Re: Inné ou acquis ? possible d'acquérir davantage de vertu
Publié : ven. 01 mars 2013, 21:54
(suite et fin)
- S'isoler. C'est la tentation du repli sur soi, qui aggrave encore le problème car il laisse la personne seule face à ses émotions et pensées. Aller vers les autres en cas de rejet est la stratégie prioritaire : même s'ils ne nous comprennent qu'imparfaitement, même s'ils ne nous réconfortent pas totalement, même s'ils se montrent décevants dans la qualité de leur soutien, le pire serait de rester seul ... C'est parfois très difficile à expliquer à nos patients hypersensibles au rejet : aller vers les autres non pas pour aller mieux ou se sentir consolé, mais comme un acte de survie, qui ne nous donnera pas forcément de mieux-être immédiat, mais sera indispensable. Comme désinfecter rapidement une blessure : cela n'empêche pas d'avoir mal, mais diminue le risque de surinfection. La surinfection des expériences de rejet, c'est la paranoia, l'autopunition, l'amertume, la misanthropie, toutes réactions qui vont grandir notre souffrance, et diminuer nos capacités à nous relier ultérieurement aux autres.
- Abîmer les liens existants avec les personnes proches. Alors que c'est justement auprès d'elles que nous pourrions trouver réconfort et soutien, l'hypersensibilité au rejet s'infiltre aussi, souvent, dans les relations conjugales par exemple et augmente les risques d'insatisfaction vis à vis de son conjoint. Mécontentement et ressentiment peuvent aussi être déplacés sur notre famille, nos amis.
- Chez certains, les plus fragiles ou les plus usés par le rejet, la tentation se profile souvent, à un moment ou un autre, de se faire du mal. On ressent l'envie obscure de s'automutiler ou de s'autodétruire. La consommation brutale de toxiques comme l'alcool relève de cette dynamique de l'autodestruction, chez des femmes notamment, où l'on observe, après des rejets, l'absorption d'alcool fort jusqu'à l'ivresse, puis le coma. Les crises de boulimie, elles aussi, sont souvent déclenchées par des vécus de rejet social, même minimes (ne pas avoir de courrier dans sa boîte, de message sur son répondeur, de mail dans son ordinnateur : «Tout le monde m'oublie, je suis seule ...», même supposés et sans preuves. Une vague de désarroi viscéral submerge la personne et la pousse à se nuire [...]
Étonnamment, faire subir à quelqu'un, même en imagination, une expérience de rejet va gripper son intelligence. Il va alors moins bien s'y prendre face aux problèmes à résoudre et aux tests de QI. Cet effet délétère ne paraît pas uniquement dû à l'impact émotionnel du rejet : ce n,est pas seulement parce que nous sommes tristes ou inquiet de ce rejet que nos performances baissent, ni parce que nous ruminons sur notre infortune. Il semble bien qu'il existe une «onde de choc» inconsciente provoquée par la situation de rejet, qui mobilise et qui fige, en quelque sorte, notre énergie psychique.
Nouvelle expérience de psychologie pas drôle, mais qui nous aide à démontrer et à traquer les mécanismes de la souffrance du rejet social. Vous êtes par petits groupes de six personnes de même sexe. Après avoir fait faire connaissance les uns avec les autres, au travers de petites rencontres de vingt minutes chacune, on vous fait passer dans une autre pièce, où l'on vous demande de choisir deux des personnes que vous venez de rencontrer pour travailler en groupe avec elles. Puis, peu après, on revient vers vous pour vous dire que, hélas, vous n'avez été choisi par personne (en réalité il s'agit d'un simple tirage au sort, mais vous ne l'apprendrez qu'ensuite) [...] Après quoi, que vous soyez ainsi rejeté ou accepté, on vous propose de participer, mais tout seul à d'autres expériences. Et l'expérience suivante consiste à évaluer d'après un questionnaire précis le goût et la texture de cookies, tous les mêmes, dont une grande quantité a été déposée sur un plateau. On vous laisse avec vos cookies, votre questionnaire et votre expérience de rejet social encore toute fraîche, pendant dix minutes. Les participants qui viennent de subir le rejet vont avaler en moyenne neuf cookies pour répondre au questionnaire d'évaluation des gâteaux, là où les participants qui n'ont pas été rejetés n'en avaleront que quatre ou cinq. Comme si les rejetés avaient perdu leur capacité d'autocontrôle, si précieuse pour ne pas sombrer face à chaque difficulté de la vie.
D'autres manipulations pendant la même étude aboutiront au même résultat : si on est rejeté, on est moins capable de faire des efforts, de se contrôler, on abandonne plus vite les tâches difficiles, on prend davantage de risques absurdes. L'analyse fine des résultats montre que, tout autant que la perte des capacités d'autocontrôle, c'est aussi l'envie de faire des efforts qui est annihilée chez les personnes vivant une expérience de rejet.
Ces données sont les mêmes chez les sujets qui ont perdu leur conjoint, avec ces travaux étonnants montrant que l'on trouve un taux anormalement élevé de meurtriers chez les veufs, comme si l'absence de conjoints, la perte de ce lien si fondamental à notre bien-être, favorisait la dérégulation du contrôle de soi.
Source : Christophe André, Imparfaits, libres et heureux, p. 214
- S'isoler. C'est la tentation du repli sur soi, qui aggrave encore le problème car il laisse la personne seule face à ses émotions et pensées. Aller vers les autres en cas de rejet est la stratégie prioritaire : même s'ils ne nous comprennent qu'imparfaitement, même s'ils ne nous réconfortent pas totalement, même s'ils se montrent décevants dans la qualité de leur soutien, le pire serait de rester seul ... C'est parfois très difficile à expliquer à nos patients hypersensibles au rejet : aller vers les autres non pas pour aller mieux ou se sentir consolé, mais comme un acte de survie, qui ne nous donnera pas forcément de mieux-être immédiat, mais sera indispensable. Comme désinfecter rapidement une blessure : cela n'empêche pas d'avoir mal, mais diminue le risque de surinfection. La surinfection des expériences de rejet, c'est la paranoia, l'autopunition, l'amertume, la misanthropie, toutes réactions qui vont grandir notre souffrance, et diminuer nos capacités à nous relier ultérieurement aux autres.
- Abîmer les liens existants avec les personnes proches. Alors que c'est justement auprès d'elles que nous pourrions trouver réconfort et soutien, l'hypersensibilité au rejet s'infiltre aussi, souvent, dans les relations conjugales par exemple et augmente les risques d'insatisfaction vis à vis de son conjoint. Mécontentement et ressentiment peuvent aussi être déplacés sur notre famille, nos amis.
- Chez certains, les plus fragiles ou les plus usés par le rejet, la tentation se profile souvent, à un moment ou un autre, de se faire du mal. On ressent l'envie obscure de s'automutiler ou de s'autodétruire. La consommation brutale de toxiques comme l'alcool relève de cette dynamique de l'autodestruction, chez des femmes notamment, où l'on observe, après des rejets, l'absorption d'alcool fort jusqu'à l'ivresse, puis le coma. Les crises de boulimie, elles aussi, sont souvent déclenchées par des vécus de rejet social, même minimes (ne pas avoir de courrier dans sa boîte, de message sur son répondeur, de mail dans son ordinnateur : «Tout le monde m'oublie, je suis seule ...», même supposés et sans preuves. Une vague de désarroi viscéral submerge la personne et la pousse à se nuire [...]
Étonnamment, faire subir à quelqu'un, même en imagination, une expérience de rejet va gripper son intelligence. Il va alors moins bien s'y prendre face aux problèmes à résoudre et aux tests de QI. Cet effet délétère ne paraît pas uniquement dû à l'impact émotionnel du rejet : ce n,est pas seulement parce que nous sommes tristes ou inquiet de ce rejet que nos performances baissent, ni parce que nous ruminons sur notre infortune. Il semble bien qu'il existe une «onde de choc» inconsciente provoquée par la situation de rejet, qui mobilise et qui fige, en quelque sorte, notre énergie psychique.
Nouvelle expérience de psychologie pas drôle, mais qui nous aide à démontrer et à traquer les mécanismes de la souffrance du rejet social. Vous êtes par petits groupes de six personnes de même sexe. Après avoir fait faire connaissance les uns avec les autres, au travers de petites rencontres de vingt minutes chacune, on vous fait passer dans une autre pièce, où l'on vous demande de choisir deux des personnes que vous venez de rencontrer pour travailler en groupe avec elles. Puis, peu après, on revient vers vous pour vous dire que, hélas, vous n'avez été choisi par personne (en réalité il s'agit d'un simple tirage au sort, mais vous ne l'apprendrez qu'ensuite) [...] Après quoi, que vous soyez ainsi rejeté ou accepté, on vous propose de participer, mais tout seul à d'autres expériences. Et l'expérience suivante consiste à évaluer d'après un questionnaire précis le goût et la texture de cookies, tous les mêmes, dont une grande quantité a été déposée sur un plateau. On vous laisse avec vos cookies, votre questionnaire et votre expérience de rejet social encore toute fraîche, pendant dix minutes. Les participants qui viennent de subir le rejet vont avaler en moyenne neuf cookies pour répondre au questionnaire d'évaluation des gâteaux, là où les participants qui n'ont pas été rejetés n'en avaleront que quatre ou cinq. Comme si les rejetés avaient perdu leur capacité d'autocontrôle, si précieuse pour ne pas sombrer face à chaque difficulté de la vie.
D'autres manipulations pendant la même étude aboutiront au même résultat : si on est rejeté, on est moins capable de faire des efforts, de se contrôler, on abandonne plus vite les tâches difficiles, on prend davantage de risques absurdes. L'analyse fine des résultats montre que, tout autant que la perte des capacités d'autocontrôle, c'est aussi l'envie de faire des efforts qui est annihilée chez les personnes vivant une expérience de rejet.
Ces données sont les mêmes chez les sujets qui ont perdu leur conjoint, avec ces travaux étonnants montrant que l'on trouve un taux anormalement élevé de meurtriers chez les veufs, comme si l'absence de conjoints, la perte de ce lien si fondamental à notre bien-être, favorisait la dérégulation du contrôle de soi.
Source : Christophe André, Imparfaits, libres et heureux, p. 214