Arnaud,
Dans votre vidéo, mais il y aura ce moment où vous parlerez de système de pensée, du prêt-à-penser ou les idéologies en Europe depuis 1830, de vieux réflexes qui doivent perdurer jusqu'à aujourd'hui. Pour illustrer la chose, vous évoquerez le traitement du cas vendéen. Ce serait un exemple comme un autre bien entendu.
Au départ, vous nous disiez qu'il y avait phénomème d'hypermédiatisation du thème lancé par Alain Renais (NN, camps de la mort, etc), ensuite on songerait bien aussi à Claude Lanzmann (Shoah) et alors avant qu'Hollywood s'y mette avec Spielberg. C'est à dire que, à trop taper toujours sur le même clou jusqu'à saturation finalement, non seulement y aurait-il risque de provoquer l'inverse de ce que l'on voudrait (la réaction dieudonnesque par exemple;délires ubuesques et négationnistes sur la toile), encore risquerions-nous de passer sous silence d'autres génocides. Vous laissez entendre par exemple qu'il y aurait eu génocide en Vendée.
Partant de ce dernier exemple, vous diriez :
- Las ! les vieilles habitudes de pensées héritées de l'autre siècle, mais elles interdiraient radicalement de supposer même qu'il y eut un génocide en 1794, parce que - pensez donc, la Révolution travaillait du côté des forces de la lumière, pour libérer le peuple et tout - Il nécéssite que la république ait des racines pures, magnifiques, grandioses. Foin de démoralisation du peuple !
Alors, ma réflexion dans la foulée :
C'est vrai qu'il peut toujours se trouver des «réticence» à vouloir déboulonner des mythes nationaux. Nombre d'anticléricaux féroces pourraient toujours trouver la pilule difficile à avaler la fois où l'on voudrait s'essayer à leur présenter ces fanatiques de la Vendée (tous les défauts : cagots, catholiques, hébreux désireux de retourner en Égypte) comme des victimes sacrificielles, des agneaux innocents égorgés sur l'autel de la folie totalitaire. On peut imaginer facilement une dynamique de défense semblable s'enracinant dans un tabou. Car, des tabous : oui, ça existe.
Néanmoins, l'existence de réaction «inadéquate» d'un côté pour la défense, ne signifie pas non plus qu'il faille donner raison d'emblée au penseur iconoclaste d'en face et briseur de tabou, et
au seul prétexte qu'il s'essayerait justement d'en briser un. Ça, ce serait vraiment tomber dans la technique Thierry Messian.
D'accord, mais une question
Je serais bien d'accord avec vous pour dire qu'une honnête subjectivité (essai d'impartialité) serait toujours bien préférable à l'embrigadement aveugle dans une idéologie menteuse. Au-delà du cas de la Vendée (génocide ou pas, peu importe ici), je comprends également que vous souhaiteriez que l'on se décentre un peu du cas 1942 sur le plan collectif, question d'alléger l'overdose contre-productive déjà dite. Pour cela, vous feriez appel à l'initiative individuelle de chacun si j'ai bien compris (allez soi-même aux faits, développer son esprit critique, s'informer à de bonnes sources, etc.). Or la question ici :
- Pensez-vous vraiment que l'affaire Shoah pourrait s'effacer d'une sorte de position centrale dans l'actualité ? sur le plan collectif ? malgré l'existence de puissances politiques ennemies pouvant avoir grandement intérêt à instrumentaliser durablement la chose ?
Pour ma part, je penserais qu'actuellement la mémoire de la destruction des juifs d'Europe (parler comme Raoul Hillberg) se trouve être ins-tru-men-ta-li-sée, tant par l'État israélien lui-même et ses alliés occidentaux d'Amérique et d'Europe que par les puissances islamiques. La ''mémoire'' du même événement peut être instrumentalisée utilement (parler comme Machiavel) pour des objectifs variés.
Utilitarisme
Nos socialistes peuvent en faire «la table d'émeraude des alchimistes» à partir duquelle pouvoir transmuté magiquement tous leurs adversaires politiques en racistes infâmes discrédités (réduire au silence les catholiques, etc). Et les adversaires musulmans d'Israël peuvent tirer parti de la situation de force actuelle d'Israël (qui rend difficile de les imaginer en victimes dans le moment), jouant sur ce contraste entre la réalité d'aujourd'hui et le souvenir misérabiliste projeté d'hier, pour passer l'idée de propagande à l'effet que l'instrumentalisation occidentale de cette mémoire des camps (c'est vrai qu'il y en a une «quand même») devrait servir à réduire au silence les cris des opprimés qui sont intérieurs à l'axe Washington-Tel Aviv. J'ai le sentiment que c'est vraiment la situation de conflit majeur au Moyen-Orient, qui est non-réglée comme chacun sait, qui alimente à plein tube la déraison et les vraies idées de fou.
Indépendemment du fait de l'inhumanité du fascisme allemand d'hier, qui ne sera pas chose à nier, en rétrospective, il restera quand même une part de vérité toute relative dans le fait que, aujourd'hui, l'exploitation de cette mémoire (les juifs victimes) par
des politiciens, sert aussi à bafouer démagogiquement l'opposition. Je crois que cette démagogie à la SOS-racisme (à mauvais escient; parasitisme) sert de carburant pour alimenter l'antisémitisme. J'y pensais déjà, hier, pour imaginer surtout ce carburant en terme de «réaction» de la part des opposants politiques aux gauchistes et tout. Avec Dieudonné, je réalise que la remarque n'aurait jamais été aussi vraie : ce sont directement les chouchous de Sos-racisme qui propagent la vielle propagande tsariste antijuive.
[...]
Vous ne pensez pas que les efforts individuels de «conscientisation» risquent d'être de peu de poids (pour impacter le ''collectif'') face à de réels intérêts politiques en haut-lieu ?