Riou a écrit :Dirons-nous que celui qui dit 'oui" s'est laissé habiter par l'amour reçu? Fort bien : mais d'où provient cette déprise de soi et cette docilité intérieure? Pourquoi cet individu, qui refusait d'écouter depuis dix ans, est désormais intérieurement disponible pour entendre? Qui a laissé entrer l'amour en question, et pourquoi?
D'un point de vue chrétien, le premier pas est toujours réalisé par Dieu (c'est le seul point commun avec Don Juan), et sans Dieu, il ne peut y avoir de liberté pleine et entière. Soit : mais qui consent à l'appel qui "rend libre"?
Or, on pourra raffiner la notion de liberté indéfiniment, lui enlever ses ailes pour voler et ses pattes pour courir, il n'en demeure pas moins qu'elle doit surgir de notre propre fonds. Ou alors la liberté ne veut sans doute pas dire grand chose, si ce n'est un mot qu'on glisse dans une théologie pour se rappeler que l'homme possède une dignité, et que si Dieu existe, il a crée une créature "libre" et à son image. Or, une fois qu'on a mis la liberté dans le jeu, on ne peut plus l'éliminer, et on doit bien accepter qu'il existe une partie inexplicable, sans causalité physique ou psychologique
Il y a liberté quand nous sommes pleinement nous-même, fondamentalement, essentiellement, c'est-à-dire sans entrave, sans influence ni contrainte. Mais s'agissant du péché, on est face à une pulsion, une force, un attrait qui s'exerce sur nous et qui influence, pousse la volonté. Le péché n'est pas une simple possibilité neutre, libre, mais il est une tension, une force (résultant certainement du manque de la créature remise à elle-même, face à son néant. Voir réponse précédente)
Si on parle d'y
résister, c'est bien qu'il y a une force qui s'exerce sur nous. On parle d'ailleurs de puissance, de domination, concernant les
forces du mal. Or, s'il est question de domination, de résister, c'est qu'il n'est pas question de liberté. Il n'y a pas de contraintes dans la liberté.
D'ailleurs, lorsque l'on cède à la haine par exemple, on dit que cela nous a mis "
hors de nous", c'est très significatif en fait. On parle de perdre ses moyens, de succomber à la tentation.
À la base du péché, il y a
en notre propre fond une part bonne de nous, une bonne disposition mais pervertie, déformée sous cette force, cet attrait, cette aspiration vers le néant que nous sommes sans Dieu, par nous-mêmes.
On cède certes volontairement (en tout cas par le moyen de la liberté) mais s'il y a cession c'est que cela ne vient pas de notre propre fond. Céder c'est ne plus résister, se conformer à la volonté de quelqu'un, se plier à la force de quelque chose.
D'ailleurs, voir Romains 7 sur cette question de liberté, de volonté, de domination.
"Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, c'est le péché qui habite en moi. Je trouve donc en moi cette loi quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi. Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l'homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres."
Certes, il est certainement question des conséquences du péché originel mais je pense que cela peut sans problème s'appliquer à tout un chacun selon la nature créée, finie qui nous a été transmise.
On pourrait facilement lire dans ce passage "Car je ne fais pas le bien que je veux (selon l'homme intérieur, le propre fond), et je fais le mal que je ne veux pas (remis à moi-même, dans ma finitude, confronté/soumis à mon néant, mes manques)".
Mais tout ceci n'empêche pas la responsabilité car il y a tout de même possibilité de résister
si nous tournons notre regard vers Dieu, et revenons ainsi à qui nous sommes.
Et qui plus est, même si c'est soumis à une force, même si c'est un égarement, une perte de soi, il n'empêche que c'est par le moyen de la volonté. Reconnaître la responsabilité c'est reconnaître le problème, l'égarement et le besoin d'être sauvé.
On dit que Dieu ne nous sauvera pas sans nous. En effet,
Dieu étant liberté, il ne va
pas contraindre, forcer à la conversion. Il ne va pas nous sauver malgré nous. Mais il guide à la conversion, au salut, ce qui chez certains peut demander un temps fou avant qu'ils reviennent à Dieu.
Il y a influence et influence. L'influence de Dieu laisse libre, guide, et il y a l'autre influence qui force, qui pousse.
Par conséquent, le péché n'est pas une liberté ni nécessaire à la liberté puisqu'il est une domination. Domination qui est contraire à la liberté.
Que par la liberté, le refus soit possible est une chose. Mais que par la liberté, la possibilité du refus soit voulu en est une autre. La Bible témoigne plutôt du contraire. Dieu interdisant et blâmant sans cesse le refus, le péché.
Par conséquent, je ne pense pas que la liberté consiste à pouvoir refuser Dieu et se refuser mais plutôt à permettre la relation, l'échange d'amour qui ne peut qu'être libre et dans l'union. Le refus est l'à-côté de la liberté,
et surtout l'à-côté d'une créature finie.
Je ne pense pas que la possibilité de pécher soit nécessaire pour que la liberté soit la liberté. En témoigne le caractère incorruptible des corps ressuscités.
Mais voilà, la créature étant ce qu'elle est, faillible, manquante par elle-même, il fallait qu'elle fasse l'expérience de sa condition, qu'elle se connaisse et qu'elle reconnaisse Dieu.
D'ailleurs si je considère la divinité, peut-on penser que Dieu puisse pécher, puisse se refuser ? J'ai dans l'idée que non.
Et pourtant, Dieu est la liberté même, bien que n'ayant pas cette possibilité de pécher.
Si Dieu ne peut pas pécher ce n'est pas par défaut de liberté mais parce qu'il n'y a aucun manque en Dieu, qu'il n'est sensible à aucune puissance, aucune force.
Le défaut de liberté n'est donc pas le fait de ne pas pouvoir pécher mais plutôt le fait de le pouvoir.
On nomme en fait liberté ce qui ne l'est pas.
Et cette conception de la liberté du péché, de l'origine du péché dans la liberté et donc dans le propre fond de la personne est intimement liée à l'idée que certains ne pourront pas être sauvés par Dieu. Il faut donc qu'il y ait des méchants, des vrais de vrais...
Pour le reste, je trouve la réponse d'Ombiace intéressante (et drôle

).