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Re: L'unité

Publié : jeu. 05 sept. 2024, 14:51
par Didyme
836 " A l’unité catholique du Peuple de Dieu (...) tous les hommes sont appelés ; à cette unité appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés, et les fidèles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut " (LG 13) :


845 C’est pour réunir de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils. L’Église est le lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est " le monde réconcilié " (S. Augustin, serm. 96, 7, 9 : PL 38, 588). Elle est ce navire qui " navigue bien en ce monde au souffle du Saint-Esprit sous la pleine voile de la Croix du Seigneur " (S. Ambroise, virg. 18, 118 : PL 16, 297B) ; selon une autre image chère aux Pères de l’Église, elle est figurée par l’Arche de Noé qui seule sauve du déluge (cf. déjà 1 P 3, 20-21).


846 Comment faut-il entendre cette affirmation ("hors de l'Église point de salut") souvent répétée par les Pères de l’Église ? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l’Église qui est son Corps :


poche a écrit : lun. 02 sept. 2024, 8:36 Cela ressemble à la communion des saints et à la manière dont fonctionne l'Église. L'Église est en trois parties. Il y a l'Église triomphante, c'est-à-dire toutes les âmes qui sont au Ciel. Ensuite, il y a l'Église souffrante, c'est-à-dire toutes les âmes qui sont au Purgatoire. Ensuite, il y a l'Église militante, c'est-à-dire toutes les âmes qui appartiennent à l'Église et qui sont dans ce monde.
Tous ceux qui sont baptisés font partie de l'Église. Ceux qui ne sont pas catholiques, mais dont le baptême est valide, font partie de l'Église, mais ils sont en communion imparfaite avec l'Église catholique.
Oui, j'entends bien cet aspect mais la notion d'unité parait plus vaste que cette approche limitée de la communion des saints, elle n'exclut personne. Une simple exclusion et il y a déjà division et non plus unité.

Re: L'unité

Publié : ven. 06 sept. 2024, 9:36
par poche
Peut-être parlez-vous de la fraternité universelle qui est implicite en chacun. Nous sommes tous les descendants d'un seul père et d'une seule mère, Adam et Eve. Je recommande une étude de l'encyclique Fratelli Tutti du pape François.

https://www.vatican.va/content/francesc ... tutti.html

Re: L'unité

Publié : lun. 09 sept. 2024, 14:01
par Didyme
Je vous propose un chapitre du livre des révélations de Julienne de Norwich qui est peut-être le plus important et qui laisse transparaître cette notion d'unité (je le mets en spoiler car il est assez long) :
[+] Texte masqué
"Alors Notre-Seigneur, en sa courtoisie, répondit en me montrant mystérieusement le merveilleux exemple d'un seigneur et de son serviteur. Il les présenta tous deux à mon entendement. Et de deux manières. D'abord spirituellement avec apparence corporelle. Puis, plus spirituellement encore, sans apparence corporelle.
En premier lieu, je vis deux personnes à figure humaine. Un seigneur. Un serviteur. A travers eux, Dieu me donna une
lumière spirituelle.
Le seigneur était assis solennellement dans la paix et le repos. Devant son seigneur, le serviteur se tenait, plein de
révérence, prêt à faire sa volonté. Le seigneur regardait son serviteur tout amoureusement et tendrement. Avec douceur, il l'envoya en un certain lieu accomplir sa volonté. Non seulement le serviteur se mit en route, mais il partit sur-le-champ, courut en grande hâte, par amour, pour exécuter ladite volonté.
Or, voilà qu'il tomba tout à coup dans un ravin et se blessa gravement. Il gémissait, il se lamentait, il se traînait, il se débattait. Il ne pouvait se relever ni s'aider lui-même d'aucune façon. Ce que je vis de pire pour lui, ce fut l'absence de tout réconfort. Il ne pouvait tourner son visage vers son aimable seigneur qui lui était pourtant si proche et l'aurait pleinement consolė. Tel un homme, privé momentanément de force et de sagesse, il ne pensait qu'à ce qu'il ressentait et souffrait. Il était en proie à sept grandes souffrances. La première: il s'était fort meurtri dans sa chute et éprouvait de vives douleurs. La deuxième : le poids de son corps l'accablait. La troisième : les deux premières épreuves l'avaient affaibli. La quatrième : sa raison était aveuglée, son esprit étourdi, à tel point qu'il en avait quasiment oublié l'amour qu'il portait en lui. La cinquième il ne pouvait pas se relever. La sixième
- la plus étonnante à mes yeux - : il gisait là, tout seul; je regardai de tous côtés, au loin comme auprès, en haut, en bas, je ne vis personne le secourir. La septième : le lieu où il gisait était solitaire, rude, angoissant.
Je m'étonnai beaucoup que ce serviteur souffrit si humblement tant de malheurs. Je regardai attentivement pour voir si je pouvais remarquer en lui une faute quelconque ou si le seigneur allait lui infliger quelque blâme. En vérité, je ne vis
rien. Seuls sa bonne volonté et son empressement était cause de sa chute. Il était tout aussi loyal, aussi bien disposé intérieurement que lorsqu'il se tenait en face de son seigneur prêt à
accomplir ses volontés.
Tout ce temps-là, son seigneur, tout aimant, le contemplait avec tendresse, d'un double regard. L'un, extérieur, humble et doux, exprimait grande compassion et pitié, ainsi que je le vis dans la première vision. L'autre, intérieur, plus spirituel, me fut découvert lorsque je pénétrai plus profondément par l'intelligence dans les abîmes intérieurs du seigneur. Je vis ce dernier se réjouir grandement de ce qu'il rétablirait son serviteur dans un état de noble et glorieuse quiétude par l'abondance de sa grâce. Une seconde vision me le révéla. Sur quoi, mon entendement fut ramené à la première. Je les gardai toutes deux présentes à l'esprit.
Alors notre aimable seigneur s'écria, selon ce que je compris: << Hélas! Quel mal et quelle peine mon bien-aimé serviteur a subis en me servant, oui, avec tant d'amour et tant de bonne volonté. N'est-il pas juste que je le récompense pour la peur et l'effroi qu'il a ressentis, pour ses blessures, ses meurtrissures et toute sa détresse? Plus encore, que je lui accorde un don plus précieux et plus glorieux que s'il était demeuré sain et sauf? Autrement, me semble-t-il, ce serait ingratitude. »
À cet instant descendit dans mon âme une lumière spirituelle, très intérieure, qui vint éclairer ce que le seigneur signifiait. Je vis qu'en vertu de la grande bonté et de l'honneur du maître, il importait que ce serviteur tant aimé füt hautement, bienheureusement et éternellement récompensé, beaucoup plus que s'il n'était pas tombé. Oui, et à tel point que sa chute et tout le malheur qui avait suivi se changeraient pour lui en une gloire
suprême incomparable et en une béatitude sans fin.
À ce moment-là, la vision de la parabole s'évanouit. Notre bon seigneur guida mon intelligence dans le déroulement de
cette Révélation jusqu'à son terme. Je n'en demeurai pas moins étonnée par ce que j'avais vu et j'en gardai le souvenir. C'était,
me semblait-il, la réponse à mon désir. Pourtant je ne reçus pas une pleine connaissance qui me tranquillisât. Car en ce serviteur qui représentait Adam je voyais maintes propriétés diverses qui ne pouvaient, en aucune manière, s'appliquer au seul Adam. Je ne pus m'appuyer que sur trois intuitions, puisque je ne comprenais qu'imparfaitement cette histoire merveilleuse. Elle me demeure toujours mystérieuse. Ses secrets sont encore en grande partie cachés. Je perçus et compris que chacune des visions est pleine de mystères. J'expliciterai maintenant les trois points qui m'ont, d'une certaine façon, réconfortée.
Le premier, c'est le début d'enseignement que je reçus sur-le-champ. Le deuxième, la leçon intérieure que j'en tirai ensuite. Le troisième, l'entière révélation, du commencement à la fin, qu'en sa bonté Dieu, notre Seigneur, présente souvent et libéralement à la vue de mon entendement. Ces trois lumières sont si bien unies, à mon sens, que je suis incapable de les séparer. Dans leur unité je reçois un enseignement, à savoir que je dois avoir foi et confiance en Dieu notre Seigneur. Avec la même bonté et dans le même but qui l'ont conduit à me faire
cette révélation, il l'éclaircira quand il le voudra.
De fait, vingt ans moins trois mois après le jour où j'eus ces visions, une leçon intérieure me fut donnée : « Prête grande
attention à toutes les propriétés et circonstances qui te furent manifestées, même si ton regard les juge obscures et sans importance. »J'y consentis volontiers et avec grand désir. Je considérai intérieurement avec vigilance tous les points et toutes les propriétés de cette vision, autant du moins que mon esprit et mon intelligence me le permirent. J'examinai tout d'abord le seigneur et le serviteur. La façon dont le seigneur était assis; le lieu où il se trouvait; la couleur de ses habits et leur forme; l'apparence extérieure de son visage; sa noblesse et sa bonté intérieure. Puis comment se tenait le serviteur; le lieu où il était et de quel genre; l'habit qu'il portait, sa couleur et sa forme; son comportement extérieur; sa bonté et son zèle intérieurs. Voici ce que je compris. Le seigneur majestueusement assis dans la quiétude et dans la paix est Dieu. Le serviteur debout devant lui figure Adam. Un seul homme et sa chute me furent manifestés en ce temps-là pour me faire entendre comment Dieu voit tout homme et ses chutes. Car au regard de Dieu tous les hommes ne sont qu'un seul homme, et un seul homme c'est tous les hommes. Cet homme fut blessé dans ses facultés et rendu très faible. S'étant détourné de la contemplation de Dieu, il devint hébété dans son intelligence, bien que sa volonté demeurât intacte aux yeux de Dieu. Cette volonté, je vis Notre-Seigneur la louer et l'approuver, alors que lui, entravé et aveugle, n'en avait plus connaissance. Ce qui était pour lui grande douleur et cruelle détresse. Car, d'une part, il ne pouvait voir clairement son Seigneur, lequel l'aimait et était tout doux et humble avec lui. D'autre part, il ne voyait plus vraiment comment son seigneur tout aimant le regardait. Or je sais que lorsqu'on a cette double perception avec sagesse et vérité il s'ensuit repos et paix, de façon fragmentaire ici-bas, et en plénitude dans la béatitude du ciel, par surabondance de
grâce.
Tel fut le début d'enseignement que je reçus en ce temps-là. Il m'apprit à connaître comment Dieu nous considère dans notre péché. Je vis que la souffrance est notre seul blâme et punition. Notre aimable Seigneur, lui, nous réconforte et nous secourt. Il ne cesse de se présenter à l'âme avec un visage de joie, plein d'amour et ardemment désireux de nous emporter
dans sa béatitude.
Le seigneur était assis simplement sur la terre nue, stérile et désertique, dans un lieu sauvage et solitaire. Il portait un grand vêtement, ample, fort seyant - comme il convient à un seigneur -, couleur bleu ciel, fort beau et attrayant. Il avait un visage miséricordieux, d'un beau brun pâle, aux traits bien proportionnés. Ses yeux étaient noirs, beaux et aimables. Ils étaient extérieurement empreints d'une tendre miséricorde et, intérieurement, d'un regard aussi large que profond, d'une plénitude céleste infinie. L'amoureux regard qu'il portait sur son serviteur, jusqu'en sa chute même, eût pu, me semble-t-il, faire fondre nos cœurs d'amour et les faire éclater de joie. Ce beau regard était un mélange admirable à contempler de compassion et pitié, de joie et béatitude. Joie et beatitude surpassaient autant compassion et pitié que le ciel est au-dessus de la terre : la pitié était terrestre, la béatitude céleste.
La compassion et la pitié du Père se rapportaient à la chute d'Adam, sa créature de prédilection; sa joie et sa béatitude, à
la chute de son très cher Fils, qui est égal au Père. Le regard miséricordieux qu'exprimait son visage tout aimant remplissait en plénitude toute la terre et descendit, avec Adam, dans les enfers. Grâce à cette incessante pitié, Adam fut préservé de la mort éternelle. Semblable pitié et miséricorde habitent avec le genre humain jusqu'à notre élévation au ciel. Mais, en cette vie, l'homme est aveuglé. Nous ne pouvons donc pas voir Dieu notre Père tel qu'il est. Lorsque en sa bonté il veut bien se montrer à nous, il le fait tout simplement à travers son humanité, quand bien même le Père n'a pas nature humaine; c'est ce que je vis clairement. Qu'il soit assis sur une terre aride et déserte signifie qu'il a choisi l'âme humaine pour en faire sa propre cité et son lieu d'habitation. Elle est, de ses œuvres, celle qui lui plaît le plus. Quand l'homme s'effondra dans la souffrance et dans la peine, il ne fut plus digne de servir à un si noble office. Celui qui est le Père de notre nature ne voulut pas d'autre lieu. Il resta assis sur terre. Là il attendit le genre humain, pétri de terre, jusqu'au temps où par sa grâce son Fils bien-aimé, par son âpre labeur, rendrait à sa cité sa noble beauté première.

Le bleu azur de son vêtement dénotait sa constance. Le teint brun de son beau visage, s'accordant à la belle couleur de ses yeux, était fort approprié pour exprimer sa sainteté majestueuse. Son ample vêtement, qui lançait ses feux de beauté tout autour de lui, figurait qu'il avait, enclos en lui, tous les cieux, toute la joie et la béatitude divine. Par un seul toucher divin, je compris cela. Mon intelligence pénétra à l'intérieur du seigneur. Je le vis hautement se réjouir de la restauration
glorieuse où il entend amener et amènera son serviteur, par l'abondance de sa grâce. Pourtant, fixant des yeux seigneur et serviteur, j'étais toujours dans l'étonnement.
Je vis le seigneur assis avec une grande majesté. Le serviteur se tenait devant lui, respectueusement. Chez ce serviteur, il y avait deux points à comprendre : l'un extérieur; l'autre intérieur. À l'extérieur, il était habillé simplement, comme un travailleur prêt à l'ouvrage. Il se tenait près du seigneur, non pas juste en face de lui, mais quelque peu à gauche. Il portait une simple tunique, blanche, vétuste, pleine de défauts, toute tachée de sueur. Courte, elle descendait à peine d'une main au dessous du genou. Usée, elle s'effilochait, prête à tomber en loques. Je fus très surprise. Je me dis : « Quel habit inconvenant pour un serviteur qui se tient devant son seigneur qui l'aime tant! » Cependant, tout intérieurement en lui, je vis un fond d'amour. L'amour qu'il avait pour son seigneur égalait l'amour que son seigneur avait pour lui. Dans sa sagesse, ce serviteur vit intérieurement qu'une seule chose pouvait rendre gloire à son seigneur. Sans prêter garde à sa propre personne ou à ce qui pourrait lui advenir, il partit en hâte, courant là où son seigneur l'envoyait pour y accomplir la volonté de ce dernier et lui rendre gloire. À juger de l'extérieur, d'après son habit, on aurait pu croire qu'il était à l'oeuvre depuis longtemps et avec ardeur. Mais la vision intérieure que j'eus à la fois des deux personnages me le fit voir comme étant un serviteur tout nouveau qui commençait seulement à travailler et n'avait jamais été envoyé en mission précédemment.
Dans les profondeurs de la terre, il y avait un trésor dont le seigneur était épris. Surprise, je m'interrogeai : « Qu'est-ce donc ? » Il me fut répondu dans mon entendement : « C'est une nourriture qui est agréable au seigneur et dont il fait ses
délices. » Pourtant, je le voyais assis sans nourriture ou boisson auprès de lui. Tel fut mon premier étonnement. Il m'en vint un autre : ce majestueux seigneur avait un seul serviteur qu'il avait dépêché au loin. Je regardai attentivement, essayant de comprendre quelle sorte de travail ce serviteur avait à faire. Je me rendis compte que c'était l'oeuvre la plus importante, le labeur le plus rude qui soit. Jardinier, il avait à creuser, bêcher, peiner, retourner la terre de fond en comble, piocher en profondeur, arroser les plantes en temps voulu; puis à aller de l'avant avec sa tâche, à faire ruisseler de grandes eaux, à produire en abondance des fruits de haute qualité, qu'il apporterait à son seigneur et lui servirait à son goût. Jamais il ne reviendrait vers lui avant d'avoir préparé cette nourriture de la manière qui lui plairait, et il la lui apporterait ainsi que la boisson avec grande révérence. Pendant tout ce temps-là, le seigneur demeurerait assis en ce même lieu, attendant le retour de son serviteur.
Je me posai une question : « Mais d'où vient ce serviteur ? Car je le voyais. Le seigneur avait en lui la vie éternelle et toute sorte de bonté, sauf le trésor qui gisait en terre et était enfoui dans les merveilleux abîmes de son amour infini. Ce trésor n'était pas entièrement à sa gloire, aussi longtemps que le serviteur ne l'avait pas magnifiquement préparé et présenté à son maître personnellement. En dehors du seigneur, il n'y avait qu'un désert. Je ne comprenais pas ce que cela signifiait et je me demandais toujours d'où venait ce serviteur.

Il inclut la seconde Personne de la Trinité. Il inclut aussi Adam, c'est-à-dire tous les hommes. Quand je parle du Fils, je pense à la Personne divine, égale au Père. Quand je parle du serviteur, je pense à l'humanité du Christ qui est le vrai Adam. Le serviteur, par sa position de proximité, laisse entendre qu'il est le Fils. Se tenant debout à gauche, il signifie par là qu'il est Adam. Le seigneur est Dieu le Père; le serviteur, le Fils, Jésus-Christ; l'amour unique qui est en eux deux, le Saint-Esprit. Quand Adam tomba, le Fils de Dieu tomba. Par suite de leur union véritable née au ciel, le Fils de Dieu ne pouvait être séparé d'Adam (par Adam, j'entends tout homme). De la vie Adam tomba dans la mort, oui, dans les abîmes de ce monde misérable. Et puis en enfer. Le Fils de Dieu tomba avec Adam, dans les abimes du ventre de la Vierge, la plus belle fille d'Adam, pour excuser Adam de tout blâme au ciel et sur la terre. De toute sa puissance, il l'arracha à l'enfer. La sagesse et la bonté du serviteur font comprendre qu'il est le Fils de Dieu. Par son pauvre vêtement de travailleur et sa place à gauche, c'est l'humanité d'Adam qui est signifiée, ainsi que tous les méfaits et fautes qui s’ensuivirent. Dans la totalité de cette révélation, notre bon Seigneur montra que son propre Fils et Adam ne sont qu'un seul et même homme. Puissance et bonté nous viennent de Jésus-Christ; faiblesse et cécité, d'Adam. Voici les deux lumières que j’eus à propos du serviteur. Notre bon Seigneur Jésus a pris sur lui tout ce que nous avions de blâmable. Aussi notre Père ne peut-il, ni ne veut-il nous blâmer davantage que son propre Fils bien-aimé Jésus-Christ. Ce dernier fut déjà serviteur, avant qu’il ne vint sur terre, lorsqu'il se tenait debout, prêt devant son Père, dans l'attente du moment où il serait envoyé accomplir l’œuvre éminente et glorieuse qui raménerait au ciel le genre humain. C'est-à-dire qu’indépendamment du fait qu’il était Dieu égal au Père en sa divinité, par son dessein providentiel de devenir homme pour sauver l’homme il était là devant son Père comme serviteur, prenant volontairement sur lui notre fardeau. Alors, lorsque le Père le voulut, il partit en hâte. Il tomba bien bas dans les entrailles de la Vierge, sans se préoccuper de lui-même ou de ses rudes souffrances.
Sa tunique blanche, c'est sa chair. Elle est unique, ce qui signifie que sa divinité et son humanité sont une. L'étroitesse du vêtement, c'est sa pauvreté. Sa vétusté : il fut porté par Adam. Il est maculé : c'est la sueur versée par le travailleur Adam. Il est court : c’est un habit de serviteur.

Je vis le Fils debout. Ii s'exprima ainsi : « Regarde, Père bien-aimé, me voici devant toi dans la tunique d'Adam, tout prêt à partir et à courir. Je voudrais être sur terre, pour ta gloire, quand tu voudras bien m'y envoyer. Combien de temps me faudra-t-il attendre encore?» En vérité, il connaissait l'heure de la volonté de Dieu et tout le temps qu'il lui faudrait demeurer à attendre. Je dis cela, considérant sa divinité, car il est la sagesse du Père. Ces paroles doivent se comprendre en référence à son humanité, c'est-à dire à tous les hommes qui seront sauvés par la douce incarnation et passion du Christ. Le Christ-homme, c'est tous les hommes. Il est la tête; nous sommes les membres. Et les membres sont dans l'inconnaissance du jour et du temps où toutes douleurs et afflictions passagères cesseront, où joie et béatitude éternelle seront à leur comble. Jour et temps auxquels aspirent, avec un ardent désir, tous les bienheureux du ciel. Tous ceux qui sont ici-bas et qui arriveront là-haut ont cette aspiration et cet ardent désir. C'est l’unique voie d'accès. Même désir et même aspiration émanaient du serviteur qui se tenait debout devant son seigneur le Fils, revêtu de la tunique d'Adam, face à son Père. Ce désir et cette aspiration de toute l'humanité qui sera sauvée, Jésus l'éprouva aussi. Car Jésus est en tous ceux qui seront sauvés, et tous ceux qui seront sauvés en Jésus. Tous sont sauvés par la charité de Dieu dans l’obéissance, la patience et autres vertus qu'il nous appartient de pratiquer.
Cette merveilleuse parabole fut, pour moi, un enseignement intérieur, en quelque sorte le début d’un ABC qui m'aide à comprendre quelque peu les desseins de Notre-Seigneur. Il renferme les mystères cachés dans l’ensemble de ces révélations, bien que chacune d'elles en soit encore remplie.
Le Père était assis, manifestant sa divinité par le repos et la paix, car en Dieu il ne peut y avoir aucun labeur. Qu'il ait pris la figure d'un seigneur signifie son autorité sur l'humanité. Le serviteur était, lui, debout, symbole de travail. Il se situait à gauche et de côté pour faire entendre qu'il n'était pas encore pleinement digne d'être en face de son seigneur. Son départ rapide traduit sa divinité; sa course, son humanité. Car c'est en tant que Dieu qu'il s’élança du sein du Père dans le sein de la Vierge. Il s’abaissa pour prendre notre nature et par cet abaissement il reçut grande meurtrissure : notre chair elle-même, qui lui fit éprouver de mortelles souffrances. Le fait qu’il se tienne plein de crainte, devant son seigneur mais un peu latéralement, laisse entendre d'une part qu'il n’était pas vêtu de façon assez honorable pour être juste en face de son seigneur ; d’autre part qu'il n’était pas appelé à cela tant qu'il n’était qu'un simple travailleur. Il ne pouvait pas non plus être assis avec le Seigneur dans le repos et la paix tant qu'il n’avait pas gagné justement cette paix par son dur labeur. Sa place à gauche signifie que le Père laissa volontairement son propre Fils éprouver, en son humanité, toutes les souffrances humaines sans l’épargner. Dans son vêtement qui tombait en loques et se déchirait, il faut voir les flagellations et les bastonnades, les épines et les clous, les étirements, les retraits et les lacérations de sa tendre chair. Déchirée, elle pendait en morceaux, jusqu’au moment où, le sang ne coulant plus, elle se dessécha et se colla sur les os. Les efforts et les torsions de cet homme dans sa chute, ses gémissements et ses lamentations font comprendre que le Fils de Dieu était dans l’incapacité de se relever glorieusement par sa puissance dès l'instant où il s'engouffra dans le sein de la Vierge jusqu’à ce que, son corps ayant été immolé, il remit, lui-même, son âme entre les mains du Père, avec tout le genre humain pour lequel il avait été envoyé.
C'est alors qu’il commença à manifester sa puissance. Il descendit dans les enfers et, quand il y fut, il retira des abîmes la racine du genre humain, qu’il unit à lui à bon droit. Son corps gisant dans le tombeau jusqu'au matin de Pâques se releva à tout jamais. C'est avec justice que s’acheva le temps où il se traînait, se débattait, gémissait, se lamentait. Notre chair mortelle impure que le Fils de Dieu endossa, cette vieille tunique d'Adam trop étroite, trop courte pour lui, Notre-Seigneur la rendit belle, neuve, blanche, lumineuse et d’une infinie pureté, immense et ample, plus belle et plus riche que le vêtement porté par le Père. Le vêtement de ce dernier était bleu. Celui du Christ est maintenant d'un beau mélange de couleurs fort seyantes, si merveilleux que je ne puis le décrire : il est toute gloire. Maintenant le seigneur n'est plus assis sur terre, dans le désert, mais il est assis sur un siège riche et noble qu'il s'est plu à reconstruire dans les cieux. Maintenant le Fils ne se tient plus devant son Père comme un serviteur, horriblement vêtu, à moitié nu devant son seigneur : il se tient en face de lui, richement paré, dans la splendeur de la béatitude, et portant une couronne d'un très haut prix. Car j’eus la révélation que nous sommes sa couronne, c’est-à-dire la joie du Père, la gloire du Fils, les délices du Saint-Esprit, béatitude infinie et merveilleuse pour tous ceux qui sont au ciel.
Le Fils ne se tient pas à la gauche du Père, tel un travailleur. Il est assis à sa droite, dans une quiétude et un repos infinis. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit assis côte à côte avec le Père, comme seraient deux personnes ici-bas. Car il n'y a pas de telle posture assise dans la Trinité. Il est assis à la droite de son Père, c'est-à-dire dans la plus haute magnificence de la joie du Père. Maintenant l'époux, le Fils de Dieu, est en paix avec son épouse bien-aimée, la belle vierge des joies éternelles. Et maintenant le Fils, vrai Dieu et vrai homme, siège dans le repos et dans la paix, dans la cité que son Père lui a préparée de toute éternité. Et le Père est dans le Fils, et le Saint-Esprit dans le Père et dans le Fils."
(Le livre des révélations, chapitre 51, Julienne de Norwich)

À méditer.

Re: L'unité

Publié : sam. 09 nov. 2024, 18:58
par Didyme
Pour revenir sur une discussion récente sur la question de savoir si Dieu était essentiellement amour en rapport à la notion d'unité, je pose la question :

Si Dieu n'était pas essentiellement amour est-ce que Dieu serait trois personnes ? Puisqu'il n'y aurait plus la "logique" relationnelle et donc plurielle de l'amour, Dieu ne serait-il pas alors une seule personne ?
Mais sachant que Dieu est trine alors si Dieu n'était pas essentiellement amour est-ce que Dieu serait alors UN ?
N'aurait-on pas trois Dieux qui "cohabitent" ? Certes, ayant tous la même nature divine mais pas UN de sorte que l'on puisse parler d'un seul Dieu.
Un peu à l'image des divinités grecs qui sont tous de nature divine mais n'étant pas amour ne sont pas un seul Dieu mais une multitude. De même que l'humanité qui bien que de même nature n'est pas un seul homme. Quoique si, elle l'est mais par Dieu justement ("C'est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses." (Romains 11:36))

D'ailleurs, je pense que lorsque l'on essaie d'expliquer la Trinité, un seul Dieu par nature en trois personnes, se défendant d'être monothéiste, cela ne fait pas sens pour ceux de l'extérieur car si on prend des croyances polythéistes il semble qu'ils croient la même chose d'une certaine façon. Tous les dieux auxquels ils croient sont de même nature divine. Pour autant, ils croient en plusieurs dieux. Quelle différence au fond ?
La différence me semble être l'essence de cette nature divine. Et c'est là la différence et ce qui justifie l'unité divine et le monothéisme chrétien, c'est que Dieu est amour. L'unité parfaite de la Trinité vient de ce que Dieu est amour absolue. Cet amour absolue fait qu'il n'y a nulle opposition, nulle division en Dieu.
Et c'est d'ailleurs parce que Dieu est amour que Dieu est pluriel justement.
Dieu ne peut être solitude, une seule personne si Dieu est amour. Et paradoxalement, si Dieu est amour alors Dieu ne peut être divisé, ne peut être qu'UN.
Ce qui montre de façon étonnante que selon la nature de l'être, le UN seul, solitaire n'a pas de sens, de réalité concrète. Pour qu'il y ait unité, il faut qu'il y ait pluralité, union de plusieurs.

Le UN seul n'a pas l'être en lui car l'être est amour et donc l'être est relation.
Un être seul est mort.
N'existe donc de façon absolue que l'unité plurielle.

Re: L'unité

Publié : sam. 09 nov. 2024, 19:07
par Didyme
L'être vivant est-il essentiellement amour ?

Le fait que l'être vivant soit doté d'une volonté n'en est-il pas l'expression la plus frappante ?
En effet, l'amour n'est pas quelque chose de figé, d'éteint mais il est vivant, il désir, il créé. La volonté de l'être n'est-elle pas alors "la voix", "la parole" de l'amour qu'est l'être, un amour qui s'exprime en voulant/désirant ?
Si l'être "vivant" n'était pas essentiellement amour alors certainement ne serait-il pas doté d'une volonté et ne serait qu'information (telle une machine), intelligence (telle l'intelligence artificielle animée par un programme). Certainement ne serait-il pas créateur non plus.

Re: L'unité

Publié : sam. 09 nov. 2024, 19:10
par Didyme
Ce qu'il faut comprendre en rapport à la question d'unité humaine, ce qui est essentiel c'est le principe que l'être est amour. L'amour est pluriel car il est échange, relation, circulation. Il est Un car il est unifiant, liant. Il unifie plusieurs qui font un. Le Un, l'unité est forcément pluriel. Le Un solitaire, individuel n'existe pas car il n'est alors pas de l'ordre de l'être, surtout il n'est pas alors de l'ordre de l'amour.
Les hommes étant des êtres, et surtout l'être leur étant un don de Dieu alors ces êtres forment une unité de par la nature de l'être (/amour). Le péché sépare, créé de la division. Mais tant que demeure de l'être alors demeure un lien, une unité profonde.
L'être étant amour alors ce qui est de l'ordre de l'être est uni. Tout ce qui est est uni et ne peut se dissocier de l'autre, de l'ensemble quoiqu'il fasse et quoiqu'il s'en donne l'illusion.
Pour preuve, on peut très bien rejeter l'autre, pécher. Et pourtant, ce rejet, ce péché n'est pas isolé, sans impact, sans répercussion et sur les autres/sur l'ensemble et sur moi.