Bonjour à tous,
Quelques précisions quant à mon précédent message :
- Je me suis permis de supposer que Toto s'accordait le droit de négliger l'ancien testament, dans la mesure où il a qualifier l'ancienne alliance dont il témoigne de "négligeable au regard de la nouvelle".
- Je n'ai pas cité saint Bernard, mais saint Paul. Et j'ai évoqué saint Bernard sans le citer (et c'est malheureux, je m'en excuse), en ayant en tête une lettre écrite à son Pape dans laquelle il lui reproche de ne pas faire d'effort d'évangélisation, de ne pas faire connaitre et exhorter les chrétiens à faire connaitre au monde entier le message du Christ, en l'excusant toutefois pour ce qui concerne le monde juif, puisque pour eux un temps a été prévu par Dieu à la fin. Il est cité par Benoit XVI dans les termes suivants : « un temps précis a été déterminé pour eux, que l’on ne peut pas anticiper. Les païens doivent les précéder dans leur totalité ». Je l'avais déjà évoqué dans
un article que j'ai écrit il y a quelques mois, dans lequel vous trouverez les références. Cet article faisait suite et commentait les récentes déclarations du Cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, disant que l’Eglise, en matière d’évangélisation, ne se donne pas de « mission à l’intention des juifs, à l’inverse de certains groupes évangéliques ».
- Si bien qu'on accueille bien évidemment avec joie les juifs convertis à la foi au Christ, et en aucun cas on ne leur cache le message du Christ, mais on n'oublie pas qu'après la Pentecôte, les apôtres, Pierre, Paul et les autres, ont essentiellement proposé l'évangile aux païens et aux craignant-Dieu et prosélytes. L'
Eglise de la circoncision dont parle le Nouveau Testament est d'ailleurs restée distincte de l'
Eglise des nations, jusqu'à malheureusement disparaître totalement au bout de cinq siècle. Cette disparition, qui suppose une paganisation des juifs convertis au Christ (des judéo-chrétiens devenant pagano-chrétiens) n'a jamais, jamais, été impulsée par les apôtres, pour ce que nous en laisse voir le Nouveau Testament et son exégèse. Il faut bien relire les Actes des Apôtres pour s'en rendre compte.
Phileas Fogg a écrit :N'importe quel travail sérieux d'exegéte, de théologie ou d'archéologue - chrétien ou non du reste - vous apprendra ce qui est utile de savoir sur le contexte de sa naissance pour comprendre le message évangélique. Les pères de l'Eglises eux vous donneront le sens du message, St Bernand que vous citez est tres fort à ce jeu et ses textes sont un vrai feu d'artifice de citations expliquées et mises en perspectives.
Il me semble enfin que vous devriez actualiser vos connaissances en matière de science exégétique. Aujourd'hui, précisément, les découvertes vont croissantes dans le domaine des sources juives du christianisme, et permettent une compréhension nettement renouvelée de bien des aspects de la prédication de Jésus et de ses subtilités. Si ce courant exégétique a eu bien du mal à s'imposer, c'est en grande partie parce qu'il est étouffée depuis bientôt 200 ans par un courant mainstream d'exégèse exclusivement historico-critique, d'origine protestante, que Benoit XVI a d'ailleurs largement critiqué en commentant et mettant l'accent sur Dei Verbum et ses recommandations.
Pour dire d'ailleurs ce que vous dites sur les textes rabbiniques, il faut vraisemblablement que vous n'ayez jamais pris le temps d'ouvrir le Talmud. On ne voit d'ailleurs pas bien pourquoi l'importance du recours aux sources juives ne se serait imposée qu'à saint Jérôme, et qu'elle ne nous concerne pas.
Enfin, il faut évidemment distinguer ce qui relève de l'enseignement rabbinique actuel et ce qui est plus ancien. C'est pourquoi des pionniers des études du judaïsme, comme le cardinal Jean Daniélou pour les plus mainstream, mais aussi surtout le regretté Roger le Déaut, et à sa suite aujourd'hui des exégètes comme Charles Perrot, Michel Remaud, Pierre Lenhardt, Frédéric Manns, Matthieu Colin, et bien d'autres, ont appris à dater et mettre au jour ce que la tradition rabbinique a su conserver de la torah orale contemporaine de Jésus et des apôtres ; en particulier l'essentiel du targum palestinien de la Torah, traduit en français par Roger le Déaut (qui devrait enrichir toutes les éditions sérieuses de la Bible en regard de l'Ancien Testament, si on s'intéressait un peu à ce que le lecteur comprenne ce qu'il lit). C'est le cas aussi pour bon nombre de midrashim, dont justement les évangiles attestent de l'existence au temps des apôtres.
Bref, si aujourd'hui l'Eglise enseigne que nous avons à sortir de "la théologie de la substitution", peut-être devrions-nous nous laisser un peu interpeller et bousculer dans nos certitudes : le royaume de Dieu est semblable à un trésor dont on tire de l'ancien et du nouveau. N'empêchons pas le nouveau de jaillir en nous faisant une idée trop étriquée de ce qu'est l'ancien !
Bien à vous,
Pneumatis