Re: Peut-on être catholique et pro-choix ?
Publié : mer. 11 juin 2008, 2:21
Bonjour Christelle,
Je me permets d’intervenir après avoir longtemps hésité. Ces sujets sont très délicats, comme tant d’autres d’ailleurs, parce qu’ils se placent à un double niveau : celui des grands principes et celui des cas particuliers des situations vécues par les uns et par les autres. Il est très difficile pour qui veut rappeler les principes qui doivent être rappelés, de le faire sans la peur de blesser profondément celui ou celle qui l’entend. Un mot mal choisi, une phrase mal interprétée, et ça peut être un drame. Réciproquement, il faut reconnaître qu’il est facile de s’attaquer à des principes à l’aide de cas qui, pour douloureux qu’ils soient, ne peuvent déroger à ces principes.
Je vous demande à l’avance de bien vouloir me pardonner si je semble vous heurter. Sachez que je n’en ai nulle envie et qu’au contraire j’ai prié pour vous avant d’écrire tout ceci.
Un principe fondamental est le suivant (je dis tout de suite que ce n’est pas un dogme catholique dans la mesure où il relève de la seule raison) : nul ne peut attenter à la vie d’un être humain innocent. Il n’y a aucune exception à cette règle. Un enfant venant de naître, par exemple, quand bien même il serait la source d’une infinité de gêne pour sa maman ou ses parents, à le droit de garder sa vie. Il ne viendrait à l’idée de personne (j’espère) de la supprimer parce que sa mère ou son père, ou les deux, ne peuvent pas l’assumer. Le problème, dans le cas de l’avortement, est de savoir si ce qui grandit dans le ventre de la femme enceinte est un être humain. Il ne me semble pas qu’on puisse poser autrement le problème. En êtes-vous d’accord, Christelle ?
De deux choses l’une : soit ce qui grandit dans le ventre de la femme enceinte est un être humain, soit il ne l’est pas. Et, chose très importante, il ne dépend pas de notre volonté qu’il le soit ou pas. Je pense honnêtement que vous faites une erreur à ce niveau, chère Christelle, lorsque vous vous refuser à considérer le fœtus comme un être humain au motif que cela entraînerait une condamnation. Je vous cite : « Je suis contre de reconnaitre la vie légalement d'un fœtus. Sinon chaque femme qui subira ou fera un avortement sera jugé légalement comme criminelle. » C’est une erreur, je pense. Ni vous, ni moi, ni même la loi, ne peut faire en sorte que ce qui est humain ne le soit pas. Là encore, êtes-vous d’accord avec moi ?
Vous nous dites : « Le jugement en revient à Dieu mais connaissant profondément le problème, je ne me soucie pas vraiment de ce que pense les gens par méconnaissances d'un problème bien plus épineux qu'ils ne le pensent. Certes on peut trancher par dogme... mais dans la réalité c'est bien plus dur d'appliquer le dogme en générale... » Vous avez entièrement raison quand vous dites que seul Dieu peut juger. C’est vrai, 100% vrai. Et vous pouvez légitimement vous moquer du jugement des autres. Cependant, quand bien même ce problème est épineux, plus épineux que je ne le saurai sans doute jamais, je ne me sens pas le droit de ne pas me faire l’avocat de ceux que je considère comme des êtres humains innocents, les fœtus, mes égaux.
J’aimerais aussi vous signaler un autre désaccord. Vous écrivez : « tu veux interdire l'avortement légalement alors que tu sais pertinemment que ça continuera illégalement ? » Je ne pense vraiment pas que ce soit un argument. Il y a des tas de choses répréhensibles qui continueront même après que la loi les ait interdites, cela ne rend pas vaine leur interdiction. On vole, tue, pille, viole depuis si longtemps dans ce monde, et cela continuera hélas. Doit-on pour autant douter du bien fondé de leurs interdictions ?
Enfin, j’ai commencé par dire que le problème était de savoir si ce qui vit dans le ventre maternel est ou n’est pas un être humain. Je vous demande de réfléchir quelques instants à ceci : 10 minutes avant de naître, le bébé était-il déjà un être humain ? (je ne dis pas une personne juridique, je dis un être humain). Si oui, vous ne pourrez plus accorder le droit à l’avortement tant que vous ne saurez pas à quel moment on est sûr que ce ne soit pas un être humain. J’ose en effet espérer qu’en cas de doute, on n’osera pas attenter à la vie de ce qui pourrait être l’un de nos semblables. Mais le problème est que personne ne peut dire avec certitude quand débute la vie humaine. Vous-même, Christelle, la placez au moment où la femme sent bouger l’enfant. Vous ne me ferez pas croire que l’humanité dépend de la sensation qu’on en a. Elle ne dépend pas de vous, l’humanité, ni de moi d’ailleurs. Et c’est tant mieux.
Je ne juge personne, vous moins qu’un autre, mais il y a des argument dont je pense que vous ne pouvez pas vous prévaloir.
Bien à vous,
Marchenoir
Je me permets d’intervenir après avoir longtemps hésité. Ces sujets sont très délicats, comme tant d’autres d’ailleurs, parce qu’ils se placent à un double niveau : celui des grands principes et celui des cas particuliers des situations vécues par les uns et par les autres. Il est très difficile pour qui veut rappeler les principes qui doivent être rappelés, de le faire sans la peur de blesser profondément celui ou celle qui l’entend. Un mot mal choisi, une phrase mal interprétée, et ça peut être un drame. Réciproquement, il faut reconnaître qu’il est facile de s’attaquer à des principes à l’aide de cas qui, pour douloureux qu’ils soient, ne peuvent déroger à ces principes.
Je vous demande à l’avance de bien vouloir me pardonner si je semble vous heurter. Sachez que je n’en ai nulle envie et qu’au contraire j’ai prié pour vous avant d’écrire tout ceci.
Un principe fondamental est le suivant (je dis tout de suite que ce n’est pas un dogme catholique dans la mesure où il relève de la seule raison) : nul ne peut attenter à la vie d’un être humain innocent. Il n’y a aucune exception à cette règle. Un enfant venant de naître, par exemple, quand bien même il serait la source d’une infinité de gêne pour sa maman ou ses parents, à le droit de garder sa vie. Il ne viendrait à l’idée de personne (j’espère) de la supprimer parce que sa mère ou son père, ou les deux, ne peuvent pas l’assumer. Le problème, dans le cas de l’avortement, est de savoir si ce qui grandit dans le ventre de la femme enceinte est un être humain. Il ne me semble pas qu’on puisse poser autrement le problème. En êtes-vous d’accord, Christelle ?
De deux choses l’une : soit ce qui grandit dans le ventre de la femme enceinte est un être humain, soit il ne l’est pas. Et, chose très importante, il ne dépend pas de notre volonté qu’il le soit ou pas. Je pense honnêtement que vous faites une erreur à ce niveau, chère Christelle, lorsque vous vous refuser à considérer le fœtus comme un être humain au motif que cela entraînerait une condamnation. Je vous cite : « Je suis contre de reconnaitre la vie légalement d'un fœtus. Sinon chaque femme qui subira ou fera un avortement sera jugé légalement comme criminelle. » C’est une erreur, je pense. Ni vous, ni moi, ni même la loi, ne peut faire en sorte que ce qui est humain ne le soit pas. Là encore, êtes-vous d’accord avec moi ?
Vous nous dites : « Le jugement en revient à Dieu mais connaissant profondément le problème, je ne me soucie pas vraiment de ce que pense les gens par méconnaissances d'un problème bien plus épineux qu'ils ne le pensent. Certes on peut trancher par dogme... mais dans la réalité c'est bien plus dur d'appliquer le dogme en générale... » Vous avez entièrement raison quand vous dites que seul Dieu peut juger. C’est vrai, 100% vrai. Et vous pouvez légitimement vous moquer du jugement des autres. Cependant, quand bien même ce problème est épineux, plus épineux que je ne le saurai sans doute jamais, je ne me sens pas le droit de ne pas me faire l’avocat de ceux que je considère comme des êtres humains innocents, les fœtus, mes égaux.
J’aimerais aussi vous signaler un autre désaccord. Vous écrivez : « tu veux interdire l'avortement légalement alors que tu sais pertinemment que ça continuera illégalement ? » Je ne pense vraiment pas que ce soit un argument. Il y a des tas de choses répréhensibles qui continueront même après que la loi les ait interdites, cela ne rend pas vaine leur interdiction. On vole, tue, pille, viole depuis si longtemps dans ce monde, et cela continuera hélas. Doit-on pour autant douter du bien fondé de leurs interdictions ?
Enfin, j’ai commencé par dire que le problème était de savoir si ce qui vit dans le ventre maternel est ou n’est pas un être humain. Je vous demande de réfléchir quelques instants à ceci : 10 minutes avant de naître, le bébé était-il déjà un être humain ? (je ne dis pas une personne juridique, je dis un être humain). Si oui, vous ne pourrez plus accorder le droit à l’avortement tant que vous ne saurez pas à quel moment on est sûr que ce ne soit pas un être humain. J’ose en effet espérer qu’en cas de doute, on n’osera pas attenter à la vie de ce qui pourrait être l’un de nos semblables. Mais le problème est que personne ne peut dire avec certitude quand débute la vie humaine. Vous-même, Christelle, la placez au moment où la femme sent bouger l’enfant. Vous ne me ferez pas croire que l’humanité dépend de la sensation qu’on en a. Elle ne dépend pas de vous, l’humanité, ni de moi d’ailleurs. Et c’est tant mieux.
Je ne juge personne, vous moins qu’un autre, mais il y a des argument dont je pense que vous ne pouvez pas vous prévaloir.
Bien à vous,
Marchenoir