Salut gérardh,
L'enseignement de l'Église catholique est plus riche, plus intéressant et surtout plus cohérent, étant certainement lié à l'enseignement très ancien de l'Église, des saints, des premières grandes figures d'autorité dans l'Église, des Pères de l'Église, de l'Église primitive, etc.
Enfin ...
Il est déjà arrivé avant vous que certains s'inquiètent à savoir si la proclamation de l'absence de péché en Marie, dès sa conception (dogme de l'Immaculée Conception), pourrait nier sa nature humaine en quelque sorte ou annuler l'oeuvre rédemptrice du Christ.
Mais le pape Pie IX aura déjà répondu à ces inquiétudes disant «... que la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, dans le premier instant ou elle a été crée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préservée et mise à l'abri de la tache du péché originel» (
Pie IX,
Ineffabilis Deus).
Pie IX précisait qu'il s'agissait d'une grâce unique («spéciale») de Dieu, tout comme l'incarnation de Jésus est un événement unique et sans précédent dans l'histoire. Il ajoutait que cette grâce spéciale a été méritée pour Marie par Jésus-Christ, son Sauveur. Pie IX insistait sur le fait que l'Immaculée Conception est un acte divin de préservation - une oeuvre
de Dieu et non une oeuvre de Marie elle-même.
L'immaculée Conception est un fruit de la rédemption attribué à Marie par avance. Car la rédemption est de toujours dans l'éternelle vision de Dieu, lui qui n'est pas soumis au temps comme nous le sommes. C'est pourquoi le rédemption du Christ s'applique à nous, même si nous ne pouvions être présents au Calvaire, comme elle s'est appliquée à Marie au moment de sa conception, bien que la mort salvatrice du Christ n'allait survenir que des années plus tard. Sa rédemption est un acte de
préservation chez Marie, alors que pour tous les autres il s'agit d'un acte de délivrance.
Marie avait
besoin d'être sauvée. Oui, car cette
préservation spéciale n'aurait pas pu être sans la rédemption méritée par Jésus pour tous les êtres humains. Jésus est Dieu, et il est à la fois notre Créateur et notre Rédempteur. Dans l'acte même de la conception de Marie, il l'a sauvée de toute les limites inhérentes à la condition humaine et de la prédisposition au péché.
Puis quand vous écrivez :
gérardh :
Pécheresse, elle avait besoin comme tous les hommes du Sauveur qui allait naître d'elle.
L'erreur ici c'est de faire
pécheresse la Vierge Marie.
Saint Augustin disait : «... tous ont péché à l'exception de la sainte Vierge Marie. dont il ne saurait être question quand je traite du péché et dont je ne saurais mettre en doute la parfaite innocence, sans porter atteinte à l'honneur de Dieu; car celle qui a mérité de concevoir et d'enfanter l'innocence même, le Verbe incarné, pouvait-elle ne pas recevoir toutes les grâces par lesquelles elle serait victorieuse de tout péché qu'elle qu'il fût ?» (
Saint Augustin, De Natura et Gratia, 42)
Le cardinal John Henry Newman enseignait que l'Immaculée Conception était un corollaire important du rôle de Marie en tant que nouvelle Éve. Il écrivait :«... et si Ève avait ce don personnel et surnaturel , qui lui avait été octroyée dès les premiers instants de son existence, est-il possible de nier que Marie a aussi reçu ce don aux premiers moments de son existence ?» (
Card. John Henry Newman, Mystical Rose. p. 11)
La nouvelle Eve
Cette notion est très ancienne dans l'Église. Dans son
Dialogue avec Tryphon, saint Justin relate une conversation qu'il aurait eu avec un rabbin de la ville d'Éphèse vers l'an 135. L'exposé de Justin :
Justin (Palestine)
«...par l'intercession de la Vierge, le Christ devint homme, de sorte que l'insoumission inspirée par le serpent soit annihilée de la même manière qu'elle avait pris naissance. Car Ève, étant vierge et sans tache, en recevant la parole du serpent, fit naître l'insoumission et la mort. En revanche, la Vierge Marie reçut dans la foi et la joie la bonne nouvelle de l'archange Gabriel qui lui annonça que l'Esprit du Seigneur viendrait sur elle, que la puissance du Très Haut la couvrirait de son ombre et que celui qui allait naître d'elle serait le Fils de Dieu, ce à quoi elle répondit «Qu'il me soit fait selon ta parole» (Lc 1,38). Et, grâce à elle, est né celui à qui se rapportent tant de passages des Écritures, et par qui Dieu a détruit le serpent, ses anges et les hommes à sa ressemblance.» (
Saint Justin, Dialogue, 100)
Iréné (Lyon)
Saint Irénée de Lyon s'exprimait de même façon : «... le noeud de la désobéissance d'Ève a été défait par l'obéissance de Marie. Le noeud que la vierge Ève avait noué par son manque de foi, la Vierge Marie l'a dénoué par son obéissance» (
Saint Irénée, Contre les hérésies, 3.22.3) Il poussa plus loin cette idée dans un ouvrage plus tardif : «... si l'ancienne Ève désobéit à Dieu, la nouvelle était résolue de lui obéir, et ainsi la Vierge Marie devint l'avocate de la vierge Ève. De telle sorte que, comme la race humaine devint esclave de la mort par la faute d'une vierge, elle fut aussi sauvée par une Vierge.» (
Saint Irénée,
Démonstration de l'enseignement apostolique, 33)
Tertullien (Afrique du Nord)
«... de la même façon, c'est dans l'âme d'une vierge que fut introduite la parole de Dieu qui devait revivifier la substance de vie, de sorte que ce qui avait été réduit en ruines par une femme puisse être sauvé par une autre femme. Comme Ève avait cru le serpent, Marie a cru l'ange. Le malheur venu par la crédulité fut effacé par la foi. » (
Tertullien, Sur la chair du Christ, 17)
Mais vous évoquiez encore, gérardh -
et, vous, pour nier bien sûr les rapprochements, en matière de sens - la figure de la femme dans l'Apocalypse.
Or, au IVe siècle, saint Ambroise avait compris que la femme en question était la Vierge Marie «... parce qu'elle est mère de l'Église, étant donné qu'elle a porté celui qui en est la tête» Ce que disait aussi saint Ephrem le Syrien «La Vierge Marie est, de plus, la figure de l'Église ...»
et
Cependant que, saint Augustin, encore :
« ... la femme de l'Apocalypse désigne Marie qui, étant immaculée, a porté notre Tête immaculée. Qui s'est montré elle-même une figure de la sainte Église, de sorte qu'elle mit au monde un fils tout en restant vierge, comme l'Église devait, de toute éternité, mettre ses membres au monde sans perdre pour autant son état de virginité.» (Saint Augustin, cité in
Thomas Livius,
The Blessed Virgin in the Fathers of the First Six Centuries, p. 269)