gentil athée a écrit :
Que vous puissiez me penser en dehors du lieu où je me trouve n'implique pas que vous puissiez me penser en dehors de tout lieu, que vous puissiez me penser en dehors de l'époque où je me situe n'implique pas que vous puissiez me penser en dehors de tout temps, etc.
Oui cela l’implique pour la raison suivante : l’abstraction n’implique pas la prédication (attribution d’un prédicat), ce sont deux opérations bien distinctes. Donc une fois que je vous ai abstrait du lieu et de l’époque où vous vous trouvez rien ne m’oblige à vous attribuez un nouveau lieu et une nouvelle époque, je le peux certes, je peux par exemple vous pensez dans l’Afrique préhistorique, mais cela suppose une nouvelle opération de ma part, à savoir attribuer de nouveaux prédicats au sujet que je viens d’abstraire.
Je peux donc penser à vous en dehors de tout lieu et de tout époque, c’est même je dirais la condition du raisonnement abstrait. Si par exemple j’étais obligé d’attribuer une nouvelle épaisseur à la notion de surface que je viens d’abstraire du solide, je serais incapable de concevoir le 2D, or je le peux, l’hypothèse de départ est donc absurde.
Ce qui est vrai en revanche, c’est qu’il m’est impossible de vous représenter en dehors de l’espace et du temps, il m’est aussi impossible de me représenter un espace 4D, même si je peux le concevoir. Attention donc de ne pas confondre la conception qui relève de la pensée avec la représentation qui relève de la faculté imaginative. Je peux vous concevoir en dehors de tout lieu et de tout temps, mais je ne peux pas vous représenter ou vous imaginer en dehors de tout lieu et de tout temps.
gentil athée a écrit :
La preuve de Gödel démontre peut-être la fausseté du computo-symbolisme.
Non l’indécidabilité n’est pas la fausseté, l’indécidabilité c’est le fait de ne pas pouvoir répondre vrai ou faux à une proposition. Or ce qu’a montré Gödel c’est qu’il existe des propositions vraies pour lesquelles l’esprit peut répondre vrai (donc il est capable d’en saisir la vérité) mais pour lesquelles une machine, et peut importe le degré de complexité de la machine, ne peut tout simplement pas répondre, elle ne peut ni dire qu’elles sont vraies, ni qu’elles sont fausses.
gentil athée a écrit :
Toutefois, les neurosciences montrent que le cerveau n'est justement pas une super machine à calculer, il n'est pas assimilable à un système formel.
Si le cerveau n’est pas modélisable sous la forme d’un système formel, alors cela implique qu’il n’est pas susceptible d’être étudié de façon systématique ou qu’il n’est pas susceptible d’être étudié de façon formelle, que par conséquent il n’est pas un objet d’étude scientifique, cela entre clairement en contradiction avec l’existence même des neurosciences, et c’est d’autant plus absurde lorsque l’on sait toutes les études qui ont été faites sur le cerveau sans que jamais elles ne se départissent du principe de matérialisme méthodologique, c'est-à-dire qu’aucune de ses études n’a jamais considéré le cerveau autrement que comme un dispositif matériel avec sa structure, ses inputs, ses signaux, ses outputs, ses mécanismes d’adaptation et d’apprentissage, car comme vous le savez en science on applique le rasoir d’Occam et l’on n’explique pas un phénomène en alléguant une propriété mystérieuse, fût-elle matérielle.
gentil athée a écrit :
Or le théorème d'incomplétude de Gödel n'est valable que pour les systèmes formels.
Et tout dispositif matériel est susceptible d’une étude formelle et systématique, donc tout dispositif matériel est modélisable par un système formel, dans le cas contraire il ne serait pas objet de science, par conséquent le cerveau, qui n’a que des propriétés matérielles, est modélisable par un système formel, et heureusement sinon il n’y aurait eu aucun progrès, aucune étude scientifique en neurologie et neuroscience.
gentil athée a écrit :
Il est d'ailleurs cocasse que vous vouliez faire du cerveau une vulgaire machine déterministe, alors que dans ce passage, vous réfutez avec conviction le modèle mécaniste et déterministe de la matière (peut-être à raison cela dit, je n'en sais rien, je ne suis pas spécialiste en physique) :
Vulgaire non, car le degré de complexité est prodigieux, déterministe pas nécessairement (n’oubliez pas au passage que l’informatique quantique existe…), matériel avec toutes les limitations de la matière, comme notamment la finitude assurément. Et pour résumer je dirais que vous ne trouverez jamais un concept sous un scalpel, car il y a une différence infinie entre la compréhension du concept et son extension, que par conséquent il est impossible de réduire la première à la seconde, tout est là…
gentil athée a écrit :
Si la matière, au plus intime d'elle-même, possède des propriétés si inattendues et si mystérieuses, alors on ne voit pas pourquoi la matière du cerveau y dérogerait. Peut-être allez-vous me dire que les structures cérébrales sont trop macroscopiques pour être régies par la théorie quantique. Ce n'est visiblement pas le cas. Comme l'explique cette page, les canaux ioniques des cellules nerveuses sont suffisamment petits pour donner lieu à des phénomènes quantiques.
Le terme mystérieux relève du vocabulaire religieux, la mécanique quantique n’est pas mystérieuse pourvu que vous ayez bien compris le changement de paradigme, elle a son formalisme à elle et son système. Donc vous pouvez introduire autant de phénomènes quantiques dans le cerveau que vous voulez, cela restera toujours un dispositif matériel systématique et formalisable, incapable d’abstraire, incapable de concevoir, incapable de juger vraies certaines propositions vraies que l’esprit lui est capable de reconnaître comme vraies.