Re: Que veut dire "vraie" quand on parle d'une vraie religion?
Publié : jeu. 10 juin 2021, 15:11
.
Pour l'intelligence de la foi
https://cite-catholique.org/
Cher prodigal,prodigal a écrit : ↑mer. 09 juin 2021, 19:10 Mais votre réponse est néanmoins très intéressante. Est-ce que j'extrapole si je dis que pour vous une vraie religion est une religion capable de produire une "certitude morale" quand on l'examine? Est-ce une condition nécessaire, ou bien suffisante, ou bien les deux?
Je ne prétends pas que la foi ne pourrait s'accompagner d'une réflexion. Vous remarquerez d'ailleurs comme moi que l'activité intellectuelle des auteurs chrétiens, depuis les premiers temps du christianisme, a été plutôt soutenue. La foi serait mise en péril, en revanche, si l'on cherchait à établir la vérité de la révélation par un raisonnement intellectuel, car c'est totalement impossible.prodigal a écrit : ↑jeu. 10 juin 2021, 12:19 Chère Suliko,
que veut dire "tous ces enseignements"? Ce n'est pas pour vous piéger mais l'Eglise enseigne bien des choses, et parfois son enseignement est remis à jour, vous ne cessez d'ailleurs de vous en plaindre.
Donc, avant de poursuivre, il faudrait savoir quelle est la liste des enseignements qui comptent.
Mais je rappelle, une fois de plus, que mon sujet n'a pas pour but de se demander si le catholicisme est vrai ou faux, mais de savoir ce que veut dire "vrai" quand on parle d'une vraie religion. Je comprends votre intervention comme suit, en espérant ne pas la déformer. Pour vous, "vrai" signifie "dont les dogmes et les enseignements moraux sont vrais". Tous? Même ceux du pape François?![]()
Cher Ademimo,
je retiens que pour vous "vrai", quand il est appliqué à une religion, est synonyme de "révélé", à cette réserve près qu'il y a de fausses révélations. Est-ce bien cela?
Sinon, permettez-moi de ne pas être d'accord avec vous à propos de la foi. Il me semble que questionner ou réfléchir font partie de la démarche de foi, pourvu que ces efforts intellectuels ne visent pas à contester les points de foi sur lesquels porte la réflexion, mais à mieux les comprendre. Sinon, on serait encore une fois fidéiste, n'est-ce pas?
Ce que vous appelez le "cœur" n'est autre que l'effet surnaturel de la Grâce par laquelle Dieu vous a amené à la vraie foi, selon la doctrine catholique. Il n'est pas possible à l'homme de parvenir jusqu'à Dieu par ses propres moyens intellectuels (sinon la Croix, et même la Révélation, aurait été inutile).prodigal a écrit : ↑jeu. 10 juin 2021, 17:12 Vous êtes amusant.
Mais vous ne répondez pas à ma question.
Vous dites que l'évidence de la foi ne peut être saisie réflexivement que comme une intuition. Je passe sur votre "démonstration", je n'en ai pas besoin. Faites-vous croire qu'elle est brillante si cela vous fait plaisir, mais l'essentiel pour notre discussion est que nous ayons trouvé un point d'accord, grâce à vous : si je m'interroge réflexivement sur ma foi et ce qui en constitue l'évidence, je ne trouverai rien d'autre que le cœur, comme disait notre ami Blaise Pascal, et certainement pas une démonstration. Or, ce que Pascal appelle le cœur est la faculté par laquelle nous saisissons intuitivement la vérité. Nous sommes donc d'accord tous les trois, vous-même, Pascal et moi (j'espère que vous ne m'en voudrez pas de vous infliger pareille compagnie).
Peut-on maintenant rapporter ce point d'accord au sujet?
Hélas non, je ne le crois pas. Ou alors il faudrait dire que ce qui constitue la vérité d'une religion c'est qu'elle enseigne quelques propositions intuitives se rapportant à la divinité. Si tel est le cas (ce que je ne crois pas), hormis quelques sectes païennes, toutes les religions sont vraies.
Bien sûr que si, que l'on peut le prouver !Et personne ne peut prouver que la révélation de Mahomet est vraie ou fausse.
Excusez-moi, Suliko, si j'ai dit une bêtise, mais comment peut-on le prouver ?
Je ne visais pas que vous.Excusez-moi, Suliko, si j'ai dit une bêtise, mais comment peut-on le prouver ?
Ne m'en voulez pas, Suliko, mais je ne suis pas tellement d'accord avec vous sur ce point. L'islam fournit sa propre version des faits. À partir de là, il est impossible de vérifier quoi que ce soit.Suliko a écrit : ↑jeu. 10 juin 2021, 20:02Je ne visais pas que vous.Excusez-moi, Suliko, si j'ai dit une bêtise, mais comment peut-on le prouver ?
Sinon, c'est simple : l'islam se veut en continuité avec le judaïsme et le christianisme. Or, ce n'est pas le cas. Sa vision de Jésus est totalement improbable d'un point de vue historique. Cela règle la question.
Bien sûr que si que l'on peut vérifier les prétentions islamiques ! Leur description de Jésus ne correspond tout simplement pas du tout à ce qu'en disent les sources de l'époque. L'islam suppose littéralement que les propres disciples du Christ ont été bernés et que non contents d'avoir été bernés, ils ont répandu leur faux culte un peu partout (sans compter que l'islam considère que le message de Jésus était tourné uniquement vers Israël, ce qui est contredit par l'universalisme des premiers chrétiens...). Il n'y a rien qui va dans leur vision de Jésus et leur compréhension du Messie. Vous savez bien que les Juifs n'attendaient pas un prophète non-juif, et encore moins un prophète non-juif postérieur au Messie tant attendu ! Or, les musulmans affirment que Jésus était le Messie...Ne m'en voulez pas, Suliko, mais je ne suis pas tellement d'accord avec vous sur ce point. L'islam fournit sa propre version des faits. À partir de là, il est impossible de vérifier quoi que ce soit.
L'Eglise n'a au contraire jamais tenu un tel discours, qui revient à tout relativiser...Voilà pourquoi tout repose absolument sur la Foi. Il ne me semble pas que l'Église ait un jour tenu un autre discours. Rien de relativisme là dedans, bien au contraire.
etProdigal :
Je ne cherche pas non plus quelle est la vraie religion, comme je l'ai redit dans mon message précédent, mais ce que veut dire "vraie" quand on parle de "vraie religion", étant donné que selon Aristote seul un jugement peut être vrai ou faux, et donc pas une institution.
Qu'est-ce qui serait vrai dans ce contexte ? Comment ce pourrait l'être ?Cependant, en creux, vous m'avez aiguillé vers une piste qui me semble très prometteuse. Une vraie religion, je vous cite même si ce n'est pas tout à fait le même contexte, renvoie à la vérité de la relation avec Dieu. Évidemment la réflexion ne demande qu'à continuer, pour préciser ce qu'est cette relation avec Dieu, comment est-elle possible et comment peut-elle être vraie.
Mais déjà à ce stade il me semble que vous dites quelque chose d'important. Une religion a pour mission, dirais-je (dites-moi si cela vous convient) de nous orienter vers Dieu, afin de mieux le connaître, de l'adorer et de le servir. "Vrai" ou "faux", dans ce contexte, ne qualifierait pas tant une religion dans sa globalité que la fidélité à cette mission, tout ce qui contribue à nous rapprocher de Dieu étant juste, bon et vrai, tout ce qui nous en éloigne étant le contraire.
Cher ademimo, permettez-moi une petite objection.Cinci a écrit : ↑ven. 11 juin 2021, 3:01 Le christianisme a rendu possible comme l'élaboration d'une sorte de discours rationnel et critique au sujet de Dieu et au sujet du monde en même temps et qui se nomme la théologie, et sans se départir de l'exigence de vérité. Le christianisme est vrai dans la mesure ou il crée une sorte d'espace (Safe space) dans lequel peuvent respirer une foule de disciplines pouvant se croiser et dialoguer entre elles (histoire savante, archéologie, sociologie, anthropologie, psychologie, la philosophie, etc.) Le christianisme donne le sens qui permet d'unifier le tout d'une manière heureuse.
Le christianisme est vrai (entre autres) pour ces raisons-là, par opposition à la religion des talibans qui sera dite fausse. Parce que les talibans avec leur religion ne peuvent absolument pas produire une religion universelle, aimable et souriante envers les Grecs, les païens, les théologiens savants et critiques, les archéologues curieux qui viennent remuer les vieilles légendes, les collectionneurs de palimpsestes.
Il ne sera pas moyen d'apparier la religion des talibans d'une manière heureuse ni avec la morale naturelle ni avec les développements plus poussés du droit. Ici la religion fausse apparaîtra plutôt comme une superstition et un obscurantisme. C'était déjà l'objet de la critique des religions (mythes religieux) de la part des philosophes grecs, ceux ne pouvant admettre des comportements immoraux chez les dieux. Le christianisme intègre la critique des Grecs, ce que ne fera pas des cultes animistes, certaines religions ancestrales ou les dieux du panthéon hindouiste.(...
Donc, la religion est vraie parce qu'elle s'accorde avec tout ce que l'on peut déjà tenir pour vrai ou valable dans l'étude du monde comme dans le domaine des rapports humains individuels (morale, justice, les besoins fondamentaux). Le sens, la beauté : autant de besoins qui exigent satisfaction. La vraie religion pénètre le tout et le dépasse à la fois. Un peu comme l'expression de l'âme dans le corps.