AdoramusTe a écrit :
Plus combative, plus sûre d’elle-même, l’Église de France que “lègue” Mgr Vingt-Trois à Mgr Pontier n’est évidemment pas sans faiblesses
Quelque chose qui devrait faire bondir : Mgr Vingt-Trois ne lègue rien.
Il n'est pas le chef des catholiques de France en tant que président de la CEF : il ne représente pas les catholiques de France.
Il faut rappeler qu'il n'existe rien entre le Pape et les évêques qui sont en communion avec lui, aucune structure, aucun sous-chef.
Pas vraiment d'accord: aussi loin qu'on remonte, on trouve dans l'Eglise non seulement des évêques placés sur des sièges épiscopaux, et un siège épiscopal principal qui, dans les anciens documents, est appelé "Siège Apostolique" (enfin, à partir de sa fondation par les SS. Pierre et Paul), mais divers degrés dans la hiérarchie
juridictionnelle, qui s'est progressivement complexifiée au fur et à mesure de sa croissance: archevêque, métropolitain, primat, patriarche.
Cette hiérarchie existe toujours sur le papier dans l'Eglise latine... mais sans que le titre d'"archevêque" ou de "métropolitain" n'apporte grand-chose du point de vue des responsabilités. Et la pratique ancienne - enfin jusqu'à la Renaissance - était de tenir non seulement des conciles reconnus comme Oecuméniques (de temps en temps), mais surtout de nombreux conciles locaux.
Pourtant, au fur et à mesure, cette pratique s'est estompée, a fait place à une centralisation de plus en plus accrue de l'Eglise autour du siège de Rome, qui a donc dû se doter progressivement d'une administration, la Curie, et le Pape a dû déléguer une partie de son autorité à cette administration, et ce non seulement de façon juridique, mais encore plus pratique (le Pape signe ce qu'on lui propose, et n'a pas le temps de refaire tout le travail, c'est même pour cela qu'il délègue). On arrive donc à une situation où l'évêque finit par apparaître comme le gouverneur ou le préfet d'un diocèse, exécutant les consignes des congrégations curiales, et n'exerce plus son autorité propre de successeur des Apôtres.
Tout le débat autour de la collégialité porte à mon sens sur cette question: comment retrouver une pratique de l'autorité ecclésiale... plus conforme à l'autorité dont sont investis les évêques, par l'ordination?
Outre la question de savoir pourquoi on en est arrivé là (en commençant par l'atténuation des autorités intermédiaires à l'époque de l'Eglise carolingienne, sur laquelle on trouve à ma connaissance peu de choses mais qui semble bien avoir été une réalité, et ce avant même la réforme grégorienne et la mise en place de la Curie moderne), il y a la question des solutions.
Les conférences des évêques peuvent être considérées comme une tentative timide de mettre en place une telle solution. En même temps, comme d'une part on n'a pas voulu toucher à l'autorité centrale, d'autre part on a baigné depuis cette époque dans un climat où l'on préfère les grandes déclarations creuses à l'exercice effectif de l'autorité apostolique, le résultat est effectivement peu convaincant et laisse plutôt penser à un "machin", pour paraphraser le Général.
La réponse tiendrait peut-être plus à rappeler l'
autorité personnelle de chaque évêque non seulement dans son diocèse, mais dans les diocèses qui l'entourent, notamment pour dénoncer les hérésies et les abus ecclésiaux. Evidemment, ça suppose aussi un soutien de la part de l'autorité romaine, qui devra donc arriver à réformer sa Curie devenue ingouvernable pour en faire ce qu'elle aurait dû rester, une dernière instance juridique, garante de l'unité ecclésiale et de la profession de foi catholique, et pas un organe étant censé tout gouverner dans l'Eglise (ce qu'elle n'arrive plus à faire depuis longtemps).
In Xto,
archi.