Aldous,
vous citez donc ce texte en tant que réfutation des arguments du FN, comme exemple de "démonter les arguments du FN". On va donc y trouver des arguments du FN et leurs réfutations.
En effet, dans la mesure où le Président du FN utilise souvent des références aux valeurs religieuses, il est légitime que l'on nous demande si ces références correspondent aux valeurs chrétiennes.
Sur ce point, il ne peut pas y avoir d'ambiguïté. Pour ne prendre qu'un exemple récent : la manière dont M. Jean-Marie Le Pen a repris une expression célèbre du pape Jean-Paul II : "n'ayez pas peur... Entrez dans l'espérance." est bien significative.
D'abord, votre auteur nous donne une information importante : le Président du FN utilisait souvent des références aux valeurs religieuses. Mais il semble y avoir un problème, ces valeurs religieuses sont-elles aussi chrétiennes ? Ne sont-elles pas musulmans, bouddhistes, maçonniques ou autres ? Grâce à une perspicacité remarquable, votre auteur peut répondre... Le Président du FN utilisait souvent des références aux valeurs chrétiennes.
Déjà, on pourrait se demander si cela ne constitue pas une originalité dans le paysage politique français et spécialement pour un parti dont le candidat a été capable d'aller au deuxième tour d'une élection présidentielle. Mais sans doute, cela n'a-t-il rien d'original, la plupart des responsables de grand partis politiques, UMP, PS, Centristes, Communistes, Ecologistes, utilisent-ils eux aussi souvent des références aux valeurs chrétiennes.
C'est la récupération d'une référence chrétienne à des fins partisanes.
Mais à la différence des autres responsables de grands partis politiques, qui eux sont sincères, quand le FN fait une référence chrétienne, c'est à des fins partisanes...
En vérité, les autres grands responsables politiques font tout ce qu'ils peuvent pour ne pas exprimer de références chrétiennes ni se laisser étiqueter comme "chrétiens" et encore moins comme "catholiques". Parce que dans notre société, c'est mal vu d'être catholique, c'est immédiatement être associé aux notions suivantes : "rétrograde", "psycho-rigide", "homophobe", "anti avortement", "superstitieux", "créationiste", "conservateur", "fasciste", "pédophile"...
Il n'y aurait pas d'erreur plus stratégique que d'utiliser souvent des références aux valeurs chrétiennes alors que le reste des politiciens surfe sur le gender, le divorce, l'IVG, le relativisme, etc. pour ratisser le plus large possible et recevoir les caresses des médias.
Donc, l'argument de "la récupération d'une référence chrétienne à des fins partisanes" est absurde. Si Jean-Marie Le Pen a utilisé des références chrétiennes, c'est simplement parce que le catholicisme est sa culture (et sans doute aussi sa foi) et qu'il n'en a pas honte.
Ici, je partage complètement l'analyse du cardinal Lustiger. Il s'agit bien d'un détournement de sens. Le pape invitait tous les catholiques et tous ses auditeurs à entrer dans l'Espérance et à "ouvrir toutes grandes les portes au Christ." Son message était donc universel et nous situait dans l'espérance ouverte par la Résurrection du Seigneur. On ne peut pas rabattre cette espérance dans les limites d'une campagne électorale.
Un homme politique ne pourrait donc dire "c'est un chemin de croix", "c'est un calvaire", "j'ai bu le calice jusqu'à la lie", "j'ai ressuscité", "après une traversée du désert", "je m'en lave les mains", "il ne faut pas lui jeter la pierre", "à chaque jour suffit sa peine", "il ne faut pas jeter de perles aux cochons", etc. parce que ce serait rabattre les Evangiles dans les limites d'une campagne électorale ?
Si Jean-Marie Le Pen a utilisé l'expression "n'ayez pas peur... Entrez dans l'espérance", c'est qu'il l'a entendue et s'en est souvenue, et qu'il a pensé qu'elle correspondait bien à ce qu'il essayait de faire passer à son auditoire.
Cette critique est tellement faible que votre auteur est obligé d'ajouter : "En tout cas..."
En tout cas, si on reprend les paroles du Pape, il faut aussi reprendre ce qu'il dit, par exemple, et entre autres, sur la solidarité avec le Tiers-Monde, le respect des immigrés et le refus de la torture.
Pourquoi reprendre aussi celles-là plutôt que des paroles sur la famille ou sur la société de consommation ?
Pour ce qui est du programme actuel du FN (votre texte commence à dater), où est-il écrit qu'il serait question de cesser toute solidarité avec le Tiers-Monde, de ne pas respecter les immigrés ou d'accepter la torture ? Je vais vous aider : nulle part. ET cela ne figurait pas non plus dans le programme de 2002.
Le gouvernement des Etats-Unis, a par contre, lui, légalisé la torture et le gouvernement français a resserré l'alliance avec ce pays. Le gouvernement français s'est aussi rendu complice d'actes de torture par les milices islamistes qu'il a activement soutenues, armées et appuyées en Libye. A-t-on entendu un évêque français ouvrir la bouche cette année sur ce sujet ? Sur le sort fait par nos protégés aux Africains venus défendre la Libye ?
Chacun le sait : cette récupération partisane des grandes figures du christianisme n'est pas nouvelle. On connaît la manière dont on utilise Jeanne d'Arc. Mais il ne faut pas oublier qu'une tentative analogue vis-à-vis de Clovis a échoué, à Reims, en 1996.
Votre auteur ne se demande pas pourquoi on ne "récupère" pas Saint Vladimir de Russie, Saint Patrick d'Irlande ou Saint Casimir de Pologne ? Ni pourquoi on ne récupère pas Saint Thomas d'Aquin, Sainte Thérèse de Lisieux ou Saint Jean de la Croix ? Pourquoi ne récupère-t-on que Clovis et Jeanne d'Arc ?
C'est qu'il ne s'agit pas de "récupération de partisane des grandes figures du christianisme" mais de références importantes dans l'histoire de France.
Ce sont des références chrétiennes, mais aussi historiques, politiques et culturelles. En tant que Français, cela n'a pas de sens de faire des références à Saint Patrick ou Saint Casimir comme cela en a, de la même façon que chez nous, en Irlande et en Pologne. Et en tant que Français se souvenant de son histoire politique, cela n'a pas de sens de faire référence à Sainte Thérèse ou Saint Thomas, une spirituelle et un théologien, parce qu'il n'ont pas joué de rôle politique dans l'histoire de France. Ce qu'ont fait par contre Clovis et Jeanne d'Arc. Clovis en tant que roi et Jeanne d'Arc en tant que chef militaire sauvegardant l'indépendance de la France et faisant sacrer un roi pour la France. Ce sont des références à la fois chrétiennes, historique, politiques et culturelles.
Le Front National n'est pas dans le déni de l'histoire de France, comme le sont tant d'autres mouvements politiques. Spécialement l'UMP, avec sa refonte des programmes scolaires faisant passer à la trappe des pans entiers de notre histoire qui ne seront plus enseignés aux jeunes français. Et donc, ce n'est pas qu'il ne récupère, mais qu'il n'oublie pas. Comment peut-on avoir une conscience sans mémoire et une conscience politique sans histoire ?
Dans tous ces exemples, il s'agit d'une instrumentalisation qui relève bien plutôt d'une conception néo-païenne des relations entre l'Etat et la Religion que d'une conception chrétienne.
Votre auteur est-il en train de dire qu'une conception chrétienne des rapport entre l'Etat et la Religion implique l'effacement de la mémoire historique ?
Les "exemples" sont une citation de Jean-Paul II et l'évocation par l'auteur des figures de Clovis et Jeanne d'Arc : en quoi, où donc serait ici formulée une conception des rapports entre l'Etat et la Religion ? Quelle soit chrétienne ou néo-païenne ?
Votre auteur pense-t-il que la France se confond avec l'Etat, qu'il y a une identité entre le pays et l'Etat ? Que tout ce qui existe ou a existé en France est l'Etat et manifestation de l'Etat ?
Enfin, la phrase est si mal construite qu'on n'y comprend rien.
La Foi chrétienne se doit de respecter la distinction ouverte par Jésus de Nazareth : "rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" Elle appelle aussi, et c'est le sens de la parabole du bon Samaritain, au respect non pas seulement de ceux qui nous sont naturellement proches, mais aussi de ceux qui ont besoin de notre compassion, et dont nous avons à nous rendre proches, en traversant la frontière de nos routines ou de nos préjugés.
Quel rapport avec ce qui précède et le programme du FN : aucun.
Le christianisme appelle au respect de chaque personne, quelles que soient ses origines. Il appelle en même temps à l'ouverture à tout le genre humain, car tous les hommes sont créés par Dieu. Ils sont donc appelés à se respecter mutuellement.
Même chose, rapport avec le programme du FN : aucun.
Nous ne pouvons pas idolâtrer notre groupe de naissance, ni même notre Nation, puisque chaque nation est une médiation qui doit vivre dans le respect et la solidarité au milieu des autres nations, pour le bien commun de toute l'humanité.
Où le programme du FN parle-t-il "d'idolâtrer" la nation ? Nulle part.
L'enseignement du Pape Jean Paul II : "La nation possède un « droit fondamental à l'existence »; à « garder sa propre langue et sa culture, par lesquelles un peuple exprime et défend ce que j'appellerai sa “souveraineté” spirituelle originelle »; à « mener sa vie suivant ses traditions propres". (Compendium de la DSE) est-il idolâtre-t-il la nation ? Non.
Pour ma part, j'ai essayé, hors de tout contexte électoral, d'appeler au discernement sur ce qui me paraît relever d'une forme de paganisme dans les discours et les écrits de certains dirigeants de l'extrême droite.
Vu la faiblesse intellectuelle assez incroyable des soi-disants arguments présentés par cet auteur, ainsi qu'on vient de le voir, sa capacité à aider au discernement n'a pas la moindre crédibilité. C'est tout le contraire, son texte est truffé d'obscurité et d'absurdités.
Même si, parfois, les mots et les expressions sont les mêmes, notre manière de lire les Evangiles, nos valeurs et nos références ne sont pas les mêmes.
Votre auteur est un évêque qui s'exprime sur un parti politique, n'a-t-il pas lu la "Note doctrinale..." :
"la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société. En soi, il ne s'agit pas de « valeurs confessionnelles ». En effet ces exigences éthiques s'enracinent dans l'être humain et appartiennent à la loi morale naturelle. Elles n'exigent pas que celui qui les défend, professe la foi chrétienne".
Nous n'avons pas la même conception, entre autres, de la solidarité, de la fraternité, de l'Etat, de la liberté religieuse, de la Nation et de l'Europe
Qui est ce "nous" ? Les socialistes, les libéraux, les évêques, les franc-maçons ? En quoi les idées politiques de ce "nous" indéfini concernent-elles les catholiques laïcs ?
A supposer que ce soit les évêques, comme on l'a vu, ils n'ont pas à se mêler de politique.
Et si votre auteur prétend qu'il y a une incompatibilité entre le programme du FN sur les questions "de la solidarité, de la fraternité, de l'Etat, de la liberté religieuse, de la Nation et de l'Europe" avec "la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société", alors
il faut le prouver. Car c'est le seul domaine où il a une légitimité à s'exprimer en tant qu'évêque, sur les "exigences éthiques fondamentales".
Sur tout le reste, il doit se taire, et nous laisser notre liberté de fidèles laïcs. Et s'il tient à exprimer ses convictions politiques particulières, qu'il le fasse à titre privé, sans parler en tant qu'évêque, ni au nom de l'Eglise, et sans mettre sa charge au service de tel ou tel courant politique.
Je pense donc que tout le monde m'accordera que je ne suis suspect d'aucune complaisance pour les perspectives religieuses et politiques de ce courant.
Oui d'accord, c'est bon, votre auteur est conforme et politiquement correct, il continuera à recevoir des invitations aux cocktails et aux vernissages... ce n'était donc que cela.
...
Voilà, après lecture, on n'a trouvé aucun point de programme du FN ni aucun argument appuyant un de ces points, et aucune réfutation de ces arguments absents.
Ce texte est vide de contenu, il ne s'agit d'une vague déclaration de conformité idéologique concluant par un pathétique " je ne suis suspect d'aucune complaisance..."
