Cher Raistlin,
Je viens d'écouter l'homélie en entier, ce que je fais régulièrement car 1) étant marseillaise, je le connais, 2) j'apprécie sa vitalité et son courage 3) je lui suis reconnaissante de célébrer l'une des seules messes de France où l'Evangile est parfois lu en 12 langues et dialectes tant le cosmopolitisme est ancré dans ma merveilleuse ville de naissance.
Je voudrais aussi préciser au passage qu'il n'y a que sur ce forum que je suis perçue comme féministe : dans ma vie personnelle, on me trouve plutôt réactionnaire

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Alors, allons-y. Je suis d'accord pour être le chef d'oeuvre de l'humanité. Et en effet, je pense que la femme a naturellement des prédispositions à l'Amour (textuellement dans l'homélie si vous prenez la peine de l'écouter en entier). Elle est souvent plus "sentimentale", plus "empathique", jouant plus souvent la carte de l'émotionnel (et c'est souvent sur ce forum ce que nous reprochez, messieurs). D'ailleurs, c'est souvent aussi sur ce forum que l'on se préoccupe du fait que l'homme se féminise, que la société se féminise, alors que si la femme est un tel chef-d'oeuvre, tout le monde aurait à gagner à se féminiser (à savoir, jouer la carte de l'amour et des sentiments, du soin et de l'empathie).
Il me semble que c'est beaucoup d'honneurs pour nous les femmes, mais que ça ne laisse pas grand chose aux hommes et que même, ça les dessert. Comment ça ? Un homme ne serait donc pas naturtellement capable sans la femme d'empathie, de générosité, de soins, d'amour absolu ? L'homme n'aurait pas dans ses entrailles le désir d'être père à part entière et le désir de fonder une famille ? Je regarde mon mari et je me dis que tout ce que j'ai appris de l'amour, c'est grâce à lui. Mon mari qui a des entrailles de mère, qui le don de soi personnifié, qui tout en étant très viril est toujours empli de douceur et d'empathie. Tout ce que j'ai appris de la maternité, moi qui n'aime pas les enfants (sauf quand ils commencent à être autonomes et qu'ils commencent à "disserter"), je le tiens de mon mari. Sans ses encouragements et ses "ne t'inquiète pas, tu seras toujours une bonne mère car tu es leur mère et ça, personne ne pourra l'être à ta place", j'aurais rendu mon tablier. Bien entendu, lorsque l'un de nos fils est malade, je suis plus "efficace" et je sais mieux faire. Rester des heures à l'hôpital au chevet d'un de mes enfants ne me pèse aucunement alors que mon mari, oui. Mais pour le reste : jouer avec eux, sortir avec eux, jouer au ballon, les baigner, les habiller, leur donner à manger (pas leur faire à manger, ça j'adore), se plaire en leur présence, écouter leurs piaillements incessants... Là, heureusement qu'il est là.
Passons au fait que le démon veuille s'attaquer en priorité à la femme. Les quelques exemples cités par le Père dans son homélie sont : les femmes veulent s'affranchir de la domination masculine, les femmes veulent se libérer du carcan des enfants, les femmes ne veulent plus fonder de famille (non textuel mais c'est l'esprit), les femmes extirpent les germes de vie de leurs entrailles pour acqurir une pseudo liberté.
S'affranchir de la domination masculine, cela me semble plutôt positif : cela ne signifie en rien que l'on veut s'affranchir de l'homme mais seulement de sa domination. En gros, tout simplement : la complémentarité oui, la domination de l'un sur l'autre non. Je pense qu'on est tous d'accord sur ce point. Les femmes l'expriment sans doute différemment car il n'est pas si lointain le temps où certains hommes n'imaginaient pas leur femme travailler, être autonomes financièrement, posséder un chéquier ou même voter...
Les femmes veulent se libérer du carcan des enfants... Le démon leur ferait croire que les enfants sont un carcan. Bon. Que les enfants empêchent un accomplissement personnel : tout le monde est d'accord. Sauf à considérer que l'accomplissement personnel de la femme soit la famille et les enfants (les enfants, c'est bien gentil mais ça part un jour -heureusement d'ailleurs). Dans mon cas, avec ma multitude de diplômes, en ayant fait le choix (qui n'en était pas vraiment un : aucune possibilité de garde) de rester au foyer, je ne pourrai jamais retrouver un emploi un peu stimulant intellectuellement et financièrement attractif. Et le fait d'être au foyer ne me garantit nullement : ni l'amour de mes enfants, ni l'amour de mon mari, ni l'assurance que mes enfants "tournent" bien. Il me semble que plutôt que la femme qui voudrait se libérer du carcan des enfants, c'est plutôt la société qui ne fait rien pour que le travail de mère soit reconnu et épanouissant, et pour que les familles soient un minimum à l'abri. On ne peut pas élever sereinement de nombreux enfants dans un petit appartement, on ne peut pas élever sereinement des enfants si on ne peut pas les habiller proprement et joliment, si on ne peut pas leur offrir non seulement l'amour mais la sécurité matérielle. C'est encore plus vrai dans notre société ultra libérale où la consommation est la religion du peuple.
Les femmes ne veulent pas fonder de famille : ah bon ? Le père Zanotti-Sorkine ne doit pas vivre dans le même monde que le mien. Les femmes sont simplement plus exigeantes car elles sont souvent au ras des pâquerettes : pour fonder une famille, maintenant que l'on vit loin de nos parents, loin de nos familles, avec peu de soutien autour, il faut un mari qui tienne la route et qui aime s'occuper des enfants ! Fonder une famille est peu recommandé sans argent, sans travail, sans logement, et sans soutien. Là encore, l'insécurité matérielle et le prix des logements sont un sérieux frein. Je sais, c'est basique mais c'est la triste réalité. S'il suffisait simplement de s'aimer et de désirer une famille pour avoir la possibilité matérielle de le faire, ce serait extraordinaire.
Les femmes avortent. Soit. Toutes seules ? Aucune femme n'étant mère sans petite graine déposée au préalable, je ne vois pas en quoi ce serait à la femme seule de devoir défendre la vie. Par ailleurs, dire que c'est en partie pour leur liberté que les femmes avortent. Je l'ai dit plus haut : donnez à chaque femme un mari qui les aime, les soutienne et aime les enfants, donnez lui un logement assez grand pour une famille, donnez un travail aux parents quand ils n'en ont pas, un meilleur salaire au père ou à la mère, donnez une place en crèche avec des horaires étendues et pas trop chère si la mère est seule, et vous verrez que le taux d'avortement se réduirait comme peau de chagrin. Autour de moi, toutes les femmes qui ont avorté l'ont fait : par pression du conjoint, par manque de logement décent, par manque d'argent, et essentiellement par manque de soutien social et affectif (mais le logement était toujours le plus gros soucis).
Donc certes, le démon est agissant (car c'est le thème de l'homélie quand même, ne l'oublions pas) mais il me semble que le père Zanotti-Sorkine accorde trop de place à la famille. Jamais il n'évoque le détricotage social et familial induit par un libéralisme économique sans nom, une course effrénée vers le consummérisme sans limite, et le culte du paraître. Il fut un temps où le divorce était interdit, où l'avortement était illégal... et le démon était toujours aussi présent et efficace. Ce n'est pas tant la femme qui veut se libérer de tous les carcans que la société qui ne fait rien pour que la femme puisse trouver une juste place. Car, par exemple, une mère de plusieurs enfants qui s'est volontairement arrêtée pour les élever, si son mari vient à la quitter ou à mourir, elle ne peut plus rien et la société ne lui propose rien. L'argent est le nerf de la guerre.
Et finalement, voilà, une homélie sur le démon et l'action du démon de 17 minutes où il n'est quasiment question que de la femme, de la famille et de l'avortement. L'homme ? Absent ou presque (ah si : comme violeur, terroriste, nazi...). Qui dit famille dit homme et femme. L'un ne va pas sans l'autre. Je ne vois pas comment il peut parler de la famille sans parler de l'homme et de la femme, comme s'il suffiqait que la femme désire fonder un foyer pour que ce foyer tienne... Ce serait vraiment trop simple et il n'y aurait presque plus de divorces.
Finalement, les seules femmes vraiment libres sont les religieuses. Car elles au moins, on ne leur reprochera pas de ne pas être mère, de ne pas être de bonnes mères, de ne pas se sacrifier pour leur famille, de ne pas être des épouses douces et attentives à leur foyer...
Fraternellement.
Cécile
PS : quant au Père Zanotti-Sorkine, je le trouve souvent très théâtral (bon, c'était son métier avant), il me semble qu'il s'écoute parler... et sa vision du prêtre n'a rien de très humble...