Les chrétiens et la guerre

« Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu'il sache discerner le bien du mal » (1R 3.9)
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Serge BS
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Re: Tuer, guerre... Quelques réponses néotestamentaires

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REMETTRE SON GLAIVE A SA PLACE

Arrêtons nous donc sur cette parole de Jésus et émettons ici quelques réflexions très personnelles relatives à l’arrestation de Jésus. En premier lieu, devant l’imminence de l’épreuve de sa Passion, Jésus forme une demande surprenante à ses disciples, celle de vendre son manteau non pas pour le suivre mais pour acheter une épée !
  • « Celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une » (Lc 22, 36b)


Et ce sont ces épées que ceux qui entourent Jésus voudront utiliser au moment de son arrestation, ce que Jésus refusera, répondant par la négative à la question :
  • « Seigneur, frapperons-nous de l’épée ? » (Lc 22, 49b)


La justification du port de ces épées est simple : Jésus devant être arrêté comme un criminel, il doit donner cette image afin que les Écritures s’accomplissent, avec une référence très claire à [Is 53, 12].
  • « Car, je vous le déclare, il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : On l’a compté parmi les criminels » (Lc 22, 37) !


Rien de plus… Il ne s’agit en aucun cas d’une justification du port des armes, et encore moins de leur usage…
  • Note : Le mot “épée” ou “glaive” est très présent dans la Bible avec quatre cent soixante-dix-sept occurrences : quatre cent quarante et une fois dans l'Ancien Testament, mais aussi trente-six fois dans le Nouveau, ce qui est finalement assez important.
Analysons maintenant plus attentivement le « Remets ton glaive à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée » de [Mt 26, 52] (littéralement, il faut lire : « Détourne le glaive de toi vers le lieu de lui… »). Il y a en effet un très gros risque de contresens à une lecture trop littérale de ce verset, à vouloir absolument le transposer dans l'ordre social et politique, alors qu'il s'agit à la fois d'une réponse s'inscrivant dans le dessein de la Passion, mais aussi dans le seul domaine de la morale et de la religion, Jésus ne pensant qu'à la fin de la sanctification des âmes. Jésus ne se mêle pas des questions politiques, ou du moins, il ne les confond pas dans le même moule que celui de la motivation de sa venue sur terre, car son Royaume n'est pas de ce monde :
  • « Moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. » (Lc 22, 29)


Ceci est d'autant plus patent que Jésus prescrit de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 15-22). En fait, en interdisant à celui qui le suit d'user de son arme - en fait à Pierre selon [Jn 18, 10] -, Jésus ne réfute pas toute guerre mais cherche avant tout à éviter toute guerre civile ; il ne manquait en effet pas de Juifs qui envisageaient le triomphe du Messie sous l'aspect d'une bataille acharnée d'où l'envoyé de Dieu sortirait vainqueur, bataille qui aurait pu naître de ce geste. Mais Jésus est ici dans l'attente de sa Passion qui sera la clé de la Révélation, et il veut donner par delà même de la force aux Béatitudes :
  • « Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5, 9)


Jésus refuse la guerre civile ! Son Royaume n'est pas de ce monde ! Son Royaume n'est pas de ce monde comme il le dit à Pilate en [Jn 18, 36], même si, Lui refusant le monde terrestre que lui offre le tentateur (Lc 4, 5-7), il offre la terre en héritage aux doux (Mt 5, 4) ! En fait, il y a une difficulté qui doit être ici analysée, car comment la terre peut-elle revenir aux doux alors que Jésus lui-même affirme que les violents arrachent le royaume de Dieu (Mt 11, 12) ? Tout va en fait se comprendre avec sa mort et sa résurrection, sans rejet de la promesse faite aux doux. Peut-être Jésus condamne t-il ici la violence des pharisiens et de leur foi de façade, ou encore celle des zélotes pour qui l'accès au royaume est lié à une guerre civile et de résistance ? C'est la victoire sur le monde de [Jn 16, 32-33].

Jésus doit mourir ! Son message de Paix ne doit naître que dans la paix civile et non dans la contrainte ! Et ce souci d'éviter toute guerre civile sera la priorité des premiers chrétiens qui sont prêts à tout souffrir pour leur foi et pour une paix que l'on qualifierait aujourd'hui de sociale. Donc, cette parole du Christ, malgré les apparences premières, ne s'oppose pas à la tolérance de la guerre et du métier des armes une parole du sauveur qu'on présente comme une réprobation. « Remets ton glaive à sa place, car ceux qui prendront le glaive périront par le glaive »… On notera ici la similitude de ce propos du Christ avec le « Qui verse le sang de l'homme, par l'homme aura son sang versé » de [Gn 9, 6a]. De même, le « Ceux qui prendront le glaive périront par le glaive » doit être mis en perspective avec « les chaînes pour qui doit être enchaîné ; la mort par le glaive pour qui doit mourir par le glaive ! Voilà qui fonde l'endurance et la confiance des saints » de l'Apocalypse (Ap 13, 10), et ce n'est pas rejet de toute guerre ou de toute violence, car le disciple de Jésus ne rend pas le mal pour le mal. Pour dire simplement, si la légitime défense ne lui est pas forcément interdite, l'offensive ne lui est pas permise. Il faudrait en fait s’interroger notamment sur la question de savoir qui fera périr par le glaive celui qui tient le glaive… S’agit-il d’une image présageant d’une sanction dans le monde à venir ou d’une image bien plus matérielle ? Et ce d’autant plus que Jésus ne demande pas de jeter le glaive, mais seulement de le remettre à sa place, en son lieu…

C’est là que Tertullien, dans son extrémisme - qui le conduira d’ailleurs à l’hérésie - allait se tromper en interprétant le premier ce passage des Evangiles en y affirmant qu’en désarmant Pierre, le Seigneur a désarmé tous les soldats

Que devient dès lors la légitimité de la guerre ? Incontestablement au regard de l'Évangile, la guerre est un fléau. On n'a pour s'en convaincre qu'à relire les textes relatifs à la prédiction de la ruine de Jérusalem et de la fin de tout dans les Synoptiques. Ne vous épouvantez pas encore, dit Jésus, quand vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerre (Mc 13, 7 ; Mt 24, 6), saint Luc parlant lui de guerres et séditions (Lc 21, 9). Le discours de Jésus poursuit :
  • « Nation s'élèvera contre nation, royaume contre royaume, il y aura de grands tremblements de terre, et en divers lieux des pestes, des famines »,

et des choses terrifiantes dans le ciel et de grands prodiges. La guerre est une calamité comparable à la peste et à la famine. C'est une calamité par laquelle, comme par les autres, se manifeste le gouvernement divin : elle est une force malfaisante dont Dieu, dans sa justice, peut permettre - ou plutôt ne veut ou peut empêcher - le déchaînement. Jésus pleure sur Jérusalem en lui prédisant la guerre et le siège où elle périra :
  • « Il viendra des jours où les ennemis t'investiront de tranchées, t'enfermeront, et te serreront de toutes parts ; ils te détruiront entièrement, toi et tes enfants au milieu de toi, ils ne laisseront pas de toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée. » (Lc 19, 43-44)


Les ennemis de Jérusalem sont dès lors les exécuteurs des plus hautes œuvres de Dieu, mais il s’agit là de la dernière guerre terrestre du Seigneur, et, dès lors, nulle guerre sainte ou du Seigneur ne doit plus être admise… L’hypothèse augustinienne de la guerre juste du Seigneur est donc bien impossible dans notre temps, comme le laisse d’ailleurs pressentir saint Augustin lui-même en n’abordant cette possibilité que dans le seul cas de l’Ancien Testament…

« Remets ton glaive à sa place » dit Jésus… Mais il ne demande pas de le jeter…, renvoyant ainsi à l'Ancien Testament où le fait de remettre son glaive à sa place était considéré comme le geste de paix par excellence…

Une autre précision sur cet épisode, précision dépassant le strict cadre de la guerre, mais non anodine. L'homme auquel le disciple de Jésus tranche l'oreille est un serviteur du Temple ; or, pour servir au Temple, il fallait être indemne de toute blessure (Lv 21, 16-23). En tranchant l'oreille, le disciple punit cet homme et le prive de son métier, ce qui n'est pas le dessein de Jésus qui ne veut pas punir ceux qui ne sont pas coupables ; ce simple geste de Jésus me semble démontrer la vanité et l'erreur de faire porter à tous les Juifs le poids de la faute de quelques-uns, et Jésus nous montre ici que l'antisémitisme n'est pas chrétien et qu'il nous appelle à l'amour ! Et c'est pourquoi Jésus, en témoignage de paix et d'amour, remet l'oreille à sa place. Par ce signe, peut-être montre t-il aussi que l'heure n'est pas encore venue où Dieu abandonnera Jérusalem, et qu'il faut encore des serviteurs pour servir son Père ? Néanmoins, malgré les avertissements de Jésus aux Juifs, notamment chez Matthieu, l'idée d'abandon par Dieu de Jérusalem est surtout une explication juive de la destruction du Temple, explication que l'on retrouve en particulier chez Flavius Josèphe. D'ailleurs, une telle tentative d'explication théologique se retrouve déjà dans les deux livres des Maccabées à propos de la profanation du Temple par Antiochos Épiphane, ainsi que de la persécution lancée par ce dernier contre les Juifs au IIème siècle avant notre ère.

Dans l'Évangile de Jean, Jésus n'évoque pas la mort de celui qui prendra l'épée, mais insiste bien au contraire sur la dimension eschatologique de son arrestation et de sa mort :
  • « La coupe que le Père m'a donnée, ne la boirais-je pas ? » (Jn 18, 11b )


On pourrait presque dire que selon cet Évangile ce sont ceux qui ne tirent pas l'épée, mais au contraire sont non-violents qui périront par l'épée, en particulier si l'on s'arrête sur le thème de la coupe que l'on retrouve chez Marc lorsque Jésus répond à Jacques et à Jean :
  • « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés » (Mc 10, 39)


On peut penser ici au martyre de Jacques en [Ac 12, 2]. De même, déjà à Gethsémani, donc peu de temps avant son arrestation, Jésus évoquait cette coupe :
  • « Abba, Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Mc 14, 36)
Cette coupe est le signe de la volonté de Dieu, le signe de la mort et de la résurrection de Jésus, donc la source de la Révélation, et l'épée ne peut donc interférer dans ce processus divin. Porter l'épée dans ce cas est donc aller contre ce dessein précis de Dieu, et la mort éternelle revient à celui qui va à l'encontre du dessein de Dieu. Cette annonce aux disciples du martyre par l'image de la coupe se retrouve en [Mt 20, 22-23]. Jésus doit servir et mourir pour racheter tous les hommes (Mt 20, 28).
Serge BS
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SAINT PIERRE

Lire les deux Épîtres de Pierre est indispensable. Ne serait-ce que parce qu’est à Pierre que Jésus à confie ses brebis ! De plus, Pierre, premier des Apôtres, est un témoin direct du message de Jésus dont il a suivi les pas au jour le jour tout au long de sa mission sur terre. Son témoignage est donc un bien des plus précieux pour le chrétien, tant car il fut témoin que car il reçut la charge de l’Église :
  • « Pais mes agneaux. » (5 Jn 21, 16)


Dans tous les cas, (Jn 21, 15-19) me semble bien plus significatif de la mission pastorale confiée à Pierre que le « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » de (Mt 16, 18), car, outre le fait que la traduction ne prête ici à aucune contestation possible, quelle que fut la langue parlée par Jésus, cet envoi a été effectué après la Résurrection, après le reniement de Pierre !

Saint Pierre fait un devoir de ne pas se révolter contre le pouvoir civil dans une épître datée par la tradition de 60-63, même si elle a plus vraisemblablement été écrite entre 70 et 90 par un disciple perpétuant l'héritage de Pierre à Rome (R. E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, Paris, Bayard, 1997, 2ème éd., page 760) :
  • « Soyez donc soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, comme délégués par lui pour faire justice des malfaiteurs et approuver les gens de bien. Car c’est la volonté de Dieu que, par votre bonne conduite, vous fermiez la bouche aux insensés qui vous méconnaissent. » (1P 2, 13-15)
Saint Pierre semble de plus mettre l'obéissance au prince quasiment au même niveau que l'obéissance due à Dieu en prescrivant :
  • « Craignez Dieu ; honorez le roi. » (1P 2, 17),

ce qui n'est d'une certaine façon pas illogique, le Royaume de Dieu n'étant pas de ce monde, d'où deux niveaux de pouvoir distincts, même si celui du prince reste soumis à la volonté de Dieu. A contrario, on peut lire en [Jn 1, 11] que le Verbe est venu dans son propre bien (Note : Cette traduction est celle de la TOB. La traduction Crampon est : « Il vint chez lui. » ; le texte latin de la Nova Vulgata est : « In propria venit. ». Or, le Verbe était Dieu (Jn 1, 1). Certaines traductions utilisent même le mot domaine au lieu du mot bien. Le mot grec utilisé est “idia” qui peut se traduire par “maison”, “biens propres”. Néanmoins, une telle interprétation réduirait la mission du Christ à une simple dimension matérielle, alors que sa dimension est avant tout spirituelle et salvatrice. Rien de ce qui est sur la terre n’est insouciant à Dieu, et la terre est sienne en ce sens qu’il en est créateur ; mais la finalité de l’homme est de contempler Dieu, pas de rester éternellement sur terre avant la fin des temps).

On a cependant trop souvent oublié que l’Apôtre étend cette exigence de respect dû au prince à toute l’humanité, car ces mots sont inscrits dans une plus longue phrase, dépassant le simple respect des autorités :
  • « Rendez honneur à tous ; aimez tous les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi. » (1P 2, 17. Roi doit ici s’entendre au sens de souverain terrestre, pas dans le sens de monarchisme)
.

Comment ne pas penser ici à la Règle de saint Benoît qui demande d’accueillir dans les monastères tout hôte, même inconnu, comme le Christ lui-même :
  • « Tous les hôtes survenant au monastère doivent être reçus comme le Christ, car lui-même dira un jour : « J’étais sans toit et vous m’avez reçu. » » (Règle de saint Benoît, LIII, 1) ?
Et l'Apôtre d'ajouter :
  • « Dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous… Si vous êtes outragés pour le nom du Christ, heureux êtes-vous… Si quelqu'un de vous souffre comme chrétien, qu'il n'en ait point honte ; plutôt qu'il glorifie Dieu de ce nom même. » (1P 4, 13-16)
On notera en passant, que dans le même passage que celui qui vient d’être cité, Pierre condamne le meurtre, sans préciser la forme de celui-ci :
  • « Que nul d'entre vous n'ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d'autrui. »


Ceci n’est pas sans poser question quant à l’exercice de certaines de ses fonctions par le soldat, mais saint Pierre n’en dit pas plus, nous renvoyant à recourir aux paroles du Christ même, nous forçant à analyser avec attention la Tradition. L’ambiguïté tient en la référence, dans ce passage qui traité des outrages subis par le chrétien de la part de l’autorité, au fait de devoir souffrir, ce qui laisse planer un doute certain sur le cas du meurtre légal commis par le soldat, celui-ci n’ayant pas à en souffrir sur terre.

Dans tous les cas, le mal ne peut pas être le moteur de l’homme, donc du soldat :
  • « Enfin qu’il y ait entre vous union de sentiment, bonté compatissante, charité fraternelle, affection miséricordieuse, humilité. Ne rendez point le mal pour le mal, ni l’injure pour l’injure ; bénissez, au contraire ; car c’est à cela que vous avez été appelés, afin de devenir héritiers de la bénédiction. « Celui qui veut aimer la vie et voir des jours heureux, qu’il garde sa langue du mal, et ses lèvres des paroles trompeuses ; qu’il se détourne du mal, et fasse le bien ; qu’il cherche la paix et la poursuive. Car le Seigneur a les yeux sur les justes, et ses oreilles sont attentives à leurs prières ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal. » (1P 3, 8-12)

L’amour du prochain, l’humilité, le refus du mal, la patience, la recherche de la paix et de la justice sont des vertus impératives pour le chrétien…
Serge BS
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SAINT PAUL

Ce sont les Pères des IIIème et IVème siècles qui allaient remettre saint Paul au premier plan, et tout particulièrement Jean Chrysostome et saint Augustin qui en firent leur maître. Puis, après une certaine période d’oubli pendant le Moyen-âge, ce n’est qu’avec la Réforme et la Contre-réforme qu’il ressurgira avec force dans les écrits et la réflexion théologiques. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’apparaît quasiment pas chez les auteurs chrétiens des deux premiers siècles, ce qui n’est pas sans importance quant au sujet de la présente étude. Y a t-il relation de cause à effet entre cet effacement de Paul pendant les premiers siècles et l’évolution de l’attitude vis-à-vis de la guerre et du métier des armes ?

La mission de saint Paul s’étendit entre 50/51 et 57/58. Sur le sujet du rapport au pouvoir civil, l’Apôtre des Gentils, s'exprime d'une façon encore plus forte et plus générale que saint Pierre :
  • « L'autorité est pour toi le serviteur de Dieu pour le bien… Ce n'est pas en vain qu'elle porte le glaive, car elle est serviteur de Dieu… Il faut donc être soumis… Rendez donc à tous ce que vous devaient : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui le respect, le respect. » (Rm 13, 1-7)
À la nation juive rongeant son frein, toujours prête à la révolte et à la violence s'opposent ici les chrétiens déterminés à la soumission et à l'obéissance, résolus à tout souffrir plutôt que de prendre les armes, et donc de provoquer la guerre civile.

Saint Paul ne s'est pas interdit l'usage des métaphores empruntées à la vie militaire, ce qui permet de croire qu'il considère ce métier comme légitime et honorable :
  • « Qui jamais a porté les armes à ses propres frais ? » (1Co 9, 7)


Être soldat est donc ici aussi a priori licite, évidemment, que de recevoir sa solde.

De même, Paul prescrit aux Thessaloniciens de prendre la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut (1Th 5, 8). Il reprend cette image en s'adressant aux Éphésiens (Ep 6, 13-17), comme si cette image lui était familière et rendait au mieux sa pensée. Et, dans la première épître aux Corinthiens, de lire :
  • « Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat ? » (1Co 14, 8)
À propos de la trompette appelant au combat, on peut en trouver un exemple chez Xénophon (Anabase, I, 2, 16), l’usage de celle-ci n’étant pas spécifique aux Hébreux.

Et voici une comparaison plus frappante encore :
  • « Prends ta part de souffrance en bon soldat du Christ Jésus. Personne, en s'engageant dans l'armée, ne s'embarrasse des affaires de la vie civile s'il veut donner satisfaction à celui qui l'a enrôlé. » (2Tm 2, 3-4)
Dans tous les cas, saint Paul, qui est pourtant très souvent direct dans ses références, ne semble pas classer le métier de soldat parmi les métiers portant atteinte à la justice, puisqu’il ne le reprend pas dans la liste de ceux qui ne pourront pas accéder au Royaume des Cieux :
  • « Ne savez-vous donc pas que les injustes n'hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, ni les voleurs, ni les accapareurs, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les filous n'hériteront du Royaume de Dieu » (1Co 6, 9-10)
  • Note : Rappelons en passant que pédérastie n’est pas ici synonyme d’homosexualité ; la pédérastie est le commerce charnel d’un homme avec un jeune garçon, ce que nous appelons aujourd’hui partiellement pédophilie ! Par ailleurs, efféminé ne semble pas devoir se concevoir comme synonyme d’homosexuel, sauf dans le cas de la sodomie…
Dans tous les cas, force nous est faite de constater que le discours de saint Paul est dominé par l’idée de paix, paix surtout et avant tout spirituelle, même si cette paix spirituelle ne peut se vivre pleinement que par une paix terrestre, paix qui est à la source de la joie chrétienne :
  • « Au demeurant, frères, soyez dans la joie, travaillez à votre perfectionnement, encouragez-vous, soyez bien d'accord, vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous » (2Co 13, 11)


Saint Paul est, sur les pas de Jésus, la source de toute la spiritualité chrétienne de la paix, Dieu étant d’Amour et de paix et non plus Sabaoth, car la paix est un fruit, un don de l’Esprit saint :
  • « Mais voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n'y a pas de loi. Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit. Ne soyons pas vaniteux : entre nous, pas de provocations, entre nous, pas d'envie. » (Ga 5, 22-26)
Ainsi, il insistera toujours sur cette paix dès les appels de ses Épîtres :
  • « À vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. » (1Co 1, 3 ; 2Co 1, 2 ; Ga 1, 3 ; Ep 1, 2 ; Ph 1, 2 ; 2Th 1, 2 ; Phm 1, 3)

    « Grâce, miséricorde, paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur. » (1Tm 1, 2 ; 2Tm 1, 2 ; Tt 1, 4)
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