Mac a écrit :
C'est elle qui dit qu'elle est en colère etc.. Vous n'avez qu'à bien lire ses messages au lieu de m'accuser de faire un procès d'intenton. Cela ne lui octroie pas le privilège d'accuser l'ensemble de l'Eglise sans preuve où encore en se fondant juste sur un film avec sa part de subjectivité.
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C'est tout à fait exact Mac, je suis habitée d'une grande colère sur le sujet, mais je le sais et je le dis honnêtement, ce qui me permet de l'assumer, de la regarder et donc de la mettre distance et de poser tranquillement les choses en me basant sur une documentation approfondie depuis des années (tout ce que je cite est largement documenté sur internet, il n'y a qu'à faire l'effort et le courage d'aller voir....)
Vous êtes également habité d'une grande colère, cela transparaît dans tous vos propos mais vous ne le dîtes pas explicitement, ce qui rend cette colère encore plus virulente.
Je crois que votre colère et la mienne ont la même origine : l'amour de l'Eglise, un très grand amour pour notre sainte Mère l'Eglise. Pour ma part j'aime l'Eglise avec passion , j'estime que je lui dois la vie, dans tous les sens du terme et c'est donc ce sentiment de trahison que ma mère l'Eglise ait trahi sa mission de protéger les plus faibles qui me met en colère. C'est de l'amour trahi, ce qui n'amoindrit en rien mon amour pour elle, je soutiendrai toujours l'Eglse quoi qu'il arrive mais jamais au dépends de la vérité. Et en l'occurrence, au dépends des enfants.
Je crois Mac, mais c'"est à vous de le dire, que c'est votre grand amour de l'Eglise qui fait que vous supportez mal qu'elle ait pu en venir là, à se trahir à ce point ,au point que vous préferez penser que ce n'est pas possible, que ce n'est juste que le fait de quelques pécheurs isolés et non le fait d'un système perverti et généralisé. Je pense que , par amour, vous ne supportez pas qu'on critique l'Eglise, que vous brûlez de la défendre, de l'innocenter le plus possible, et que sa culpabilité vous est intolérable....(c'est pour cela que vous aimeriez qu'elle soit "victime")
Je me sens, malgré les apparences, proche de vous.
Je poursuis mon effort de réflexion. Je ne cherche pas à comprendre comment des pédophiles ont-ils pu agir ainsi dans l'Eglise (les pédophiles vont là ou sont les enfants comme les loups vont ou sont les brebis : écoles, colonies de vacances pensionnats, catéchisme et scoutisme...) et Hélios a raison, on ne connait pas leur histoire ni ce qui les a menés là.
Je cherche à comprendre comment et pourquoi les autorités religieuses ont masqué leurs agissements à grande échelle. Je cherche. Il me semble que nous sommes face à un cas unique dans toute l'histoire de l'Eglise : l'Eglise a masqué en son sein des agissements qu'elle n'approuvait pas. Elle s'est d'une certaine manière, crucifiée elle même en la crucifixion des plus faibles. Je cherche à élucider l'inconcevable.
Ignorance et malaise quant aux questions sexuelles, manque de préparation et de formation sur ces questions, manque de discernement quant à la priorité de l'Evangile qui exige le soin et l'attention au plus faible, évitement des victimes et de la réalité de leurs souffrance et séquelles, prédominance d'une préoccupation seconde qui est la réputation de l'Eglise et là on touche certainement à une intervention diabolique : l'Eglise est au service des personnes (surtout les plus pauvres) avant d'être au service d'elle même et Satan veut faire croire le contraire et en ce cas, il y a utilisation satanique de l'amour de lEglise, de la fidélité à ce saint engagement au dépends de la justice et de la vérité. Oui, on touche là à des choses essentielles sur le plan spirituel qu'il nous faut creuser, je n'ai pas de doutes là dessus.
Ensuite je suppose, les faiblesses de chacun, peurs, lâchetés, souci de réputation personnelle, flatterie (qui permet de se laisser berner par les pervers), négligence....
J'aime bien l'expression de Dorothée qui dit que l'Eglise a donné priorité à l'Idéologie plutôt qu'aux personnes. Je reviendrai plus loin sur ce qu'a dit Dorothée sur les communautés nouvelles qui méritent, ô combien réflexion, vu qu'elles sont si nombreuses à être sur la sellette contrairement aux communautés anciennes.
Je voudrais parler des victimes et des bourreaux. A la décharge de l'Eglise (mais ce n'est pas une excuse), la nature des victimes et des bourreaux rend particulièrement difficile le discernement sur ces questions.
Les victimes.
Pour résumer, nous avons affaire à des victimes qui ne parlent pas au moment des faits et qui parlent 10, 20, 30 ou 40 ans après les faits. Difficulté redoutable et là aussi, je crois, cas unique dans l'histoire de l'Eglise.
Les enfants, dans la majorité des faits, ne parlent pas losrqu'ils sont victimes des pédophiles. D'abord, il y a les cas d'amnésie surtout pour ceux qui ont moins de 10 ans : Dans 40 pour cent des cas, les enfants oublient totalement ce qui leur est arrivé : pour qu'ils puissent survivre, leur psychisme occulte l'évènement qui remonte plus tard à l'occasion d'une naissance, d'une mort, d'une psychanalyse...Et ce n'est pas évident de croire à ce truc épouvantable qui remonte en mémoire et de le faire croire aux autres !
Ensuite les autres qui se souviennent : ils n'osent pas en parler à leurs parents, ils sont terrifiés, ils ont honte, ils sont paralysés, totalement piégés..
Ensuite pour ceux qui parlent : certains parents ne les croient pas (comble de l'horreur, double traumatisme...)
Ensuite, il y a le petit reste, ceux dont les parents les croient. Des parents qui n'ont le plus souvent pas osé porter plaine par fidélité à l'Eglise, ou qui qui ont porté plainte, ce qui a donné lieu aux scandales qui ont permis à l'Eglise de se regarder en face, enfin. La justice des hommes au service de la justice de Dieu. A méditer.
Elle sont difficiles à appréhender nos victimes, elles sont des brebis sans défense et qui on tendance à croire que nul ne peut les défendre, elles réveillent en nous toutes les plaies mal cicatrisées, le plus blessé en nous, tout ce qui en nous s'est senti un jour seul et abandonné, trahi, tout ce que nous ne voulons surtout pas voir ou au contraire tour ce que nous cherchons coûte que coûte à guérir, il ne faut pas s'étonner que ce post réveille tant d'émotions.
Voilà nos victimes adultes qui se souviennent. Dans le pire des cas, elles subissent dépressions, maladies psychosomatiques ou psychiatriques, obsessions suicidaires, (avec certains passages à l'acte), drogue, conduites à risque, échec à répétitions.... dans le meilleur des cas elles vivent une vie parfaitement normale, équilibrée, et cachent soigneusement leurs plaies à vif sous quelques pansements : hypersensibilité, difficultés amoureuses et sexuelles, rapport suraigu à l'injustice, manque de confiance en soi et dans les autres...Elles vivent normalement tout en portant en elles eu gouffre de souffrance et d'angoisse, ouverture à la grâce pour les croyants qui se laissent rejoindre ici par le Christ crucifié, gouffre béant de non sens et de désespoir pour les non croyants, et tous de surnager comme ils le peuvent à la surface d'une vie qu'ils tentent de rendre belle et vraie, souvent altruiste, entre deux thérapies...
Et ces adultes à vif, et bien, ils n'arrivent pas pour la plupart à porter plainte ! Alors même que les faits ne sont pas encore prescrits, l'enfant blessé en eux demeure paralysé. Il faut qu'UNE victime ose passer à l'acte pour que la voie soit ouverte et que toutes les autres s'engouffrent avec un soulagement indicible et que enfin, enfin, la parole se libère, que les plaies mal cicatrisées se rouvrent pour qu'elles puissent en suite bien se cicatriser. Guérir d'un pédophile, c'est l'affaire d'une vie.
Et voilà l'Eglise qui reçoit comme un boomerang la souffrance des victimes et l'incurie de ses clercs qui ne sont bien souvent plus là pour en répondre. Pas simple !
C'est ce qui se passe avec l'arrestation actuelle et tardive du père Peyrat. Une chose me frappe. Des garçons reprochent à Mgr Barbarin de ne pas l'avoir dénoncé en 2007 parce qu'à cette époque là, les faits n'étaient pas encore prescrits pour eux et qu'ils auraient donc pu à l'époque porter plainte. (la justice dira si l'évêque a fait une erreur ou pas )
MAIS, en 2007, ils étaient déjà adultes et auraient pu de leur propre chef porter plainte, pas besoin de l'évêque !. S'ils ne l'ont pas fait, c'est qu'ils ne s'en sentaient pas capables...Dans leur reproche à l 'évêque, il y a une demande enfantine qui me broie le cœur : une demande d'enfant qui demande à son propre père et à sa propre mère et à son père symbolique qui est l'évêque et à sa mère symbolique qui est l'Eglise : « Protèges moi, défends-moi, aide-moi à réparer le mal qu'on m'a fait... ». C'est très touchant.
Et franchement, par rapport à toute cette souffrance qui déferle et qui cherche sa guérison, la curée médiatique n'a aucune importance. Et même, et c'est ce qu'il faut comprendre, la curée médiatique sert l'Eglise puisque c'est par elle que la souffrance des plus pauvres s'exprime et que la vérité et la justice peuvent enfin prendre place. Déo gratias.
Les bourreaux maintenant.
Franchement, à la décharge de l'Eglise, on a affaire à des bourreaux pas simples et difficiles à appréhender.
Les témoignages sont innombrables pour dire que le curé Machin était adorable, serviable, faisait des homélies remarquables, était doté d'un charisme indéniable (ah, le charisme du curé pédophile!) et organisait avec brio toutes sortes d'activités formidables, et quel dynamisme !
Comment imaginer qu'un homme aussi charmant, serviable et sur lequel on peut tellement compter puisse commettre l'innommable ?
Parce que c'est cela le monde du démoniaque : Satan se déguise en ange de lumière.
Nous avons affaire à des personnalités clivées : dct Jekyll et Mt Hyde. Je pose comme hypothèse que le charme et la gentillesse de ces hommes sont d'autant plus grands que leur perversion est grande. Et dct Jekyll ignore (ou veut ignorer) Mr Hyde. Et pour un homme qui a du bagoût, du charisme, a su mettre dans la poche son évêque, ses collègues curés, des parents, a su charmer tout un entourage, comment s'étonner que les « bruits qui courent » mettent un certain temps à parvenir au cerveau de ceux qui l'entourent, voir à être complètement refusés ?
Il faut voir l'extrême perversion de celui qui dit des belles choses sur Dieu, tient parfois d'ailleurs de très beaux et grands discours sur la chasteté, tient le Corps du Christ dans ses mains et qui quelques heures après, dit des paroles piégeantes, gentilles ou terrifiantes aux enfants pour qu'ils se laissent faire comme simples objets de plaisir, avant, dans certains cas, de leur donner l'absolution du péché qu'ils ont eux -mêmes commis. Telle est l'ampleur de la perversion, et tel est l'ampleur du charme et de la capacité de persuasion de ces personnes sur leur entourage. Autrement dis, je subodore chez beaucoup de pédophiles un tempérament de gourous, capables de manipuler u grand nombre de personnes...
Oui mais, me direz-vous, le jour ou la chose était avérée, ou l'évêque savait, en était certain après des mois ou des années de doutes, pourquoi ne faisait-on que le déplacer ? Outre les raisons déjà citées sur l'Eglise, la personnalité perverse des bourreaux était peut-être à l'oeuvre : le charme encore, la bonne volonté apparente de s'amender, le réseau amical qui le soutenait...
Un cas dans l'Eglise est plus qu'étonnant et si un romancier avait inventé son histoire, on penserait qu'il ferait preuve d 'une grande imagination. Il s'agit du Père Martial Marciel.
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http://www.lavie.fr/hebdo/2010/3376/l-i ... 04_127.php
Pendant 60 ans, le Père Martial Marciel, fondateur des Légionnaires du Christ a violé des dizaines, voir des centaines d'enfants (dans les petits séminaires des Légionnaires), a échappé à la justice de multiples manières, a empêché la parole des victimes en exigeant d'eux un quatrième vœu (interdiction de critiquer ses supérieurs), a eu une vie une vie cachée avec 2 femmes qui ignoraient tout de sa vie religieuse (il leur faisait croire qu'il était agent secret), a violé ses propres enfants qui ont porté plainte contre lui et fait découvrir la vraie nature de leur père ....
Cet homme, véritable suppôt de Satan,a été protégé par Rome, sous 4 papes, jusqu'à l'élection du pape Benoit XVI qui l'a aussitôt envoyé en pénitence dans un couvent..(Il est mort très vite, à 90 ans)..Le cardinal Ratzinger enquètait sur lui depuis des années mais sous jean-Paul II qui le croyait certainement innocent, Marciel bénéficait de puissantes protections.
Le sujet de Maciel est abondamment documenté, j'ai choisi l'article de La Vie pour le résumer. Je pense que ce cas est emblématique : de la nature de gourou hautement talentueux de ce pervers, des multiples intérêts en jeu qui ont suscité toutes sortes de protections aussi bien au Mexique qu'à Rome, de la difficulté des victimes qu'on a refusé d'entendre pendant des années.
Prions pour tous ceux dont les cris ne sont pas entendus.
Bien à vous,
Axou