Agnus a écrit : Je suis de plus en plus convaincu que la notion clef est celle de discontinuité dans la continuité, notion que l'on retrouve chez Teilhard de Chardin, comme avec le Bienheureux Jean-Paul II. L'homme un singe, issu d'une lente évolution de la matière (et proportionnellement des capacités cognitives) depuis 3,5 milliards d'années, mais il a un instant T été doté d'une âme spirituelle que fait qu'on passe du simple Homo à l'Homme si j'ose dire. Quand à savoir comment est arrivé cette âme spirituelle je pense qu'il est plus que difficile de le dire...
Cela me semble en effet la seule approche cohérente avec l’ensemble du trésor de la foi depuis 2.000 ans autant qu’avec les connaissances actuelles, sauf qu’il me semble inexact d’en déduire que nos très anciens ancêtres à l’état de primates auraient été des singes.
C’est peut-être aller trop loin pour les raisons que vous indiquez vous-mêmes plus loin.
La question scientifique me semble aujourd’hui sans réponse certaine.
Faut-il nécessairement imaginer que toutes les créatures vivantes d’aujourd’hui, plantes et animaux, proviennent d’une seule créature terrestre qui se serait divisée, à partir d’un même tronc, en espèces multiples sans cesse davantage divisées au fil des générations ?
Faut-il, au contraire, admettre que, dans la nature créée, des êtres ont pu surgir distinctement, sans ancêtre biologique commun, dans un contexte permettant l’apparition au même moment ou à des moments distincts d’êtres nouveaux susceptibles de se reproduire et d’évoluer ?
Il ne semble pas exclu que notre humanité ait sa souche propre distincte de celles des plantes et des animaux.
Avons-nous des ancêtres biologiques communs avec certaines plantes ou certains animaux ?
Je n’ai pas la réponse certaine à cette question, mais elle me semble a priori sans intérêt déterminant par rapport au moment essentiel de notre création lorsque Dieu a créé dans l’histoire des âmes immortelles à son image.
Peu importe, pour la foi, qu’avec des connaissances moins développées, de nombreux croyants des siècles passés ont « imaginé » des récits où tout se produit soudainement alors que rien dans le texte de la Genèse ne l’impose. Au contraire, les six « jours » montrent déjà une étonnante perception d’une évolution par étapes successives.
Jusqu’à un instant T.
Cet instant où nos premiers parents ont été créés à l’image de Dieu.
Agnus a écrit :Quand à savoir comment est arrivé cette âme spirituelle je pense qu'il est plus que difficile de le dire... Est-elle déjà placée (par Dieu) sous pression dans la matière au point de n'être opérative qu'à un moment donné de l'évolution ? Est-elle insufflée à un moment donné ? Peu d'élément me permettent de trancher.
Une âme spirituelle sous pression dans la matière ?
Nous pouvons penser à un cheminement préparatoire et une évolution dans une lignée spécifique d’hominidés puisque l’immaculée conception de la Sainte Vierge nous montre qu’il y a bien eu dans la création une préparation à l’incarnation du Christ. En effet, dans l’humanité terrestre, une femme a été conçue sans péché pour pouvoir accueillir en son sein et transmettre notre humanité à Dieu lui-même.
Puisqu’il y a eu une action spirituelle dans l’histoire de la Sainte Vierge avant mais en vue de l’incarnation du Christ, il semble acceptable de penser qu’une action spirituelle ait préparé la création des premières âmes immortelles dans la réalité créée antérieure.
Il me semble a priori possible (cela reste à vérifier) qu’au-delà des caractéristiques cérébrales, du développement progressif des aptitudes intellectuelles et de l’affectivité, il y ait eu aussi une évolution et une maturation de l’esprit humain, mais il n’a pu en aucun cas évoluer naturellement ou progressivement vers l’immortalité.
Dans l’histoire concrète, une créature est ou n’est pas immortelle.
Seule une intervention active de Dieu a pu faire exister une âme spirituelle immortelle en façonnant une âme et un esprit d’un Homo.
Il me semble certain qu’elle n’a pu que être insufflée à un moment donné lors de la création des premiers humains à l’image de Dieu.
Exactement comme Dieu l’a refait, pour lui-même, lorsque par l’Esprit Saint il s’est incarné par un souffle à un moment donné dans le corps d’une jeune femme de Palestine.
En effet, Dieu lui-même est devenu une âme humaine, un nouvel Adam, dans une lignée biologique simplement humaine jusqu’à Marie, par une « création » nouvelle, pour reprendre ce terme éclairant et audacieux de Benoît XVI, ce qui est encore bien davantage que la création nouvelle des premières âmes humaines immortelles à l’image de Dieu.
Où voyez-vous une possible hésitation avec « peu d’éléments permettant de trancher » ?
Agnus a écrit :Mais le fait est que la vision traditionnelle du Péché originel est peu compatible avec l'Evolution. Je me demande si finalement le péché originel de l'Homme ce n'est pas tout simplement son incapacité à gérer sa propre Liberté.
Peu compatible ? Mais, pourquoi ?
La compatibilité me semble parfaite car rien dans la réalité physique et son évolution ne peut contredire la création d’une âme immortelle qui échappe à la science, ni un péché spirituel. N’oubliez pas que le péché se produit « dans » l’Eden et pas seulement dans la réalité terrestre que Dieu a mis « dans » son Eden.
Le péché originel n’est pas un résultat d’une incapacité que Dieu aurait lui-même créée.
Au contraire, notre incapacité de gérer notre liberté est un résultat du péché originel.
Ce qui est manifeste, par contre, c’est qu’il n’existe aucune trace matérielle distincte du péché originel dans l’histoire ce qui perturbe ceux qui pensent qu’avant le péché originel les feuilles ne tombaient pas et que tant les plantes que les animaux subsistaient éternellement dans la nature.
Mais, rien dans la Genèse ou la foi de l’Eglise n’affirme cela. Nous savons seulement que, depuis le péché originel, il y a eu une interruption dans l’enfantement du monde confié à l’humanité, et que ce monde reste aujourd’hui dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore, mais cela n’a pas changé la nature terrestre, mais seulement la capacité de l'humain de la gouverner et de la développer en harmonie avec Dieu.
Avant comme après, l’évolution se poursuit sans discontinuité. Nous ne pouvons savoir ce que l’humain en harmonie avec Dieu aurait fait du monde présent.
Alors que l’esprit de nos premiers parents avait accès à l’Eden de Dieu, notre raison et notre sensibilité terrestres sont aujourd’hui comme enfermés dans la boite de notre cerveau.
Ils ne peuvent rien savoir de ce qu’il y a en dehors de la boite par leurs seuls moyens. Comment un humain qui ne voit que ce qu’il y a dans la boite à l’intérieur de laquelle ses capacités humaines peuvent percevoir quelque chose peut-il savoir ce qu’il y a à l’extérieur de ce que son cerveau peut connaître ?
Heureusement, il nous reste un esprit qui peut recevoir l'Esprit Saint.
Le Christ nous révèle pleinement qu’en dehors de notre boite, il n’y a pas seulement une réalité plus vaste, ni une réalité coupée de la nôtre, mais un Dieu qui est une union de personnes et qui agit, qui crée, qui invite dans son monde à Lui, avec une puissance d’action dans la réalité terrestre que le Christ, le vrai fils de l’homme tel qu’il a été créé, sans péché, nous montre par ses miracles et par sa résurrection.