Re: Aimer ses ennemis
Publié : mar. 04 oct. 2022, 18:47
Merci de reprendre votre fil, Didyme. Si je vous comprends bien, on cherche à provoquer le bien chez autrui, en niant qu'il y ait eu malfaisance de sa part. Je suis d'accord, cela ne change pas les cartesDidyme a écrit : ↑sam. 01 oct. 2022, 19:33 Pour reprendre un ancien message sur le sujet :
Didyme a écrit :En ce qui concerne la haine, si on sort de l'aspect théorique et qu'on considère l'empirisme, force est de constater que lorsque l'on hait d'une haine vindicative un objet, on accorde à cet objet un pouvoir sur nous, il devient l'objet de notre attention, de notre intérêt et on se lie par la haine à cet objet. On se laisse enfermer par la haine à ce mal que l'on hait.
Quand je considère la Passion du Christ, le Christ qui est liberté ne s'est pas laissé enfermé dans le mal par la haine. Il n'a pas exprimé la moindre haine sur le chemin de la Passion.
C'est un peu la même dynamique que l'on peut trouver dans la démarche du pardon. Quand on refuse de pardonner, on ne peut se libérer du mal qu'on nous a fait.
On est pris dans une quête de justice, de réparation. Mais on s'y trouve piégé, pris dans une spirale dont on ne parvient pas à sortir. Comme chercher une issue dans une impasse. Et ça engendre de la colère.
Parce que dans la recherche de justice il y a comme une volonté que ce qui a été fait ne soit pas. Mais c’est vain, on ne peut pas faire que ce qui a été fait n’ai pas eu lieu. On ne peut pas changer, même si c’est difficile à accepter.
Il y a une recherche de réparation dans un désir de faire payer à l’autre pour le mal qu’il nous a fait. Mais si cela peut apaiser en surface, on retombe dans la même spirale car obtenir réparation, faire payer l’autre n’enlève en rien ce qui a été fait. On souffre et on transmet de la souffrance, ou comme dirait Denis Marquet « Tout le monde se défend », on transforme alors la souffrance en violence, mais la spirale n’est pas brisée car la souffrance demeure. Et ce qui a été fait n’a pas disparu.
On recherche une solution dans ce qui ne peut en donner.
C’est là peut-être que le pardon se fait nécessaire. Pas pour les autres mais pour soi. Pas pour justifier le mal qui a été fait mais pour ne plus laisser ce mal nous ronger et nous maintenir prisonnier, pour le laisser enfin derrière et avancer.
Le pardon c’est aussi une façon de repartir de l’avant, de laisser le passé derrière, de ne plus le laisser polluer le présent ni nous faire souffrir.
En fait, tant qu’on ne pardonne pas, l’autre continue de nous faire du mal. On veut faire payer le mal mais c’est le mal qui nous fait payer, encore et encore. Au lieu de s’autoriser à vivre, de se libérer du mal, on laisse ce mal poursuivre son œuvre, nous tourmenter, nous ronger.
Le pardon c’est rendre le mal impuissant, ne plus lui accorder comme une importance vitale à laquelle on s’accroche, mais lui donner ce qu’il vaut vraiment, « rien », du mépris, et s’en distancier, s’en détacher, s’en distinguer.
Je pardonne parce que ce mal ne « mérite » pas que je m’y consacre, ne mérite pas qu’on lui accorde une quelconque valeur.
Et là encore, je retrouve l'analogie dans la Passion, le Christ mort pour le pardon des péchés. Ou dit autrement pour réduire le mal à l'impuissance, vaincre le péché.