Lejardin a écrit : ↑dim. 12 mars 2023, 0:07
C'est le principe de la théière de Russel .
La charge de la preuve incombe a celui qui cherche a prouver l'
existence de quelque chose d'
extraordinaire (ou qui demande un engagement ) , sinon on peut donner de la crédibilité a toute forme d'existence indépendamment de sa probabilité. On parle d'incrédulité raisonnable. Qui est un raisonnement n'ayant d'intérêt qu'une fois que quelqu'un clame l'existence de quelque chose.
Ici il manque des éléments du scénario Russell: une orthodoxie sur la théière (donc une droite opinion consensuelle) et des vieux livres qui sont le fondement lointain de la croyance. Celui qui doute d'une orthodoxie a charge de preuve:
Prenons un autre exemple :
Il existe une unanimité (dogmatique au sens étymologique, qui signifie seulement doctrinal) sur la mort de César le 15 mars, une vérité de foi puisque uniquement testimoniale (on fait confiance à quelques témoins) et rapportée par des vieux livres (Old books). Ce n’est pas une vérité sacrée et la matiêre n’est pas extraordinaire, mais c’est une orthodoxie (droite opinion) et il est considéré à bon droit déraisonnable ( bien que pas irrationnel) d’en douter.
Ceci a bel et bien la conséquence que si quelqu’un en doute tout le monde pensera, un peu scandalisé, que c’est lui qui a le fardeau de preuve, et c’est ce que tous les orthodoxes lui demanderont immédiatement et avec raison : quel est ton fondement, avant que nous t’écoutions davantage. Donc à cause des circonstances c’est le douteur qui a le fardeau, probablement plus.
Ceci vient du fait qu’un orthodoxe par le fait même de son orthodoxie, possède DÉJÀ des fondements jugés solides, il ne part pas de 0 avec une affirmation gratuite. Et même S’il partait de 0, il serait vrai qu’il ne pourrait prétendre que le fardeau repose d’abord sur le douteur, mais il pourrait certainement prétendre que le fardeau serait à peu près égal : il admettrait devoir fonder son affirmation ou hypothèse mais dirait que le douteur doit tout autant justifier son doute.
A partir du moment ou les orthodoxes ont des fondements, en l’occurrence des vieux livres, pour la théière comme pour la mort de César, tout repose sur la crédibilité de ces vieux livres. Le tort donc de Russell est d’occulter cette crédibilité. Si elle est aussi élevée que pour César ce sera au douteur qu’on demandera en premier de se justifier. Et l’argument de Russell tombe. D’autre part Si les vieux livres sont supposés non crédibles en général, il faudra expliquer pourquoi ils sont crédibles dans le cas de César.
On voit aussi le role de la matière extraordinaire plutôt que ordinaire (théière plutôt que César) : beaucoup change si on remplace la théière par un astéroide en forme de théière (même chose pour les licornes remplacées par des chevaux à excroissance osseuse sur le front).
Toutefois Il demeure vrai que pour critiquer ou douter il faut d’abord prendre connaissance du sujet et que ceci généralement suppose une affirmation préalable, mais pas nécessairement : il pourrait s’agir d’une simple hypothèse posée sous forme de question : Peut être y a-t-il une théière etc. Et alors aussi bien celui qui va douter que celui qui va affirmer aura un fardeau de preuve.
Autre exemple : le texte de Russell pourrait concerner une situation de l’an 5000, avec des livres qui racontent les événements de l’an 4000 ou un vaisseau spatial avec une théière a explosé près de Mars; il s’agirait d’une orthodoxie d’astronautique. Le douteur aurait charge.
Autre point : l’argument de la théière renversée : supposons un consensus pour l’inexistence de la théière dans le scénario de Russell (pas moyen de vérifier, vieux livres sans examiner leur crédibilité, consensus), ce consensus est , selon Russell, sans fondement sérieux (car dans le scénario il est bien précisé que nous n’avons aucun moyen de vérification, et c’est probablement ce qu’il entend par fondement), l’affirmation d’inexistence démontrée est gratuite. Russell devra admettre que c’est celui qui doute de l’inexistence qui aura le moins de fardeau de preuve. Ce n’est donc pas une affaire d’existence ou non, c’est une affaire de fondement et de doute. L’argument de la théière s’applique aussi à son inexistence. Il est vrai que l’inexistence est plus probable actuellement pcq la matière du raisonnement est extraodinaire et cette inexistence est plus ordinaire, Mais ca n’entraine pas que l’inexistence soit prouvée (ou « sacrée ») ou n’ait pas de fardeau; et Russell dit que c’est l’orthodoxie et les vieux livres qui ont fardeau de preuve, pas le simple doute. Donc également quand il s’agit de matière extraordinaire non prouvée, car l’extraodinaire peut exister. Le douteur peut douter – en tant que vérité démontrée – il peut dire c’est pas prouvé – des fondements d’inexistence même si cette inexistence est plus probable. (si le douteur dépassait le doute et affirmait l’existence de la théière ce serait différent).
C'est justement un sophisme que de nier ce non de prudence en le faisant passer pour une affirmation de l'inexistant.
Pas du tout, bien des gens disent que les licornes n'existent pas sur cette base; ils ne se bornent pas à ne pas affirmer les licornes. ce qui est sophistique.
Si on me dit "Macron est quelqu'un de morale" je vais lui demander "ou sont tes preuves" si il en a pas je peut juste dire "non je ne peut pas croire que Macron soit quelqu'un d'aussi que tu les prétend moral sur tes dires". D'ailleurs il conviens de bien définir de quoi parle t'on par "moral"
Exact, mais on ne va pas dire qu'il est immoral.
Autre exemple "je ne crois pas que mon boulanger a craché dans mon pain" signifie juste 'en l'absence de preuve du contraire je considère que le monde fonctionne normalement et que mon boulanger fonctionne normalement.
Ce qui est totalement diffèrent de "je crois que mon boulanger n'a pas craché dans mon pains"
Oui, mais là il n’y a pas d’orthodoxie ni de vieux livres (ou disons de lettres anonymes contre le boulanger)
Exemple typique la présomption d'innocence.
Si une célébrité se fait accuser de quelque chose de grave sur twitter , sans preuve je ne crois pas qu'il a fait quelque chose de mal, mais si on me dit qu'il n'a rien fait sans plus de preuves je ne vais pas dire "ya pas moyen de trancher sans preuve", ou " je ne crois pas qu'il est innocent" . Car il faut prouver une existence , pas l'absence d'une existence.
Imprécis, même s’il est coupable, il n’est que considéré prudentiellement non-coupable. En réalité, s’il est coupable il l’est. On pourrait très bien dans un autre type de système prudentiel, considérer les non-coupables comme des coupables jusqu’à preuve du contraire. C’est d’ordre purement prudentiel donc c’est une décision.
On peut ajouter : en stricte logique ceci est un sophisme ad ignorantiam (appel à l’ignorance) :
« Celui dont on n’ a pas prouvé qu’il a commis tel acte n’a pas commis cet acte »
Car ca veut dire on ignore qu’il a fait ca, donc on sait qu’ il ne l’a pas fait.
Ne pas savoir P entrainerait savoir Non P. Pas de preuve que Macron est honnête donc il est malhonnête. C'est sophistique peu importe la matière.
La vraie formulation technique et exacte doit être :
« Celui dont on n’a pas prouvé qu’il a commis cet acte, on considère qu’il ne l’a pas commis même s’il est vrai qu’il l’a commis »