Théo d'Or a écrit :En ce qui concerne le corps souffrant, mon questionnement est assez simple: s’il y avait moyen d'avoir le libre choix sans être confronté aux douleurs physiques (comme c'est le cas pour les anges, déchus ou pas), pourquoi devons-nous subir la densité physique et toutes ses souffrances? Ou, autrement dit, s'il n'était pas absolument nécessaire d'en passer par là pour avoir le choix, pourquoi Dieu a-t-il organisé les choses ainsi? Y aurait-il plusieurs libertés de choix possibles? Les anges sont-ils moins libres ou libres différemment?
Dans le récit de la Genèse qui nous donne l’essentiel de la création, le libre choix n’est pas confronté aux douleurs physiques. Il n’était pas du tout nécessaire de passer par là.
Nous avons été créés pour vivre mieux et plus que les anges. Ils ne vivent que dans la réalité spirituelle. Dieu a voulu nous donner davantage : une vie dans la réalité spirituelle comme les anges, mais aussi une vie radicalement nouvelle dans une réalité corporelle nouvelle.
Dans cette double réalité, l’humain n’est pas soumis à la réalité corporelle créée. C’est le contraire qui existe : cette réalité corporelle est pleinement harmonisée sans souffrance dans la communion spirituelle.
Nous avons été conçus dans et avec un corps parfait, avec la maîtrise de toutes ses transformations possibles, sans être soumis à aucune mort physique, façonnés pour vivre de la vie d’amour qui fait vivre Dieu dans la Trinité de toute éternité.
Mais, si nous retirons cette communion qui fait vivre, nous souffrons et nous mourrons.
Pouvons-nous imaginer ce qu’a été la création du premier couple humain ? Nous connaissons la puissance positive et négative que manifestent dans notre corps les effets psychosomatiques provenant de nos états mentaux, de nos stress ou de nos états de bien-être. Lorsque Dieu a créé les premières âmes immortelles, la puissance spirituelle positive insufflée a dû être d’une force positive énorme pour le corps humain, mais inversement, la perte de cette puissance a pu avoir un effet négatif.
A l’origine, le choix n’a pas du tout été voulu dans la souffrance. Ce fut un vrai choix éclairé et sans la pression d’une souffrance, ni même d’un manque.
L’ amour qui fait vivre n’existe vraiment que dans la liberté. Aussi mystérieux que cela puisse paraître à nos pensées un peu mercantiles où nous imaginons vite que tout choix ne résulte que de la pesée des avantages et des inconvénients des possibilités, l’amour est un choix encore plus libre : il ne dépend même pas d’avantages. Il peut être voulu pour lui-même.
Le récit du péché originel nous apprend qu’il ne dépend pas non plus des inconvénients. La seule crainte de la mort que provoque la rupture de la communion de l’amour qui fait vivre ne suffit pas pour susciter le choix libre de l’amour.
La matière et la chair nous ont ouvert un surplus de vie. Les souffrances n’y sont pas nécessairement liées. Mais sans l’amour, la communion d’amour qui est en Dieu, nous coupons le courant. La nuit, le froid, et la mort étendent leur présence. La souffrance.
Aujourd’hui, n’y a-t-il plus d’autre possibilité de choix que d’être confronté à un choix dans la douleur ? N’est-ce pas ce que la croix nous montre ?
N’est-ce pas surtout ce qui nous montre le chemin qui ramène vers un vrai choix dans la liberté sans mort, ni souffrance ? Comme les anges, mais bien mieux qu’eux encore. Un chemin pour redécouvrir qu'avec l'esprit, la chair n’est pas créée pour la souffrance mais appelée à ressusciter pour vivre dans l’harmonie et la joie de l’amour.