Bonsoir à tous,
Comme je l'ai dit dans mon précédent message, je pense que les mots de Jésus ne permettent que d'appuyer, a posteriori, l'une ou l'autre des thèses, mais pas à les démontrer, tant leur interprétation peut laisser de la marge de manoeuvre.
Ni l'une ni l'autre. Ainsi chacun lit ces paroles selon sa position a priori, et on le voit bien ici.
Ensuite, pour ce qui est des Pères de l'Eglise, je ne suis pas non plus d'accord avec Ti'hamo pour plaider la libre diversité d'opinion. Ni pour les apôtres. Attention, la vérité, la sainte doctrine catholique, s'explicite au fil du temps, mais ne change pas au fil du temps. Et l'eucharistie étant centrale dans la foi chrétienne, on ne peut pas dire que les apôtres ou les pères de l'Eglise ne croyaient pas en la présence réelle. Ou alors, on devrait croire du même coup qu'ils pensaient implicitement le contraire, et donc qu'ils étaient dans l'erreur la plus totale. Non, bien sur que non. Quant à penser qu'ils auraient été "sans opinion", cela parait assez improbable sur une question aussi centrale. C'est le coeur de la foi chrétienne dont nous parlons ici.
Par contre, la question de Le Béréen, sur l'autorité des pères de l'Eglise, peut tout à fait se retourner contre lui, puisque Raistlin a déjà cité Saint Justin (IIème siècle) et Saint Ignace d'Antioche (35 - environ 110) disciple des premiers apôtres du Christ. Donc soit les anciens se contredisent les uns les autres, soit, et c'est mon point de vue, on fait des contresens sur les propos de certains. Les pères cités par Raistlin sont dans la droite ligne de ce que nous dit Saint Paul, sur le pain et le vin qui sont "communion" au corps et au sang du Christ, et sur le fait de répondre du Corps et du Sang du Christ en mangeant et buvant les saintes espèces. Comme je le disais dans mon précédent message, il faut être de mauvaise foi, si on lit Saint Paul, pour ne voir qu'un "simple" symbole dans les saintes espèces. Il n'y a aucune ambiguïté.
Mais alors pourquoi certains parlent de
signes, de
symboles ou d'
antitypes ? Mais parce que, et là je suis d'accord avec Le Béréen, il est bien question de
signification. Nous parlons de présence réelle en la Substance du corps et du sang du Christ qui se substituent à la substance du pain et du vin. Cela signifie que le corps et le sang du Christ sont bien présents, non en terme d'existence immanente (naturée), mais en terme d'essence (substance). Et l'existence est ce qui
signifie l'essence. Ce qui fait bien du pain et du vin des symboles, plus proprement des antitypes, de la chair et du sang du Christ.
Rappelons bien que
la forme et la composition chimique du pain et du vin restent inchangés. La nature du pain et du vin demeurent. Sur le plan "sensible". Jésus aurait pu prendre n'importe quoi, un steak et du coca (quoiqu'il aurait fait un bel anachronisme), mais c'est du pain et du vin qu'il a choisi pour tout ce que ces objets portent en eux de signification. Ainsi on peut toujours parler de pain et de vin en parlant des espèces consacrées, et c'est même important de ne pas oublier que ce sont du pain et du vin, car cela participe de la communion, en mettant en cohérence notre intelligence et notre sensibilité, en reliant le corps et l'Esprit. Mais l'essence, ce qui est la cause fondamentale de l'existence, a changé, et est devenu la chair et le sang du Verbe incarné. C'est une opération d'ordre sacramentelle, c'est-à-dire que la réalité est consacrée pour manifester tout aussi réellement qu'elle une réalité divine.
Pour revenir aux citations proposées par Le Béréen, il est toujours délicat de sortir des citations de leur contexte. Et par exemple, utiliser des propos qui parlent de symboles ou d'antitypes comme ça, sortis de leur contexte, opèrent un détournement, pas très avisé. Ainsi on trouvera vraisemblablement chez tous les grands saints et Pères de l'Eglise, cette idée que les saintes espèces sont des antitypes ou des symboles. Bien sur que oui, et c'est pour cela qu'elles sont consacrées et peuvent alors devenir substantiellement le corps et le sang du Christ. Elles ne sont d'ailleurs QUE cela, tant que la prière consécratoire n'a pas été dite. Mais ces antitypes deviennent substantiellement le corps et le sang du Christ, sans pourtant changer de nature (au plan strictement sensible). Au lieu de citer des paroles des pères indiquant des choses sur la nature des saintes espèces, peut-être faudrait-il citer des propos qui traitent de la substance.
Au passage, j'ai une demande pour Le Béréen : au risque de paraitre idiot (en fait, je suis un peu nul en patristique), je n'ai pas trouvé les textes de Saint Augustin que vous citez, pas même dans ses oeuvres complètes (accessibles sur Internet). D'ailleurs, pardonnez mon ignorance, mais je ne suis pas certain de comprendre la signification abrégée que vous avez donné pour les référence à ses oeuvres. Si vous pouviez me donner la référence complète, qu'on puisse travailler sur une base solide, et pas juste une phrase sortie de nulle part, j'en serais ravi.
D'autant que pour Saint Augustin, nombreux sont ses sermons où il explique que le pain et le vin sont des symboles, signifiant d'une autre réalité, mais qu'ils sont en même temps réellement le corps et le sang du Christ. Simplement il prend bien soin, et c'est heureux, de faire la distinction entre une réalité sensible et une réalité spirituelle. Un exemple parmi tant d'autres :
Saint Augustin a écrit :SERMON CCLXXII. POUR LE JOUR DE LA PENTECOTE. VI (1). SUR L'EUCHARISTIE.
Ce que vous voyez maintenant sur l'autel, vous l'avez déjà vu la nuit dernière. Mais qu'est-ce ? Qu'est-ce que cela signifie ? Quel grand et mystérieux enseignement y est contenu? On ne vous l'a pas dit encore.
Que voyez-vous donc? Du pain et un calice; vos yeux mêmes en sont garants; mais, puisque votre foi demande à s'instruire, ce pain est le corps du Christ, ce calice est son sang.
Saint Augustin a écrit :SERMON CCXXVII. POUR LE JOUR DE PAQUES. IV. AUX NOUVEAUX BAPTISÉS. SUR L'EUCHARISTIE
Ce pain donc que vous voyez sur l'autel, une fois sanctifié par la parole de Dieu, est le corps du Christ. Ce calice, ou plutôt ce que contient ce calice, une fois sanctifié aussi par la parole de Dieu, est le sang du Christ; et le Christ Notre-Seigneur a voulu par là proposer à notre vénération son propre corps et ce sang qu'il a répandu en notre faveur pour la rémission des péchés.
Bon vous voyez, les citations hein...
Je reviens à la distinction entre l'être en substance, et l'être en existence. La cause étant ce qui produit son effet, en changeant l'essence du pain et du vin, les espèces deviennent la réalité de l'offrande par le Christ de son corps et de son sang, et y communier produit l'effet du sacrifice du Christ. En cela, il n'y a toujours qu'un seul et unique sacrifice, mais il investi chaque rituel consécratoire de la même réalité causale efficiente. Sans changer la forme ni la matière des offrandes, en changeant ce qui est leur essence, il change principalement leur efficience et leur finalité. Ce qui en nous est le produit du pain que nous mangeons ne peut plus être le simple produit du pain que nous mangeons, mais produit réellement ce que produisent la consommation du corps et du sang du Christ.
Au moment de la communion, devant nous ce pain et ce vin, nous savons alors, grâce à Dieu et à la foi qu'il met en nos coeurs, que ces "objets" sont devenus métaphysiquement, en puissance ET DONC EN ACTE, la vrai chair et le vrai sang du fils de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ.
Voilà. Donc à l'adresse des protestants, il est peut-être opportun de rappeler encore et encore, que quand nous disons que le pain EST le corps du Christ, nous disons qu'il EST EN SUBSTANCE. Inversement, le corps du Christ étant substance des offrandes, il est donc signifié par la forme sensible de ces offrandes, ce qui rejoint la démonstration sur le verbe grec utilisé dans les évangiles. Le corps du Christ est réellement signifié par le pain, dans tout ce qu'il a de réalité, puisqu'il est la cause même de l'existence de ce pain, son essence (la réalité sensible étant ce qui porte la signification de la réalité intelligible). L'essence précédant l'existence, et l'existence étant ordonnée à l'essence, on peut dire que le pain EST réellement le corps de Jésus Christ.
J'ajoute que le nier c'est faire perdre tout son sens à l'incarnation de Dieu en Jésus Christ. Rappelons aux protestants que s'il avait plut à Dieu, il aurait pu nous faire une belle grosse révélation métaphysique façon Aristote, mais venue du ciel, en nous laissant le temps de prendre des notes. Il s'est incarné parce que l'esprit n'est pas déconnecté de la chair et que la réalité de la chair a sa raison d'être : celle de signifier la réalité qui lui correspond dans l'esprit. Lorsque cette réalité est ainsi consacrée dans la collaboration de la créature et du créateur, la réalité sur le plan spirituel devient sacramentellement réalité sur le plan corporel, laquelle réalité peut alors être appelée vraiment parole de Dieu.