Dans l'interview de Mgr Ranjith (
fil ici), celui-ci dit :
Avec cette question nous touchons à un point douloureux. En réalité, il s'agit d'un problème pratique: la valeur des normes et des indications contenues dans les livres liturgiques n'a pas encore été pleinement comprise par tous dans l'Eglise. Je donne un exemple. Ce qui doit se faire à l'autel est clairement expliqué dans les textes liturgiques; mais tout le monde ne prend pas ces indications au sérieux; dans les faits, il y a donc une certaine tendance à penser que la "créativité" est la règle qu'il faut suivre depuis la réforme post-conciliaire. Or ceci n'est pas permis par les normes. Voilà pourquoi en certains endroits la liturgie est davantage le reflet de l'humanisme et de l'immanentisme que le reflet du christocentrisme. La vérité est tout autre: un authentique anthropocentrisme doit être christocentrique. Ce qui se déroule sur l'autel est quelque chose qui ne vient pas de nous: c'est le Christ qui agit, et cette figure centrale du Christ soustrait la liturgie de notre façon arbitraire de faire. Nous sommes absorbés et nous nous laissons absorber par cet acte, au point qu'à la fin de la prière eucharistique, nous pouvons conclure par la doxologie: "par Lui, avec Lui, et en Lui".
La "créativité, comme cela vient d'être dit, n'est pas permise par les livres liturgiques. Elle a sa source dans une interprétation erronée des textes, ou plutôt dans une connaissance insuffisante de ce qu'est la liturgie. Il faut rappeler qu'une des caractéristiques de la liturgie est d'être "conservatrice" - mais il ne faut pas donner une connotation négative à ce terme, comme le font certains aujourd'hui -. Des textes de l'Ancien Testament émerge la notion de fidélité aux rites; et Jésus lui-même se montre fidèle aux rites reçus de ses pères dans la foi. Par la suite, l'Eglise va poursuivre dans cette voie de la fidélité. Saint Paul lui-même affirme: "Je vais ai transmis ce que j'ai moi-même reçu." (1 Co 11, 23). Il ne dit pas: "Je vous transmet ce que j'ai inventé." Cela a une signification importante: nous sommes appelés à demeurer fidèles à quelque chose qui ne vient pas de nous, qui ne nous appartient pas, mais qui nous est donné; nous devons nous montrer fidèles au sérieux avec lequel nous avons à célébrer les sacrements. Pourquoi donc devrions-nous remplir des pages et des pages d'instructions, si chacun pouvait faire ce qu'il veut en liturgie?
Cela a une signification importante: nous sommes appelés à demeurer fidèles à quelque chose qui ne vient pas de nous, qui ne nous appartient pas, mais qui nous est donné
Or les chants que nous entendons partout sont le "reflet d'un humanisme".
Il s'agit en permanence des hommes et non de Dieu :
- "
Nous sommes le corps du Christ" ... en plus c'est faux : le Christ est la tête du corps Mystique de l'Eglise.
- "Jésus Christ plus jamais ne sera mort" (ne ce rat mort ?)
- "Tu sais de quoi nous sommes pétris ... Homme au milieu des hommes ..." la divinité disparait
- "QUE viVE mon coeur à TE louer" j'ai souligné les temps fort de la mélodie : c'est mochisssime !
- "Pour les homMES et pour les femMES, pour les enfants de la terRE, ..." là encore les temps forts tombent sur des "e" : mochissime
En comparaison, voici des chants proposés par le Graduel Romain :
- "Père si cette coupe peut passer sans que je la boive, mais que ta volonté soit faite" (Mt)
- "Vers toi, Seigneur, j'élève mon âme. Mon Dieu, je compte sur toi; je n'aurai pas à en rougir. De ceux qui t'attendent, aucun n'est déçu." (Ps 24 1-3) (1er Dimanche de l'Avent = 1er Dimanche de l'Année Liturgique)
- "Voici celui dont Jean Baptiste disait: « Oui, j'ai vu et je rends témoignage: c'est lui le Fils de Dieu »." (Jn I 32.34) (Communion pour le Baptême du Seigneur)
- "Revenons à Dieu de tout notre coeur, dans le jeûne, les larmes et le deuil! Revenons au Seigneur notre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d´amour." (Jl II 12-13) (antienne pour l'imposition des cendres)
- "Que notre seule fierté soit la croix de notre Seigneur Jésus Christ. En lui, nous avons le salut, la vie et la résurrection, par lui, nous sommes sauvés et délivrés." (Ga VI 14) (Chant d'entrée pour le Jeudi Saint à la Messe du soir en commémoration de la Cène)
...
Je vous laisse juger de la différence de profondeur spirituelle.
Le problème est de revenir au véritable sens de la Liturgie : c'est la louange de Dieu selon la forme que Dieu nous a transmise. Il faut laisser mourir le vieil homme qui nous habite et laisser Dieu le remplacer.
Nous devons "renier" nos désirs pour accueillir Dieu.
Si nous voulons faire apparaitre notre sensibilité, notre humanité, nous sommes libres de faire des prières privés votives.
Quand au pape, regardez bien KTO : ce sont les chants du graduel romain, mais pas forcément en grégorien. La polyphonie est également présente.