Charles a écrit :
N'importe quoi. Dites quelle inconséquence logique et chez quels auteurs, si vous le pouvez. Et où dans l'oeuvre d'Aristote est-il question d'un quelconque "monisme" ?
Aristote définit dans le "De Anima" l'âme de la façon suivante:
«
L’acte premier d’un corps naturel ayant la vie en puissance, c’est-à-dire la forme d’un corps organisé » (De l’âme, II, 1, 412a25)
De plus les rapports de l'acte à la puissance formulés par Aristote sont ici rappelés par Saint Thomas d'Aquin:
"Sans doute,
si l'on considère un seul et même être qui passe de la puissance à l'acte, la puissance existe avant l'acte ; cependant, absolument parlant, c'est l'acte qui est antérieur à la puissance, puisque l'être en puissance n'est amené à l'acte que par un être en acte"
(Question 3 Article 1, Somme Théologique)
Illustrons par un exemple: un bloc d'argile est en puissance de devenir un pot. C'est à dire que dans le bloc d'argile existe la possibilité de tirer de ce bloc un pot, le pot est virtuellement dans le bloc d'argile. La possibilité est ici antérieure à l'actualité.
Cela se comprend aisément: pour qu'un être vienne à l'existence (actuelle) il faut d'abord que son existence soit possible. Et la matière, le bloc d'argile en l'occurence, est justement la possibilité de l'existence d'un pot.
Si la possibilité d'existence n'est pas, l'existence n'adviendra pas.
Et lorsque l'actualité est dite précéder la puissance, c'est uniquement dans l'ordre de l'efficience, c'est à dire que pour que des êtres viennent à l'existence il faut déjà qu'il existe d'autres êtres pour les produire: pour qu'un enfant vienne à l'existence il faut déjà que le père et la mère existent.
Donc lorsque Aristote nous dit que l'âme est l'acte d'un corps en puissance d'avoir la vie, cela implique que le corps est la possibilité de l'existence de l'être vivant, il ne faut surtout pas le comprendre dans l'ordre de l'efficience, ce qui serait un non sens total et voudrait dire que l'âme produit l'être vivant à partir du corps, entre parenthèses ce qui supposerait sa préexistence au corps.
Le corps est l'être vivant seulement possible, le corps vivant est l'être vivant actuel, l'âme est l'acte de vivre.
Il n'y a qu'une seule réalité: l'être vivant. Le corps en puissance d'avoir la vie n'est pas une réalité mais une possibilité ou une matière et l'âme non plus n'est pas une réalité mais une actualité.
Mais si vous supprimez le corps en puissance d'avoir la vie, c'est à dire si vous supprimez la possibilité d'existence de l'être vivant, a fortiori l'être vivant n'existera jamais, il n'y aura jamais d'actualité, il n'y aura jamais d'âme. La puissance précédant l'acte, pour que l'acte soit il faut que la puissance ou la possibilité de l'acte soit.
Or après la mort le corps se désorganise, c'est à dire dans une optique aristotélicienne que la matière ou possibilité du vivant n'est plus, donc a fortiori l'être vivant et son actualité, son âme, ne seront plus.
C'est imparable:
faites cesser la possibilité de l'acte, l'acte n'est plus possible et l'acte cesse également.
La métaphysique aristotélicienne implique logiquement et implacablement la mortalité de l'âme.
Comment donc la théologie dite "rationnelle", essentiellement thomiste, peut-elle conclure à l'immortalité de l'âme alors qu'elle part de la même définition de l'âme qu'Aristote et de la même métaphysique de l'acte et de la puissance?
C'est ce qu'il est convenu d'appeler une tragique inconséquence logique.
Du reste Saint Maxime, avec d'ailleurs aussi Saint Grégoire de Nysse et Saint Grégoire le Théologien avaient bien compris que l'aristotélicisme impliquait la mortalité de l'âme:
"Et ceux qui déraisonnent tant, supprimant l'immortalité de l'âme, rien ne les distingue de la digilence impie d'Epicure et d'Aristote, avec qui ces gaillards, comme il est naturel se glorifient de se ranger" (Saint Maxime, Lettre 7, P. G. XCI, 437)
A notre époque le Professeur Jean-François Riaux déclare:
"
En faisant de l’âme la simple forme du corps organisé, on voit mal en effet comment celle-ci ne disparaîtrait pas avec le corps lui-même". (Enjeux et limites du recours à l'hylémorphisme dans la conception thomiste de l'immortalité)
Le Père Habra écrit dans "La mort et l'au-delà":
"Il faut pourtant le reconnaître, les erreurs d'Aristote sur ce point sont une tragique inconséquence d'un philosophe qui croyait à la pensée pure et à la capacité de la raison de maîtriser les instincts".
Non il ne s'agit pas d'une inconséquence, il s'agit au contraire d'une conséquence logiquement déduite des prémisses de son système métaphysique. L'inconséquence elle est dans le fait de déduire l'immortalité de l'âme en partant du système métaphysique d'Aristote.
On ne peut pas reprocher à Aristote d'être aristotélicien au lieu d'être platonicien ou chrétien.
Pourtant l'âme est immortelle comme le démontre Platon et le néo-platonicien Plotin.
Comment donc rectifier l'aristotélicisme de façon à y incorporer l'immortalité de l'âme?
Nous avons vu que dans l'aristotélicisme la possibilité matérielle doit toujours préexister à l'actualité, sauf dans un cas, celui de l'Acte pur, Dieu. Mais dans tous les autres cas il faut pouvoir disposer d'une matière, d'une potentialité pour actualiser un être.
D'autre part remarquons que l'âme-intellect de Platon n'a plus aucune individualité car ne disposant plus d'aucune matière pour se singulariser. La pensée pure ce n'est pas un homme.
Par conséquent cela nous amène à considérer l'existence d'un deuxième corps: l'homme n'aurait pas un seul corps comme le croit le vulgaire, mais deux corps: un corps corruptible et un corps subtil incorruptible, l'âme serait l'acte non pas du corps corruptible, mais du corps subtil, ainsi la possibilité du vivant demeurerait dans ce corps subtil après la mort et l'âme du défunt serait l'actualité de ce corps subtil ou deuxième véhicule de conscience.
Je cite ici le Père François Brune, théologien, exégète et spécialiste internationalement reconnu des phénomènes paranormaux:
"Cette gloire du corps spirituel, il n'est pas possible de la décrire plus précisément. Encore moins de la peindre directement. Mais c'est pour nous en donner quand même un certain pressentiment ou pour en entretenir en nous la nostalgie que l'Orient chrétien a inventé cette forme d'art si particulière: l'icône. Là, tout baigne sur fond d'or, sur fond de Dieu. Ni les corps ni les objets ne font plus aucune ombre portée. Les corps sont allongés, aplatis, presque comme des fantômes. Les visages sont éclairés de l'intérieur, renvoyant toutes les ombres en halo, autour du visage. Les yeux n'ont presque plus de blanc de l'oeil, pas de cils, pas de paupières à moitié baissées. Ils sont grands ouverts sur l'au-delà. Ils contemplent l'invisible.
Quand Sainte Thérèse d'Avila ou Sainte Bernardette à Lourdes voient cette même lumière en notant qu'elle est plus éclatante que le soleil et que pourtant elle ne blesse pas les yeux, je pense que c'est le même phénomène qui se produit:
c'est leur double qui voit à travers leur corps de chair
Les pouvoirs du corps spirituel
C'est peut-être le même mécanisme qui se produit lors des lévitations.
Le corps de gloire ou corps astral, subtil.., entraînant le corps de chair et le faisant flotter comme il est arrivé à tant de morts de mort provisoire, qui se retrouvaient au plafond de la salle d'opérations.(...)C'est sans doute encore le corps subtil que nous possédons tous dès notre conception, mais sous l'effet de forces prodigieuses, qui peut projeter en l'air le corps de chair lors de certaines possessions démoniaques
(...)
Les bilocations de padre Pio sont plus connues, la plus spectaculaire étant celle où
il apparaît en plein ciel, devant le cockpit d'un commandant d'escadrille américain, pour lui barrer le passage et l'obliger à rebrousser chemin avec toute son escadrille."
"
("Les morts nous parlent")
Claude Lecouteux, professeur de littérature et de langue germaniques à l'Université de Caen a découvert de nombreuses références au "Double" (Doppelgänger) dans les manuscrits médiévaux:
"La réalité d'un transport au loin ne peut être mise en doute, à chaque fois ce que disent ces femmes ou ces hommes sortant de leur transe se révèle exact. Mais ce que les gens de ce temps-là étaient incapables de comprendre, c'est que
le Double part en voyage. Ayant sous les yeux le corps privé de sens, ils ne pouvaient s'imaginer quelque chose d'aussi étranger à leur culture et à leur religion car pour eux un homme se compose d'un corps et d'une âme, un point c'est tout! Le lecteur a relevé une différence entre les deux témoignages: dans le premier cas, nous avons affaire à des professionnels du
voyage extatique, ils n'ont pas besoin de beaume; dans le second cas, nous avons affaire à ce que nous pourrions appeler des occasionnels qui ne maîtrisent pas les techniques extatiques et sont donc condamnés à avoir recours à un onguent torpide"
("Fées, sorcières et loups-garous au Moyen-Âge")