Raistlin a écrit :petite fleur a écrit :Et ils me disent souvent, qu'ils connaissent Jésus, que pour eux c'est un prophète.
Ce à quoi il faut répondre, avec charité et douceur, qu'ils se trompent. Ils connaissent un certain 'Isa - qui n'est pas le nom arabe de Jésus (qui est Yasu') - dont la figure dans l'islam ne correspond pas au Jésus que nous connaissons. De même pour Abraham ou Marie : nous ne les avons pas en commun avec l'islam car Abraham n'est pas Ibrahim et Marie n'est pas Maryam. Je sais, c'est difficile à entendre, mais c'est la stricte vérité.
C'est un peu comme si je prétendais connaître Muhammad mais en changeant son nom, et en lui prêtant des actions et des paroles que les musulmans ne reconnaissent pas. Ils me diraient simplement que ce n'est pas leur Muhammad et ils auraient raison.
Le rapprochement et la concorde entre les personnes est toujours une bonne chose. Mais il faut que ça se fasse dans la vérité, ne serait-ce que par respect pour l'autre. On ne construit rien de solide sur des mensonges ou des illusions.
Pour témoigner de la vérité, il faut d'abord se revêtir du Christ, par la prière et les sacrements, et se laisser transformer, à Son image, pour n'être qu' humilité et amour.
Les musulmans, sont nés dans une culture, et ont reçu cet enseignement religieux depuis leur toute petite enfance. Et nous serions tous ici comme eux, si nous étions nés parmi eux, dans cette culture.
Ce qui devrait nous faire tendre, non au jugement, mais à une grande et profonde compassion, car ils n'ont pas la chance, comme nous, de connaitre le Christ tel que nous le connaissons, et d'avoir accès à toute sa plénitude.
Ils ne rejettent pas le Christ tel que nous le connaissons, ils rejettent une image erronée du Christ.
Pour ce qui est de leur dire la vérité du Christ, il me semble, qu'il faut beaucoup de douceur et de prudence, ce qui ne revient pas à renier la vérité.
Et pour cela, il faut d'abord prier et aimer (par l'accueil de l'autre, l'écoute, la fraternité) et, se laisser guider en toute chose par la volonté de Dieu,
ET non par sa propre volonté de convaincre.
En laissant Son Esprit Saint inspirer tous nos actes et nos paroles.
Je voudrais citer Mgr Dubost, s'adressant aux musulmans de la mosquée d'Evry en 2003:
Frères,
Lorsqu’un événement grave survient, le premier réflexe est de se rapprocher de ceux sur qui on peut compter.
C’est pourquoi, au début de cette guerre, je suis venu ici.
Je suis venu comme un frère, comme un pauvre.
Ma pauvreté, comme la vôtre, je crois, est d’être pris dans un monde où nous voulons la paix et où nous n’arrivons pas à la construire, En tous cas, à la construire aussi vite que nous le voudrions.
Construire la paix.
C’est d’abord accepter de nous tendre la main fraternellement.
Même si nous sommes différents.
Même si nos histoires sont en partie différentes et quelquefois douloureuses.
Construire la paix.
C’est accepter de nous respecter, même si nous ne pensons pas la même chose sur tout.
Certes, je suis ici parce que j’ai sur la guerre la même pensée que beaucoup d’entre vous
Et parce que je veux vous témoigner de mon respect, de ma fraternité. Mais je sais que nous n’avons pas la même idée de Dieu et de ce qu’il nous demande.
Je rêve du jour où nous serons suffisamment amis pour pouvoir nous parler De ce qui nous distingue, de ce qui nous fait souffrir chez l’autre...
Quel exemple donnerait, alors, notre amitié
A tous ceux que leurs différences de conception, politique ou religieuse, Poussent à s’opposer entre eux, voire à se faire la guerre.
Construire la paix.
C’est construire quelque chose ensemble !
J’admire la place que l’Islam donne aux pauvres.
L’idéal coranique, me semble-t-il, est celui d’un style de vie simple fondé sur la famille.
Qui rejette la consommation et l’accumulation excessive des biens.
Le Zakat est un pilier de l’Islam destiné à l’aide des personnes dans le besoin.
Et si le Zakat est obligatoire, la générosité des musulmans ne s’arrête pas là.
Votre loi rejoint l’appel des grands prophètes de la Bible et du Christ : Souvent, je me dis que nous devrions travailler ensemble
Pour savoir critiquer une société dont la seule règle est le profit, le rendement
Et proposer l’abolition des dettes pour les miséreux - qu’ils soient des pays ou des personnes -
La justice pour tous est un des fondements de la paix.
Construire la paix.
C’est être, ensemble, témoins de la miséricorde de Dieu.
"Le bien et le mal ne se valent pas, libère-toi grâce à une meilleure action :
celui dont tu étais séparé par inimitié deviendra pour toi un ardent allié".
Frères, si je me permets de citer ici le Coran, croyez que c’est avec respect
Et parce que j’y entends comme un écho de l’Evangile de Jésus Christ.
Vous aimez vous référer à l’Andalousie du XII° siècle
Où musulmans, juifs et chrétiens ont bâti ensemble une civilisation pacifique.
Il y a bien d’autres exemples dans l’histoire pour prouver que la fraternité est possible.
Il est nécessaire de se rappeler ces souvenirs
pour ne pas importer, ici, la guerre qui se passe là-bas.
Les événements peuvent se précipiter.
Certains peuvent être tentés d’enrôler Dieu dans leur camp.
Certains peuvent être tentés de se servir de ce temps pour exprimer violemment leurs frustrations...
Je vous propose de répondre au mal par le bien.
Je vous propose de considérer et de faire considérer toute attaque, même verbale,
Contre la pensée religieuse ou contre la communauté religieuse de l’autre Comme une attaque contre nous-mêmes.
Soyons clairs : Les moments troublés que nous vivons vont favoriser les extrémismes.
Frères, faisons-nous confiance les uns aux autres.
Sachons que ces extrémistes ne représentent ni l’islam, ni le christianisme, ni le judaïsme...
Jugeons-nous sur le meilleur de chacun...
Je suis venu comme un frère.
Je suis venu comme un pauvre.
Dieu nous a voulus différents, il aurait pu faire de nous un peuple uni... Il ne l’a pas fait.
C’est sans doute pour que nous puissions chercher à rivaliser entre nous En recherche de sa volonté et en bonnes actions...
Mgr Michel Dubost Evêque d’Evry