Re: Porc et Ancien Testament
Publié : mar. 30 avr. 2013, 14:41
bonjour
Les paroles du Christ qui sont rapportés dans l'Evangile à propos du fait que c'est ce qui sort de l'homme qui est péché et non ce qui y entre
ont aussi pour sens que le péché n'est pas tant dans la matière que dans l'intelligence.
Pour un musulman et pour certains juifs de l'époque le porc était devenu en soit
quelque chose qui donnait le péché. Un contact même involontaire suffisait.
Ce que le Christ nous dit est que le salut est une affaire personnelle : ce qui est un péché est le fait de mépriser les commandements, le fait de choisir sans Dieu, etc un choix, une décision, un engagement de la personne.
Et pas le fait de la viande de porc.
Ce n'est pas la viande porcine qui contamine, salit, rend pécheur, ce avec quoi on est en contact matériel. Même le venin des serpents nous dit St Paul nous est accessible. Ce qui rend pécheur est une décision, un choix, un engagement, ce vers quoi nous décidons de nous porter : ce qui sort de notre cœur i.e. après la délibération.
J'en profite pour faire deux précisions.
I. question de la primauté de l’hygiène sur le religieux
Dans le début du fil a été mentionné le caractère hygiénique, médicinal de cette prescription. La viande de porc se corrompt plus rapidement que les autres, il faut la cuire attentivement pour éliminer par exemple tenia et autres, etc.
C'est un trait de raisonnement commun : systématique chez Renan : le religieux suivrait autre chose, serait un moyen de faire respecter quelque chose qui a une autre raison d'être.
Cela est vrai parfois : en Afrique par exemple on dit aux enfants de ne pas s'approcher des puits la nuit de crainte qu'un mauvais génie qui y réside ne les vienne prendre. C'est un moyen d'éviter qu'ils ne s'approchent et ne tombe dedans.
Mais cela ne va pas de soit.
On constate au contraire que la religiosité est un moteur aussi important et prime la médecine.
Ainsi dans le judaïsme la kashrout ne se réduit pas à une raison hygiénique, loin de là. Nombre de prescriptions judaïques sont anti-hygiénique, le fait de sucer la plaie de la circoncision...
Par suite l'affirmation selon laquelle le porc serait proscrit CAR médicalement impropre ne va pas de soit du tout, anthropologiquement, il faudrait l'avoir démontré pour l'affirmer vrai. Et je ne crois pas que ce soit le cas.
Mais aussi philosophiquement c'est confondre un peu la cause et le caractère raisonnable.
L'eau est la matière du baptême, car l'eau exprime la nature du baptême : le choix de l'eau est raisonnable.
Mais ce n'est pas pour autant la cause du baptême : ce n'est pas parce que l'eau lave, qu'elle désaltère, que l'on a l'impression d'être dans un autre élément, etc que l'idée du baptême s'est développée.
Pour la viande de porc il en va de même : sa fragilité exprime particulièrement bien cette idée que l'on fait partie du vivant, que la fonction nutritive doit être modérée, etc.
Mais affirmer que la fragilité de la viande est la cause de la norme religieuse ne va pas de soit et doit être prouvée, à moins de confusion.
C'est malheureusement un trait d'esprit moderne que les exégètes fassent usage des "raisons" comme de causes. La prophylaxie, la lutte des classes, ou tout autre raison matérielle devient l'explication du religieux.
C'est un parti pris non scientifique.
II. Évolution des prescriptions de l'ancienne alliance.
Une prescription peut être divine et de durée limitée, autant le rappeler.
Une prescription peut être divine et conditionnée. Le sabbat par exemple est suspendu durant les batailles. Le précepte d'assistance à la Messe n'est pas absolu.
La venue du Christ n'a pas tant supprimé les prescriptions que modifié leurs modalités de mise en œuvre.
Le sabbat comporte un principe : l'abstention du travail, rechercher Dieu, etc
et une modalité d'ordre cérémonielle : le samedi.
Le principe s'est conservé mais la modalité cérémonielle a variée : le principe est vécu le dimanche.
Il s'agit exactement du même principe : abstention d’œuvres serviles, sanctification de sa journée en participant à la vie liturgique, en étudiant les auteurs sacrés, en privilégiant les œuvres de miséricorde, etc.
Nous utilisons un four à micro-onde, et les juifs contemporains, non. Cela ne remet pas en cause la continuité du principe. Tous les écoles juives ne sont pas non plus d'accord sur la manière de vivre le sabbat.
Pour la proscription de la viande de porc il en va de même.
Le principe est identique mais la modalité est élargie : le droit canon recommande des jours d'abstinence non seulement de porc mais de toute viande.
La parole de Notre Seigneur ne veut pas dire que cette norme n'existe plus, de fait l'Eglise éthiopienne je crois conserve ce genre d'interdit, ainsi que la circoncision et d'autres lois de l'ancienne Alliance,
mais qu'elle n'est plus directement contraignante : ce qui lui donne valeur n'est plus la loi mosaïque.
Les élément des normes de l'Ancienne Alliance se distinguent selon qu'ils sont de principe, cérémoniels, judiciaire.
De même que les prescription positive (faire) et les prescription d'abstention (ne pas faire), n'ont pas le même régime, etc
Les paroles du Christ qui sont rapportés dans l'Evangile à propos du fait que c'est ce qui sort de l'homme qui est péché et non ce qui y entre
ont aussi pour sens que le péché n'est pas tant dans la matière que dans l'intelligence.
Pour un musulman et pour certains juifs de l'époque le porc était devenu en soit
quelque chose qui donnait le péché. Un contact même involontaire suffisait.
Ce que le Christ nous dit est que le salut est une affaire personnelle : ce qui est un péché est le fait de mépriser les commandements, le fait de choisir sans Dieu, etc un choix, une décision, un engagement de la personne.
Et pas le fait de la viande de porc.
Ce n'est pas la viande porcine qui contamine, salit, rend pécheur, ce avec quoi on est en contact matériel. Même le venin des serpents nous dit St Paul nous est accessible. Ce qui rend pécheur est une décision, un choix, un engagement, ce vers quoi nous décidons de nous porter : ce qui sort de notre cœur i.e. après la délibération.
J'en profite pour faire deux précisions.
I. question de la primauté de l’hygiène sur le religieux
Dans le début du fil a été mentionné le caractère hygiénique, médicinal de cette prescription. La viande de porc se corrompt plus rapidement que les autres, il faut la cuire attentivement pour éliminer par exemple tenia et autres, etc.
C'est un trait de raisonnement commun : systématique chez Renan : le religieux suivrait autre chose, serait un moyen de faire respecter quelque chose qui a une autre raison d'être.
Cela est vrai parfois : en Afrique par exemple on dit aux enfants de ne pas s'approcher des puits la nuit de crainte qu'un mauvais génie qui y réside ne les vienne prendre. C'est un moyen d'éviter qu'ils ne s'approchent et ne tombe dedans.
Mais cela ne va pas de soit.
On constate au contraire que la religiosité est un moteur aussi important et prime la médecine.
Ainsi dans le judaïsme la kashrout ne se réduit pas à une raison hygiénique, loin de là. Nombre de prescriptions judaïques sont anti-hygiénique, le fait de sucer la plaie de la circoncision...
Par suite l'affirmation selon laquelle le porc serait proscrit CAR médicalement impropre ne va pas de soit du tout, anthropologiquement, il faudrait l'avoir démontré pour l'affirmer vrai. Et je ne crois pas que ce soit le cas.
Mais aussi philosophiquement c'est confondre un peu la cause et le caractère raisonnable.
L'eau est la matière du baptême, car l'eau exprime la nature du baptême : le choix de l'eau est raisonnable.
Mais ce n'est pas pour autant la cause du baptême : ce n'est pas parce que l'eau lave, qu'elle désaltère, que l'on a l'impression d'être dans un autre élément, etc que l'idée du baptême s'est développée.
Pour la viande de porc il en va de même : sa fragilité exprime particulièrement bien cette idée que l'on fait partie du vivant, que la fonction nutritive doit être modérée, etc.
Mais affirmer que la fragilité de la viande est la cause de la norme religieuse ne va pas de soit et doit être prouvée, à moins de confusion.
C'est malheureusement un trait d'esprit moderne que les exégètes fassent usage des "raisons" comme de causes. La prophylaxie, la lutte des classes, ou tout autre raison matérielle devient l'explication du religieux.
C'est un parti pris non scientifique.
II. Évolution des prescriptions de l'ancienne alliance.
Une prescription peut être divine et de durée limitée, autant le rappeler.
Une prescription peut être divine et conditionnée. Le sabbat par exemple est suspendu durant les batailles. Le précepte d'assistance à la Messe n'est pas absolu.
La venue du Christ n'a pas tant supprimé les prescriptions que modifié leurs modalités de mise en œuvre.
Le sabbat comporte un principe : l'abstention du travail, rechercher Dieu, etc
et une modalité d'ordre cérémonielle : le samedi.
Le principe s'est conservé mais la modalité cérémonielle a variée : le principe est vécu le dimanche.
Il s'agit exactement du même principe : abstention d’œuvres serviles, sanctification de sa journée en participant à la vie liturgique, en étudiant les auteurs sacrés, en privilégiant les œuvres de miséricorde, etc.
Nous utilisons un four à micro-onde, et les juifs contemporains, non. Cela ne remet pas en cause la continuité du principe. Tous les écoles juives ne sont pas non plus d'accord sur la manière de vivre le sabbat.
Pour la proscription de la viande de porc il en va de même.
Le principe est identique mais la modalité est élargie : le droit canon recommande des jours d'abstinence non seulement de porc mais de toute viande.
La parole de Notre Seigneur ne veut pas dire que cette norme n'existe plus, de fait l'Eglise éthiopienne je crois conserve ce genre d'interdit, ainsi que la circoncision et d'autres lois de l'ancienne Alliance,
mais qu'elle n'est plus directement contraignante : ce qui lui donne valeur n'est plus la loi mosaïque.
Les élément des normes de l'Ancienne Alliance se distinguent selon qu'ils sont de principe, cérémoniels, judiciaire.
De même que les prescription positive (faire) et les prescription d'abstention (ne pas faire), n'ont pas le même régime, etc