Cher Uplanète,
Pour commencer, je trouve courageux de votre part de venir interroger les personnes de ce forum... J'ai trouvé les réponses de certains des membres assez rudes à votre encontre. Votre message traduit bien les interrogations de certains athées et agnostiques.
Un mot aux membres de ce forum : personne ici n'a-t-il jamais été athée ou agnostique avant d'être catholique ? Dans le questionnement de Uplanète, je n'ai senti ni auto-suffisance, ni attaque. Il n'est simplement pas croyant, c'est tout.
Cher Uplanète, je réponds ici en mon propre nom, par rapport à mes connaissances et aussi en fonction de mon histoire personnelle.
Vous posez des questions, justifiées, sur la véracité ou non, de la Bible, Ancien et Nouveau Testament. Evidemment, on ne saurait trop ici vous conseiller de lire la Bible afin de vous faire une idée personnelle

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Pour un Chrétien, et donc un Catholique, la véracité de l'Ancien Testament en tant que "fait historiquement avéré" n'est pas un problème dans la mesure où il s'agit d'un récit, écrit pas des hommes (et non par Dieu) : nous sommes ici dans le cadre d'un récit inspiré (par l'Esprit Saint), qui "révèle" l'existence de Dieu et sa relation à l'Homme.
Quant au Nouveau Testament, il faut souligner l'importance de l'oralité au temps de Jésus, et de la transmission orale en général. On dispose cependant de sources historiques. Les sources chrétiennes canoniques : correspondance de saint Paul (entre 50 et 58) qui mentionnent une "Parole du Seigneur" à 4 reprises (l'Apôtre semblait connaître quelques premières sentences de Jésus qu'il utilise dans son argumentation), un recueil de sentances de Jésus aujourd'hui perdu (appelé source Q) mais postulé par la majorité des exégètes à l'arrière-fond des évangiles de Matthieu et de Luc, l'Evangile de Marc qui intègre pour la première fois l'enseignement de Jésus au récit de sa vie. Les sources chrétiennes apocryphes, dont l'ancienneté et la sûreté historique sont vivement discutées. Les sources juives, qui sont rarissimes : le Talmud, qui fait allusion une quinzaine de fois à Yechou, de son activité de guérisseur et de sa mise à mort ; un fragment de l'historien juif Flavius Josèphe daté de 93-94 ("A cette époque-là, il y eut un homme sage nommé Jésus, dont la conduite était bonne ; ses vertus furent reconnues. Et beaucoup de Juifs et des autres nations se firent ses disciples. Et Pilate le condamna à être crucifié et à mourir..."). Les sources romaines : le plus ancien document est une lettre de Pline le Jeune à Trajan (vers 111-112), puis ensuite Tacite et Suétone mais ils se prononcent plutôt sur la foi des premiers chrétiens que sur leur maître. Ces sources posent une difficulté à l'historien pur : leur compréhension de l'histoire est gouvernée par une confession de foi.
Mais la question, votre question, n'est pas vraiment là. Vous interrogez, me semble-t-il la Foi.
Nous, catholiques (plus largement l'ensemble des Chrétiens), croyons que la foi est un don de Dieu. En cela, nous n'avons guère de prise sur la foi d'autrui puisqu'elle vient exclusivement de Dieu. Par contre, nous pouvons témoigner de cette foi reçue en don... Son Amour, Dieu l'a inscrit dans le Coeur de tout homme, quel qu'il soit : en ce sens, la morale naturelle de l'homme athée ou agnostique n'est pas une question culturelle mais bien l'émanation de la Loi d'Amour que Dieu a posée en chacun de nous. Dieu est la Source de tout amour humain et de toute vie, donc lorsqu'un athée agit avec amour il est avec Dieu même s'il ne le sait pas... Ma mère n'a rencontré Dieu qu'à l'âge de 40 ans : a posteriori, elle s'est aperçu que Dieu l'avait soutenue dans toutes ses nombreuses et lourdes épreuves, à son insu. Et pourtant alors, elle ignorait son exitence. Ce n'est pas faute d'en avoir entendu parler : c'est juste qu'elle n'y croyait pas.
Issue d'un milieu athée (négation de l'existence de Dieu = ce qui ne signifie pas opposition) et agnostique (suspension de tout jugement sur l'existence de Dieu = sorte de septicisme), je comprends parfaitement vos interrogations. C'est un préalable. ALors, petitement, je vais juste vous dire à quoi correspond la foi que j'ai eu le bonheur de recevoir.
La foi a été pour moi une Rencontre, LA rencontre. Un peu lorsque vous tombez amoureux. J'ai su, à la minute où Dieu est entré dans ma vie, qu'il s'agissait de Lui. C'est un peu comme si vous étiez dans une pièce avec beaucouyp de monde, une personne entre, vous la voyez, elle repart, mais vous savez à jamais que cette personne existe, même si la porte s'est refermée et qu'a priori, vous êtes le seul à l'avoir vu ! Une minute avant Dieu n'existait pas. La seconde d'après, Il existait.
J'étais une athée classique : je ne croyais pas en Dieu mais avait une vie matérielle et psychologique normales, classiques dirions-nous. En ce sens, en terme de "moralité" la foi n'a rien changé dans ma vie. Ma vie est restée la même, à une différence près : elle s'est densifiée, épaissie, je suis passée de la 2D à la 3D, d'un nuancier assez pauvre à une palette de couleurs impressionnante de diversité. Ma vision du monde a été modifiée : la Vie était jaillisante, partout. Tout ce qui me plongeait dans un grand abattement (les détresses humaines, la pauvreté, la méchanceté, etc) était soudain vu avec l'Espérance : à nous d'être les petites mains de Dieu, et Dieu se chargerait du résultat. Mais le plus beau est sans doute le rapport aux autres : voir les autres avec Jésus, c'est se risquer à vouloir aimer l'autre autant que nous-mêmes, y compris nos "ennemis". La rencontre avec Jésus m'a rendue complètement libre dans mes rapports avec les autres : traiter tout homme, celui qui est en bas ou celui qui est en haut, avec la même dignité, sans être condescendant avec les uns ou cérémonieux avec les autres. Ne plus être effrayée non plus par ceux qui sont très différents (handicapés, classe sociale différente de la mienne, autre éducation, autre religion, étrangers, etc). La confiance, l'abandon, la Joie, la douceur : voilà ce que j'ai reçu, entre autres. Et le plus exaltant, c'est que plus on avance, et plus on découvre l'immensité de la richesse que Dieu nous propose. La Vie en abondance.
Ce qui ne signifie pas pour un croyant qu'il n'y a pas des périodes de doutes, qu'il n'y a pas de souffrances (mais tout humain est logé à la même enseigne), mais il y a les conversions successives aussi (on n'est jamais convertis une fois pour toute) et à chaque fois, c'est l'émerveillement... Je n'oublie pas la faculté que l'homme a de pécher (aller à l'encontre de l'Amour), mais je crois fermement que Jésus est mort une foi pour toute sur la Croix pour sauver l'Humanité entière, et que Sa Miséricorde est infinie, tant pour les croyants que pour les incroyants.
Quant à votre conscience morale, cher Uplanete, c'est Celui qui habite dans votre coeur à votre insu qui vous la souffle

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Ma réponse à vos questions n'est pas académique, ni doctrinaire : je m'en excuse par avance, mais c'est tout ce qui m'est venu. Comment parler de la Bible, de la conscience, de la morale à un athée sans poser d'abors le préalable : le postulat de l'existence de Dieu et le don de la foi ? Le point de départ, c'est la foi et notre relation à Dieu, qui n'est pas une "entité supérieure" mais bien "Quelqu'un" avec Qui on a une relation d'Amour.
Fraternellement.
Cécile