Bonjour,
Charles a écrit :
Faut-il considérer que l'interdit sur le porc s'enracine dans une pratique de sacrifice du porc? A-t-on des traces archéologiques de cultes sémites du porc?
"rapidemment"... avant la fuite d'Égypte, les Hébreux habitaient dans la région de Tanis, où le porc était considéré comme un animal sacré et où il existait un culte du porc. Et le culte du porc devait paraître aux Hébreux comme une pratique typiquement égyptienne, un culte idôlatre. Lors de la fête annuelle d'Osiris, on sacrifiait et on consommait cet animal. On lit chez Hérodote (Histoire, II, 47 et 48):
Les Égyptiens regardent le pourceau comme un animal immonde (1). Si quelqu'un en touche un, ne fût-ce qu'en passant, aussitôt il va se plonger dans la rivière avec ses habits; aussi ceux qui gardent les pourceaux, quoique Égyptiens de naissance, sont-ils les seuls qui ne puissent entrer dans aucun temple d'Égypte. Personne ne veut leur donner ses filles en mariage, ni épouser les leurs; ils se marient entre eux.
Il n'est pas permis aux Égyptiens d'immoler des pourceaux à d'autres dieux qu'à la Lune et à Bacchus, à qui ils en sacrifient dans le même temps, je veux dire dans la même pleine lune. Ils en mangent alors. Mais pourquoi les Égyptiens ont-ils les pourceaux en horreur les autres jours de fête, et en immolent-ils dans celle-ci? Ils en apportent une raison qu'il n'est pas convenable de rapporter. Je la tairai donc, quoique je ne l'ignore point.
Voici comment ils sacrifient tes pourceaux à la Lune; quand la victime est égorgée, on met ensemble l'extrémité de la queue, la rate et l'épiploon, qu'on couvre de toute la graisse qui est dans le ventre de l'animal, et on les brûle. Le reste de la victime se mange le jour de la pleine lune, qui est celui où ils ont offert le sacrifice; tout autre jour, ils ne voudraient pas en goûter. Les pauvres, qui ont à peine de quoi subsister, font avec de la pâte des figures de pourceaux; et, les ayant fait cuire, ils les offrent en sacrifice.
(1) Le lait de truie donnait la lèpre ou des dartres à ceux qui en buvaient. Cet animal, qui transpire peu à cause qu'il en est empêché par la graisse, est fort sujet à des éruptions, et porte avec lui le principe de la lèpre. De là cette aversion que les Égyptiens avaient pour le pourceau, et la défense que Dieu fit aux Juifs d'en manger; mais les Juifs n'en immolaient et n'en mangeaient en aucun temps, au lieu que les Égyptiens en sacrifiaient et en mangeaient une fois l'année, à la fêle de la pleine lune. (L.)
48 - Le jour de la fête de Bacchus, chacun immole un pourceau devant sa porte, à l'heure du repas; on le donne ensuite à emporter à celui qui l'a vendu.
Parmi les autres cultes égyptiens, on trouve celui du dieu Seth, souvent assimilé au porc. Seth, c'était le dieu du mal, des orages et de la violence. Les peuples qui vivaient en Palestine l'identifiaient à Baal. Dans la société égyptienne donc, Seth se confond avec le porc: pourquoi? Parce qu'il dévore ses petits. Le porc est lié à la mort, le porc "infanticide" ne peut alors qu'exprimer le mal, un mal contraire aux principes du bien, raison pour laquelle, cet animal ne pouvait pas être livré en sacrifice à un autre dieu que celui du mal et de la violence: Seth.
Pour un hébreu, donc, le culte le plus répugnant était celui qui consistait à offrir une offrande de "sang de porc".
L'offrande de "sang de porc" était assimilée par les hébreux à une pratique idolâtrique, parce qu'à l'époque de l'Exode, Dieu leur avait ordonné justement de rejeter les "immondes et sales idoles de l'Egypte". Si le sang est un principe vital, le "sang de porc" représentait le principe même de la mort.
On lit par exemple, à propos de ceci dans Isaïe 66?
1 - Ainsi parle Yahweh: Le ciel est mon trône, et la terre est l'escabeau de mes pieds quelle est la maison que vous me bâtiriez, et quel serait le lieu de mon repos?
2 - Toutes ces choses, ma main les a faites, et toutes ces choses sont arrivées ainsi a l'existence, -- oracle de Yahweh, Voici celui que je regarde: celui qui est humble, qui a le coeur brisé et qui tremble à ma parole
3 - Celui qui immole un boeuf tue un homme; celui qui sacrifie une brebis égorge un chien; celui qui présente une oblation offre du sang de porc; celui qui fait brûler l'encens bénit une idole. Comme ils choisissent leurs voies, et elle leur âme se comptait dans leurs abominations,
4 - moi aussi je choisirai leur infortune, et je ferai venir sur eux ce qu'ils redoutent, parce que j'ai appelé, et personne n'a répondu ; j'ai parlé, et ils n'ont pas entendu ; ils ont fait ce qui est mal à mes yeux, et ils ont choisi ce qui me déplaît.
Ou encore Ezéchiel, 20, 6:
7 - Et je leur dis: Rejetez chacun les idoles infâmes de vos yeux, ne vous souillez pas par les abominations de l'Égypte.
8 - Je suis le Seigneur, votre Dieu. Mais ils se révoltèrent contre moi et ne voulurent pas m'écouter; ils n'abandonnèrent pas les abominations de l'Egypte. Je pensai à répandre sur eux mon courroux, à épuiser sur eux ma colère au milieu du pays d'Égypte.
Ensuite, sur le chemin qui les a conduit vers la Terre promise, le peuple d'Israël est passé parmi les "nations païennes" et a vu leurs "choses immondes" et leurs "sales idoles"... dont il est probable qu'elles avaient les même caractéristiques générales que celle des Egyptiens.
Deut. 7:26
26 - Tu n'introduiras point une chose abominable dans ta maison, afin que tu ne sois pas, comme elle, dévoué par anathème; tu l'auras en horreur extrême, tu l'auras en extrême abomination, car c'est une chose dévouée par anathème.
Deut. 29, 16-18
16 - Vous savez, en effet, comment nous avons habité dans le pays d'Egypte, et comment nous avons passé au milieu des nations parmi lesquelles vous avez passé:
17 - vous avez vu leurs abominations et leur idoles, bois et pierre, argent et or, qui sont chez elles.
18 - Qu'il n'y ait donc parmi vous ni homme, ni femme, ni famille, ni tribu, dont le coeur se détourne aujourd'hui de Yahweh, notre Dieu, pour aller servir les dieux de ces nations; qu'il n'y ait point parmi vous de racine produisant du poison et de l'absinthe.
Les faux dieux de ces nations étaient donc des "choses immondes".
1 Rois 11, 5-7
5 - Salomon alla après Astarté, déesse des Sidoniens, et après Melchom, l'abomination des Ammonites.
6 - Et Salomon fit ce qui est mal aux yeux de Yahweh, et il ne suivit pas pleinement Yahweh, comme avait fait David, son père.
7 - Alors Salomon bâtit, sur la montagne qui est en face de Jérusalem, un haut lieu pour Chamos, l'abomination de Moab, et pour Moloch, l'abomination des fils d'Ammon.
2 Rois 23, 13
13 - Le roi souilla les hauts lieux qui étaient en face de Jérusalem, sur la droite de la Montagne de Perdition, et que Salomon, roi d'Israël, avait bâtis à Astarté, l'abomination des Sidoniens, à Chamos, l'abomination des fils d'Ammon;
Lorsque les Israélites se sont mis à pratiquer de tels cultes idolâtres, ils se sont rendus "répugnants" aux yeux de Dieu, ils étaient "comme des porcs". Ensuite, en souillant le temple avec les objets de ce culte idolâtre, ils se sont attirés la fureur de Dieu. Pour les Israëlites, le Temple était avant tout la demeure inviolable du Seigneur, et par conséquent toute transformation dans la liturgie au profit d'un culte syncrétique, toute introduction d'une pratique ou d'un objet du culte des idoles étaient une profanation, un blasphème qui rompait la fidélité du culte et faisait planer sur l'ensemble du peuple la terrible menace de l'abandon du Temple par Dieu. Quelle que soit la nature de la profanation, elle entraînait donc une souillure inexpiable du Temple. La révolte des Macchabées est provoquée par la politique d'hellénisation pratiquée par Antiochos IV et par le fait qu'il sacrifie du
sang de porc sur l'autel du Temple...
Jér. 32, 34-35
34 - Ils ont mis leurs abominations dans la maison Sur laquelle mon nom est invoqué, pour la souiller.
35 - Ils ont bâti des hauts lieux à Baal dans la vallée du fils de Hinnom, Faisant passer par le feu leurs fils et leurs filles pour Moloch, Ce que je ne leur avais pas commandé. Et ce qui ne m'était pas venu à la pensée,- Faisant cette abomination pour faire pêcher Juda.
36 - Maintenant donc, touchant cette ville dont vous dites: Elle sera livrée aux Chaldéens, Réduite par l'épée, la famine et la peste...
Les Israélites, en servant les idoles, commettent une "fornication spirituelle" et ils rompent d'eux-mêmes toute communication avec Dieu. Il sacrifient au culte de la "mort".
Jér. 13,27
27 - Tes adultères, tes hennissements, Tes criminelles prostitutions, Sur toutes les hauteurs en pleine campagne, Toutes tes abominations, je les ai vues. Malheur à toi, Jérusalem! Combien de temps encore avant que tu ne sois purifiée?
Les Israélites apostats se signalaient en mangeant du porc... parce que dans la Bible, finalement, les animaux sont catégorisés par rapport à des "animaux de référence". le bétail par exemple (dans une population qui est, à l'origine, pastorale) était catégorisé selon des critères comme "ongulés/pied fendu/ruminant". Ces critères étaient cohérents par rapport à une norme, celle du groupe de l'animal. Par exemple, un animal qui "vole mais qui n'a pas d'ailes" est forcément "impur", etc.
Dans le cas du porc, on a l'exemple d'un animal "domestique" et pourtant "très sale", donc "impur". Un animal qui "mange ses petis" mais qui vit parmi ceux qui ne sont pas "anthropophage"... Dans l'alimentation des israëlites, dans leurs repas, manger cet animal impur aurait été comme renoncer à exprimer la sainteté de leur "assimilation" du monde animal. Alrs que la prescription alimentaire, l'interdition du porc, permet justement de garantir cette sainteté.
Isaïe 65, 4
2 - J'étendais mes mains tout le jour vers un peuple rebelle, vers ceux qui marchent dans la voie mauvaise, au gré de leurs pensées;
3 - vers un peuple qui me provoquait, en face, sans arrêt, sacrifiant dans les jardins, brûlant de l'encens sur des briques,
4 - se tenant dans les sépulcres, et passant la nuit dans des cachettes; mangeant de la chair de porc et des mets impurs dans leurs plats, disant : " Retire-toi ! Ne m'approche pas, car je suis saint pour toi !" Ceux-là sont une fumée dans mes narines, un feu qui brûle toujours.
Ses israëlites pratiquaient donc un culte idolâtrique, s'asseyaient parmi les sépultures (pout communiquer avec les morts), et ils mangeaient du porc.
Dans le judaïsme, il n'y a pas de salut sans effusion de sang. C'est ce qu'explique l'Epitre au Hébreux (9, 22):
19 - Moïse, après avoir proclamé devant tout le peuple tous les commandements selon la teneur de la Loi, prit le sang des taureaux et des boucs, avec de l'eau, de la laine écarlate et de l'hysope, et il fit l'aspersion sur le Livre lui-même et sur tout le peuple, en disant :
20 - " Voici le sang de l'alliance que Dieu a contractée avec vous.
21 - " Il aspergea de même avec le sang le tabernacle et tous les ustensiles du culte.
22 - Et d'après la Loi, presque tout se purifie avec du sang; et sans effusion de sang il n'y a pas de rémission.
La suite du même texte, l'effusion de sang dans le christianisme:
23 - Puisque les images des choses qui sont dans les cieux devaient être purifiées de cette manière, il était donc nécessaire que les choses célestes elles-mêmes fussent inaugurées par des sacrifices supérieurs à ceux-là.
24 - Car ce n'est pas dans un sanctuaire fait de main d'homme, image du véritable, que le Christ est entré: mais il est entré dans le ciel même, afin de se tenir désormais pour nous présent devant la face de Dieu.
25 - Et ce n'est pas pour s'offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre entre chaque année dans le sanctuaire avec un sang qui n'est pas le sien :
26 - autrement il aurait dû souffrir plusieurs fois depuis la fondation du monde; mais il s'est montré une seule fois, dans les derniers âges, pour abolir le péché par son sacrifice.
27 - Et comme il est arrêté que les hommes meurent une seule fois, après quoi vient le jugement,
28 - ainsi le Christ, après s'être offert une seule fois pour ôter les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, sans péché, pour donner le salut à ceux qui l'attendent.
L'interdit alimentaire: le porc est impur, la bête par excellence des cultes idolâtres. Il représente la mort.
Le corps du porc est donc impropre aux sacrifices.
Le sang principe de vie, que l'on ne peut ingérer, est répandu sur l'autel du Temple.
Mais le sang du porc est "interdit" à l'autel - principe de mort que l'on ne peut pas répandre.
Le sang, principe de vie. Le sang du porc, principe de "mort" - souillure ineffaçable.
La levée de l'interdit alimentaire: il n'y a plus de "pur" et d'"impur". Il y a la Vie qui purifie tout.
Le Corps du Christ offert en sacrifice.
Le Sang du Christ, source et principe de la Vie éternelle.
Le Sang du du Christ signe de la nouvelle Alliance, versée sur l'autel de la nouvelle Alliance.
Le Christ venu accomplir la figure pascale du salut en répandant son sang (le sang des agneaux sur les montants des portes dans Exode 12).
Le Christ venu accomplir la figure du sacrifice de l'Alliance célébré au Sinaï en répandant son sang (le sang des victimes aspergé sur le peuple par Moïse dans Exode 24).
L'Eglise vit de ce sang versé par le Christ. Elle le boit.