Je viens de prendre connaissance de ce blog, discret certes mais pas mal relayé par des sites prétendument prophétiques (voir new-âge) sous l'aspect de révélations christiques, servant à appuyer tout et n'importe quoi. Cela fait assez sandwich, de belles choses en guise de tranches de pain, quelques couches d'aliments édifiants et au milieu un contenu parfois limite ou hétérodoxe. Dans l'un des sujets, que je ne cite pas volontairement, j'ai même trouvé des arguments en rupture avec le dernier Concile.
Le problème serait de mêler ce qui relèverait de la révélation privée et de la prophétie, cette dernière pouvant être : fausse prophétie ou prophétie mêlée.
Voyons déjà ce que dit le CEC, se référer au Magistère avant notre avis devrait être un réflexe :
§ 523 : Saint Jean le Baptiste est le précurseur (cf. Ac 13, 24) immédiat du Seigneur, envoyé pour Lui préparer le chemin (cf. Mt 3, 3). " Prophète du Très-Haut " (Lc 1, 76), il dépasse tous les prophètes (cf. Lc 7, 26), il en est le dernier (cf. Mt 11,13), ...
Jean le Baptiste achève donc le cycle des prophètes inauguré par Elie (cf. Mt 11, 13-14), le charisme de prophétie au sens vétérotestamentaire s'est terminé avec lui. C'est à dire Dieu guidant/corrigeant son peuple directement par eux.
Certains se rappelleront que nous sommes prophètes par notre baptême, d'ailleurs le charisme de prophétie est considéré comme un charisme ordinaire. Alors qui sont les prophètes d’aujourd’hui ?
Tout d'abord ils ne sont pas des personnes qui prédisent l’avenir ou qui sont chargées de donner l'actualité de Dieu. Ce n'est donc pas avec ce sens que j'utiliserai les mots «prophète» ou «prophétie».
Mais celui qui prophétise parle pour les hommes : il est constructif, il réconforte, il encourage. - 1Co 14,3
Etre prophète, ce n'est donc pas parler pour Dieu mais porter la Parole de Dieu. Le prophète est un messager au milieu des hommes qui rappelle l’Alliance : l’Amour de Dieu est premier et la réponse des hommes, c’est la foi.
Par conséquent, les baptisés sont amenés à dénoncer ce qui s’oppose à cette Alliance, à avoir le sens de l’engagement, le sens du témoignage, repérer les enjeux afin de dire et agir pour changer les choses, faire de la catéchèse, annoncer la Bonne Nouvelle à temps et à contretemps y compris dans un contexte indifférent ou hostile.
Et tout cela de manière toujours conforme à la Parole donnée dans l’Écriture
et à la Tradition; sinon il s’agirait d’une fausse prophétie.
Ensuite, il n'est pas nécessaire de paroles, on peut aussi être prophète en actes quand nos agissements sont comme une continuation de l’Incarnation de la Parole divine, et conformément à la charité. Par exemple, on peut très bien être tenu professionnellement à des contraintes de discrétion tout en témoignant avec un comportement qui laisse deviner que c’est le Christ qui vit en nous, ou s'en interroger pour les plus éloignés de la foi.
La fausse prophétie, elle, trouve son origine dans l’esprit malin ou l’esprit humain. Poussés par le premier ou par l'orgueil du second, elles peuvent être dites et laisser penser qu’elles viennent de Dieu, alors qu’il n’en est rien. Mais à l’aboutissement, on constate que les messages ne portent pas de fruits, sont des paroles vides ou qu'ils flattent et troublent (Mt 24,24); ce sont de faux messages.
Et puis il y a les prophéties mêlées, vraies mais dans laquelle on ajoute ses propres pensées. Cela arrive par manque de discernement pour dégager ce qui vient de Dieu et ce qui n'en vient pas. Ce n’est pas très grave, mais il ne faut pas se laisser prendre au piège par l’esprit malin qui nous pousse toujours à l’orgueil au point de détruire la vraie prophétie.
Pour les révélations privées, c'est à l'Église de discerner. Nous ne sommes jamais à l'abri d'être individuellement trompés par nos passions car tel point est plaisant, tel point coche la même case que moi, tel point m'a remué alors tout le reste peut suivre avec, etc. Il faut garder toujours un certain recul et une certaine humilité à lui laisser cette mission qui est la sienne.
A titre personnel, il n'est pas impossible que ce soit des prophéties mêlées ce qui expliquerait certains écarts. Ce qui ne va pour autant me faire plonger dedans car vouloir connaître à l'avance n'est-ce pas aussi une forme de fatalisme ou de divination; et donc contraire au premier commandement ? Or, nous ne devons pas être fatalistes car nous croyons à l'avenir que Dieu nous offre et aussi que nous y participons.