Teano a écrit :Il faudrait que j'essaye à nouveau le confessionnal alors...
Vous ne risquez rien d'essayer. Vous êtes au pied de la croix, à genoux, avec Jésus. Vous avez porté un jour un regard sur lui, vous lui avez parlé en copain, en ami, et depuis, c'est toujours qu'il reste fidèlement votre ami, qu'il vous regarde avec Son Amour. Vous pouvez l'oublier, il ne vous oubliera plus jamais. C'est votre ami, et il est partout avec vous. Oh bien sûr il arrive que nous ne disions pas tout, que nos vies changent, qu'on délaisse, qu'on tourne la page, mais Il a l'ouïe fine...
Ce sera peut-être plus bouleversant pour vous, car ensuite, vous vous rendrez compte dans la pénitence, combien il vous a toujours parlé, à vous, Claire, à vous en particulier parce que chacun est unique au regard de Jésus-Christ. Et combien prient pour vous, ont prié pour vous et qui ne sont peut-être plus? Cette intimité est comme le regard que nous portons de passage sur une peinture admirable que nous découvrons, et soudain, c'est autre chose que nous découvrons, plus que le peintre, plus que la peinture, une part de silence qui se fait chuchotement, qui se fait confidences, qui se fait instant d'éternité, qui se fait par lui-même. Faites surtout comme vous le ressentez, ce n'est pas important, l'apparence. Si vous êtes bien dans cette forme, c'est bien, c'est très bien. Fia voluntas tua!
Teano a écrit :Ma foi est certainement faible, mais j'ai aussi besoin de sentir la charité fraternelle du prêtre pour la pénitente que je suis.
Mais nous le sommes tous, et plus que vous, surtout les hommes qui ne comprennent souvent rien à rien, contrairement aux femmes. Sans la prière des humbles, que deviendrait le monde?
Deux petites histoires vraies dont je rends témoignage maintenant. Un jour, une vieille chapelle, datant du VIII siècle, pas plus, toute petite, ronde, le dallage défoncé, abandonnée mais ouverte, alors que nos églises de campagne sont presque toutes toujours fermées. Jamais je ne me suis senti en aussi bonne compagnie, dans une intimité avec Notre Seigneur sans limite. J'ai sorti mon chapelet et j'ai prié si longtemps sans m'en rendre compte. Et quand je suis sorti, c'était le couchant, c'est de cette minuscule chapelle que j'ai découvert que le monde entier à perte de vue était en prière et en majesté à l'infini. Le vent fort était devenu si bon, et cette ruine de maison un peu plus loin, si belle et tellement vivante.
Une autre fois, pareil, une vieille chapelle fermée à clef, les villageois me l'avaient dit, "elle est toujours fermée depuis des années", et j'y suis monté, en hauteur du village, dans une rue bien étroite raide, j'ai ouvert, et la porte s'est ouverte. J'étais étonné, alors que faire? Entrer ou ressortir en signalant que la serrure ne fonctionne plus? Je suis entré, et au bout d'un moment, il y avait un prêtre en soutane, qui lisait dans le confessionnal à l'entrée et que je n'avais pas vu. Je l'ai regardé, médusé, et il m'a dit en souriant:
- Vous êtes ici chez vous.
Puis il a continué à lire en paix.
Ce n'était pas une vision, et depuis j'aime bien regarder un confessionnal, une infinie tendresse m'envahit.