le bon Seb a écrit :Bonjour Sursum Corda,
ils l'ont tous été en fait.
Ce qui était reproché à ces écrit, selon l'Osservatore Romano du 6 janvier 1960 qui a commenté cette mise à l'index, c'était le trop grand écart qui existait entre ce que les évangiles nous révélaient de Jésus et de Marie et le portrait qu'en brossaient les écrit de Maria Valtorta.
Les quatre Évangiles nous présentent un Jésus humble et réservé ; ses discours sont brefs et incisifs, mais tombent toujours juste. Par contre, dans cette espèce d'histoire romancée, Jésus est loquace au maximum, presque sur un ton publicitaire, toujours prêt à se proclamer Messie et Fils de Dieu, et à donner des leçons de théologie dans les mêmes termes que ceux qu'emploierait un professeur de nos jours.
De même à propos de la Vierge Marie « l'humilité et le silence de la Mère de Jésus » que l'on trouve dans le Nouveau Testament s'oppose à l'ouvrage de Maria Valtorta, où « la Très Sainte Vierge a la faconde d'un propagandiste d'aujourd'hui » et où elle apparaît omniprésente, « toujours prête à donner des leçons de théologie mariale qui suivent les développements les plus récents des spécialistes actuels en la matière ».
Enfin, les développements théologiques de Maria Valtorta frôlent « l'hérésie avérée » au sens où elles comportent « certaines… perles qui certes ne brillent pas par leur orthodoxie catholique ». Par exemple, le journaliste relève que Marie est définie dans l'ouvrage comme « la seconde née du Père » à plusieurs reprises, sans d'ailleurs que cette formule soit explicitée. La vision de la Trinité s'exprime dans un « concept hermétique et [...] confus », et « l'impression reste qu'on veut construire une nouvelle mariologie ». Il semble que Maria Valtorta accorde à Marie une place incompatible avec le dogme catholique car il lui est dit : « Pendant le temps que tu resteras sur la Terre, c'est toi qui seconderas Pierre comme hiérarchie ecclésiastique. »
Voir à ce sujet l'article de wikipédia consacré à Maria Valtorta.
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D'un point de vue personnel, je trouve qu'utiliser Wikipedia pour juger d'une oeuvre de ce type est un peu léger comme conclusion. Replongeons nous dans l'histoire réelle, et on s'appercevra de l'approbation ( à caractère personnel certes) des Papes sur l'oeuvre.
"L’oeuvre de Maria Valtorta, avant même d’être achevée, commença à être en difficulté avec la hiérarchie ecclésiastique. C’est le Père Migliorini qui devait en être la cause involontaire.
Le Père Romualdo M. Migliorini, un saint prêtre selon les souvenirs qu’en ont gardés ses confrères et tous ceux qui l’ont connu, ne se contentait pas d’aider Maria Valtorta spirituellement, mais prit sur lui de transcrire à la machine ses cahiers autographes. Dans son application à ce travail, il fut pris d’un enthousiasme croissant pour Ces écrits, au point d’en faire une distribution imprudente en fascicules dactylographiés: geste auquel le Père Berti, dans son langage coloré, donna le nom significatif de "becquée", passe à l’histoire..
En 1947, les Pères Migliorini et Berti, confrères dans l’ordre des Servites de Marie, réussirent à faire parvenir au pape Pie XII les 12 volumes dactylographiés de l’oeuvre. Après avoir pris connaissance du texte personnellement, le pape accorda une audience spéciale aux deux religieux et à leur prieur le Père Andrea M. Cecchin, en février 1948.
Son jugement était favorable. Aussi conseilla-t-il de publier l’oeuvre sans rien enlever, pas même les déclarations explicites de rapporter des "visions" et des "dictées"; mais en même temps il n‘approuva pas le texte d’une préface qui parlait d’un phénomène surnaturel. Selon le conseil du pape, toute interprétation devait être laissée au lecteur: "Qui lira comprendra".
Rassurés par une telle réponse en haut lieu, les deux religieux se mirent en frais pour chercher un éditeur. Après quelques démarches sans résultat, leur enthousiasme les conduisit à l’imprimerie polyglotte vaticane. Ils y trouvèrent une bonne disposition à accepter le travail, qui, cependant, devait être soumis préalablement au Saint Office, où l’oeuvre finit par être sévèrement et inexplicablement bloquée en 1949.
Mais à la mort de Pie XII et après l’élection de Jean XXIII, qui favorisait une décentralisation marquée du gouvernement de l’Eglise par rapport à ses dicastères, les hostilités assoupies semblèrent se ranimer. La mise à l’index éclata comme un coup de foudre dans un ciel bleu, sans le préavis normal d’une admonition. Le décret de condamnation par le Saint Office était publié en première page de L ‘Osservatore Romano du mercredi 6 janvier 1960, Epiphanie du Seigneur, où paraissait aussi un article d’une colonne entière,
sans signature, portant le titre:
"Une vie de Jésus mal romancée".
Le contenu de cet article, que nous pouvons, après 20 ans, relire avec une sérénité éprouvée, correspond à son titre, puisqu’il ne signale aucune erreur substantielle dans l’oeuvre.
L’auteur
anonyme de l’article, après avoir fait remarquer l’absence de l’imprimatur, prescrit pour une telle publication, et l’inconsistance du rapprochement avec Dante que fait l’éditeur dans sa brève préface, décrit l’oeuvre comme n’étant qu’une longue vie de Jésus, prolixe et romancée, et dénonce l’abus de confiance dont auraient été victimes les illustres personnalités qui lui ont accordé leur appui. Il expose ensuite les motifs, qu’il dit facilement reconnaissables à tout lecteur armé d’une patience de bénédictin, pour lesquels le Saint Office a cru nécessaire de mettre l’oeuvre à l’Index des livres défendus (nous mettons en italique tous les passages de l’article):
* la longueur des discours attribués à Jésus et à la très sainte Vierge; les interminables dialogues entre de nombreux personnages
* Jésus est loquace à l’extrême, en véritable publicitaire, toujours prêt à se proclamer Messie et Fils de Dieu et à faire des exposés de théologie dans les termes mêmes qu ‘emploierait un professeur de nos jours
* la très sainte Vierge a la faconde d’une propagandiste moderne; elle est présente partout, toujours prête à donner des leçons d’une théologie mariale mise à jour selon les plus récentes études des spécialistes actuels en la matière
* le récit se déroule au rythme lent de vains bavardages; on y trouve de nouveaux faits, de nouvelles paraboles, de nouveaux personnages et tout un cortège de femmes à la suite de Jésus
* quelques pages... plutôt scabreuses (dont deux exemples sont donnés: la confession de la pécheresse Aglaé à la Vierge Marie et une danse exécutée devant Pilate) suscitent imprévisiblement cette remarque particulière: l’oeuvre.., pourrait facilement tomber entre les mains de religieuses et des étudiantes de leurs collèges. Dans ce cas, la lecture de passages de ce genre... pourrait difficilement être faite sans danger ou dommage sur le plan spirituel
* les spécialistes des études bibliques y trouveront certainement beaucoup d’erreurs historiques, géographiques et autres (qui cependant ne sont pas indiquées) ( NDC : Par la suite, les fouilles archéologiques menées sur les sites décrits par Maria Valtorta confirmèrent la réalité des visions)
* au milieu d’un si grand étalage de connaissances théologiques, on peut cueillir quelques perles qui ne brillent certes pas par leur orthodoxie catholique; et on en énumère quatre: 1) ici et là s‘exprime, au sujet du péché d’Adam et Eve, une opinion plutôt extravagante et inexacte; 2) l’affirmation que Marie peut être appelée la seconde-née du Père est suivie d’une explication qui, tout en évitant une hérésie authentique, n‘enlève pas l’impression fondée qu‘on veut construire une nouvelle mariologie qui dépasse facilement les bornes de la conformité théologique; 3) à propos d’une définition du Paradis qui y est donnée, on présente une notion hermétique et plus confuse que jamais, ce qui est heureux, car si on devait la prendre à la lettre, elle n‘échapperait pas à une censure sévère; 4) une autre affirmation au sujet de la sainte Vierge est qualifiée d’étrange et imprécise, mais on ne fait que la citer
* l’oeuvre aurait donc mérité une condamnation même s’il ne se s'agit que d’un roman, ne serait-ce que pour des raisons d’irrévérence
* mais en réalité l’intention de l’auteur va plus loin encore... l’auteur se révèle une femme qui déclare avoir été témoin de tout le temps messianique et se nommer Maria. Ces mots évoquent des souvenirs d’il y a environ une dizaine d’années, alors que circulaient certains textes dactylographiés volumineux, qui contenaient de prétendues visions et révélations. On sait qu‘alors I‘autorité ecclésiastique compétente avait défendu l’impression de ces textes dactylographiés et avait ordonné qu’ils soient retirés de la circulation. Et maintenant nous les voyons reproduits presque en entier dans la présente oeuvre. Cette condamnation publique de l’oeuvre par la Suprême Sacrée Congrégation est donc d’autant plus opportune, qu‘ils ‘agit de désobéissance grave.
Tels sont les passages essentiels que nous avons retenus de l’article. Faisons maintenant les observations suivantes (les citations sont encore en italique):
1) L’auteur anonyme de l’article n’a pas réussi à trouver dans ces quelques 4 OOO pages imprimées en petits caractères, ne serait-ce qu’une seule erreur véritable et précise, mais seulement: quelques perles qui ne brillent certes pas par leur orthodoxie catholique; une opinion plutôt extravagante et inexacte; une affirmation dont l’explication limite le sens, tout en évitant une hérésie authentique; l’impression fondée qu‘on veut construire une nouvelle mariologie; une notion hermétique et plus confuse que jamais, de sorte que, si on devait la prendre à la lettre, elle n’échapperait pas à une censure sévère; une autre affirmation étrange et imprécise; des raisons d’irrévérence.
2) Il laisse échapper des éloges de l’oeuvre qui feraient l’envie de tout auteur religieux:
Des leçons de théologie dans les termes mêmes qu‘emploierait un professeur de nos jours; des leçons d’une théologie mariale mise à jour selon les plus récentes études des spécialistes actuels en la matière; un si grand étalage de connaissances théologiques.
3) Il énonce une contre-vérité lorsqu’il affirme que, dans cette oeuvre, Jésus est loquace à l’extrême, en véritable publicitaire.., et que la très sainte Vierge Marie a la faconde d’une propagandiste moderne, est présente partout....
4) Il se montre superficiel ou incompétent en critique littéraire, à laquelle d’ailleurs il aurait dû renoncer, car elle ne peut apporter aucun critère qui ait sa place dans une censure ecclésiastique.
5) Il affirme, dans sa conclusion, le caractère avant tout disciplinaire des dispositions prises par le Saint Office.
Si le décret de condamnation issu de la Suprême Sacrée Congrégation du Saint Office nous chagrinait comme catholiques, nous étions cependant rassurés par cet article qui en expliquait les motifs. Nous nous sommes aussitôt rendu compte que l’Eglise, en frappant l’oeuvre de Maria Valtorta par une mesure légitime mais étrangère à son magistère infaillible, ne faisait que répéter un geste plusieurs fois posé dans son histoire, et toujours mystérieusement permis par Dieu, contre des personnes et des écrits dont, par la suite, elle aurait à se glorifier. Nous l’acceptâmes en silence.
En décembre 1961 après la parution des premiers volumes de la nouvelle édition qui allait en compter dix, le Père Berti fut de nouveau convoqué par le Sainte Office. Il y trouva une atmosphère de dialogue qui lui permit, entre autre, de rapporter les paroles de Pie XII en 1948 et de montrer
les témoignages favorables qu’avaient formulés quelques personnalités, parmi lesquelles il y avait trois conseillers du même Saint Office: le Père Bea (devenu cardinal), Monseigneur Lattanzi et le Père Roschini. Suite à la demande qu’on lui fit d’un rapport et de quelques documents, le Père Berti dut retourner au Saint Office à quatre reprises en janvier 1962. Il put toujours s’entretenir avec le vice-commissaire, le Père Giraudo, dominicain, et en
obtint, enfin, un jugement qui avait la forme d’une autorisation modérée: "Nous verrons comment l’oeuvre sera accueillie".
Puis ce fut l’annonce d’un Concile oecuménique, et l’Église tourna ailleurs son attention. L’oeuvre de Maria Valtorta s’étant relevée du coup qu’elle avait subi, avait déjà repris le chemin, lent, silencieux et continu, de sa diffusion. Elle recueillit sans cesse des approbations et sema un bien incalculable pendant tout le pontificat de Paul VI. En 1966, l’Index des livres défendus fut supprimé et la censure des lecteurs et éditeurs qui en découlait fut abrogée, en vue d’une révision de toute la question, laquelle aboutit à une nouvelle réglementation en 1975.
Vers la fin de l’année 1978, un monseigneur de la Curie romaine, lecteur et amateur profond de l’oeuvre, et ami déjà du cardinal Wojtyla, conseillait à l’éditeur Emile Pisani d’offrir en hommage au Saint Père Jean-Paul II les dix volumes de l’oeuvre valtortienne. En janvier 1979, ce même monseigneur porta au palais apostolique le coffret contenant les volumes reliés, accompagnés d’une longue lettre écrite par lui-même et d’une autre plus brève de l’éditeur. Nous tentions ainsi de nous approcher du nouveau Pontife, qui aime tant le contact direct avec les fidèles et avec toute personne, sans discrimination aucune. Mais nous avons raison de croire que cette initiative, inspirée d’un sentiment sincère de dévouement filial, a été bloquée par la Secrétairerie d’Etat.
Il nous reste, pour le moment, la consolation de voir l’expansion prodigieuse de l’oeuvre de Maria Valtorta qui, sans recours à la publicité, rejoint ses lecteurs en Italie et à l’étranger, jusque dans les pays les plus éloignés, et nous en rapporte des échos du bien profond qu’elle accomplit dans les consciences, les éveillant à l’amour de Jésus-Christ et de son Eglise. Il y a là les signes d’une approbation qui, à nos yeux, commence à avoir une valeur ecclésiale, parce qu’elle montre que le peuple de Dieu, qui est Eglise, a reconnu l’oeuvre comme les disciples d’Emmaüs reconnurent le Seigneur, et il ne peut s’en détacher. Cette approbation prend du poids, lorsque, parmi ces fidèles lecteurs inconnus, ressortent des personnalités de renom qui attestent la grandeur de l’oeuvre, l’expliquent et s’en portent garantes. On ne peut les contredire sans porter atteinte à l’estime qu’a le monde catholique pour les champions de la doctrine sûre et des saintes moeurs."
Ecrit par Emile Pisani (Isola del Liri, Italie, 1981)
Bien Fraternellement
Séraphin