autel "face au peuple", qu'il avait largement dénoncé dans le passé. Je ne sais pas s'il peut vraiment faire tout ce qu'il souhaite de ce côté (c'est une interrogation permanente chez moi, le Pape supposé maître absolu chez lui doit néanmoins composer non seulement avec les autres évêques, ce qui est normal, mais avec une Curie qui est censée être son auxiliaire), et d'autre part son style est plutôt celui d'une explication lente et patiente, ainsi il préfère mettre en avant un arrangement "plus liturgique" de l'autel face au peuple que le retour direct au "ad orientem". Je ne sais pas s'il pourrait faire autrement, ou s'il devrait, même si je ne sais pas ce qui peut s'opposer à ce qu'il célèbre systématiquement vers l'Orient quand il célèbre hors de son diocèse (Rome étant un cas particulier où le ad orientem et le versus populum sont confondus).
De là à dire qu'il est "en avance" sur le droit, c'est introduire un principe "progressiste" qui n'a rien à faire là... Et le fait est que les innovations des 60 dernières années ont totalement désintégré le cadre rituel de la liturgie latine. La tendance actuelle est plutôt à y revenir, certes très lentement, mais la tendance est bien là.
Parmi les propositions du récent synode sur la parole de Dieu, figurait l'ouverture du ministère permanent de lecteur aux femmes. Elle n'a pas été retenue par le Pape. Mais qu'elle ait pu être présentée au Synode montre que la discussion sur ce point est licite (contrairement à celle sur l'ordination presbytérale de femmes).
Le Concile de Trente (qui est bien plus important que le synode susmentionné) avait aussi discuté sans la retenir la proposition que la liturgie soit réservée aux seuls clercs et que les laïcs restent vaquer à leurs occupations courantes. Croyez-vous que ça suffit à en faire une proposition licite et conforme à l'essence du culte chrétien?
Pour reprendre, du point de vue de la Tradition, tel que ça a été transcrit dans le droit avec des variations au cours des âges:
- le lecteur sans habit liturgique dans le sanctuaire est contraire à l'esprit de la liturgie
- le ministre liturgique est par principe ordonné au moins aux ordres mineurs (même si on a vu des exceptions)
- la communion est par essence un rôle sacerdotal et non pas ministériel, qui n'est confié que de façon extraordinaire aux ordres mineurs
- la tradition universellement reçue confie les ministères lors de la célébration de l'Eucharistie aux seuls hommes (même si on a vu des exceptions)
- les règles et coutumes liturgiques ne sont pas assez rigides pour ne tolérer aucune exception à l'une de ces règles; mais quand on ignore presque tout le temps tous ces principes à la fois (lecteurs et lectrices sans habit, dans le sanctuaire, + femmes ministres extraordinaires de la communion, + filles enfant de choeur, sans parler de bien d'autres points comme l'orientation), c'est bien que le principe central a disparu et qu'on peut douter que la liturgie représente encore correctement le Mystère qu'elle est censée manifester.
In Xto,
archi.