Re: Naissance de Jésus et Quirinius
Publié : jeu. 19 avr. 2012, 14:37
Bon.Je renonce à débattre avec Cinci tant qu'il ne m'aura pas expliqué comment "pasan ten oicoumenen" peut se traduire par "le royaume d'Hérode seulement" et pourquoi c'est un édit d'Auguste qui ordonne un tel recensement.
La réponse serait que l'expression «pasan ten oicoumenen» que l'on pourrait traduire par «toute la terre» prendrait différent sens, en fonction du contexte de la phrase elle-même. La locution, si vous voulez, serait l'équivalent de notre expression «tout le monde» en français. «Tout le monde» peut signifier aussi bien la planète entière que trois ou quatre personnes seulement.
- Les martiens ont exterminé «tout le monde» sur la surface du globe or que tout le monde était présent chez les Dupond. «Tout le monde chez les Dupond» signifie tous les gens liés à la famille Dupond seulement. C'est non pas que 5 milliards d'habitants jusqu'à ceux de l'Australie seraient parvenus à se loger dans la maison des Dupond.
Le «tout le monde» peut avoir un sens restreint en fonction de la phrase ou du contexte de sens. Le pasan ten oicoumenen de Luc possède un sens restreint semblable.
Le toute la terre de Luc signifie la superficie totale du royaume d'Hérode (l'ensemble des terres du monarque concerné). Luc voulait parler du grand ensemble et non pas que d'une seule des provinces du roi. Le premier recensement concernait l'ensemble du royaume ... alors que la deuxième inscription se limitait au territoire de la Judée proprement dite ou au domaine qu'Archélaus avait reçu en partage et ne représentant plus qu'une certaine fraction du royaume initiale de son père.
«... Dion Cassus, par exemple, en parlant de l'insurrection de Bar Kokhba, à Jérusalem, sous l'empereur Hadrien, dit : « ... ten oicoumenes » et «... toute la terre, pour ainsi dire, fut troublée par cette insurrection» Il est bien évident que Dion n'évoque pas la terre entière, malgré l'expression, mais tout au plus l'empire romain et même moins que cela. Lorsque Dion parle de la douleur d'Hadrien à la mort d'Antinoüs et des honneurs extraordinnaires qu'il fit rendre à son favori, en disant que l'empereur lui éleva des statues «dans le monde entier», on ne doit pas entendre par là l'univers mais seulement les provinces romaines où furent érigées les images d'Antinoüs et ce ne fut pas dans toutes.»
et
«Parlant du tribut payé à Rome par les différents peuples soumis de la Gaule, Velleius Paterculus dit : « ... pene idem quod totus terrarum orbis ignavum conferunt stipendium »
Mais c'est aux livres saints, avant tout, qu'il faut demander l'interprétation du pasan ten oicoumenen du texte de Luc sur le recensement. Dans la Bible, «toute la terre» signifie bien souvent, suivant l'observation de Dom Calmet, que toute la Judée ou tout l'empire de Chaldée. [...]
Un exemple sera très parlant du sens restreint de l'expression de Luc. On la retrouve employée dans les Actes, au onzième chapitre du livre.
- «... en ces jours-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. L'un d'eux, du nom d'Agabus, se leva et signifia par l'esprit qu'il allait y avoir une grande famine dans le monde entier; c'est celle qui eut lieu sous Claude. Les disciples décidèrent d'envoyer, chacun selon ses moyens, une contribution au service des frères qui habitaient en Judée : ce qu'ils firent en l'expédiant aux anciens par l'entremise de Barnabé et Saül.» (Acte 11, 27)
Note infra. du traducteur Émile Osty, ma propre Bible : « ... les famines ne manquèrent pas sous le règne de Claude (41-54). [Flavius]Josèphe parle d'une famine qui aurait sévit en Palestine sous les procurateurs Cuspius Fadus et Tiberius Alexander, soit de 44 à 48.»
Autre exemple :
«... et la sixième heure venue, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à la neuvième heure. Et, à la neuvième heure, Jésus clama d'une voix forte : Éloi, Éloï, lama sabachtani ? [...]» (Marc 15, 33)
Les mystérieuses ténèbres de la Passion ne se comprennent pas dans le sens que la planète tout entière eût été plongée dans le noir, mais bien le territoire de la Judée-Palestine. Personne n'entend qu'il y aurait de l'obscurité synchronisée au Japon lors de la mort de Jésus.
Même dans Genèse :
«... toute la terre avait un seul langage et les mêmes mots. Or en partant du côté de l'orient, les hommes trouvèrent une plaine au pays de Chinéar, et ils s'y établirent. Ils se dirent l'un à l'autre : «Allons ! faison des briques et cuisons-les au feu» [...] ils dirent «Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet soit dans les cieux et faisons-nous un nom, de peur que nous ne soyons dispersés à la surface de la terre.» Yavhé descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. [...] Voilà pourquoi on l'appela du nom de Babel; car c'est là que Yavhé brouilla le langage de toute la terre, et c'est de là que Yavhé les dispersa à la surface de toute la terre.» (Genèse 11, 1)
Le «toute la terre» de l'épisode s'entend d'un seul peuple et qui est regroupé, dont l'intrigue va se nouer et se dénouer dans la seule localité de Babel. Il ne s'agit pas d'une mutiplicité de peuples, de nations, d'habitants de Californie qui devraient parler la même langue que d'autres en Chine ou à Madagascar. Le drame est local. Le récit ne suggère pas des millions d'hommes sur cinq continents qui parlent même langage et qui doivent vivre l'expérience de la confusion des langues quand Dieu sera intervenu. Le «toute la terre» de l'épisode Babel prend le sens restreint «tout le monde chez Dupond».
«... la Vulgate le préjuge dans le verset de saint Luc en traduisant le mot universus orbis. Mais saint Jérôme, son auteur, nous avertit lui-même qu'il ne faut pas prendre l'expression au pied de la lettre, en faisant remarquer, à propos d'un passage d'Isaïe où le prophète annonce l'invasion des Mèdes, envoyés par Dieu, en Babylonie, ut disperdant omnem terram, que c'est une manière de parler propre à l'Écriture sainte pour signifier toute la terre du pays dont il est question «non quod totum orbem vastaverint sed omnem terram Babylonis et Chaldaeroum. Idioma est enim sancta scriptura ut omnem terram illius significet provinciae de qua sermo est : quod quidem non intelligentes ad homnium terrarum suversionem trahunt.» Ce texte est formel, l'observation de saint Jérôme s'applique aux expressions analogues qu'emploie la Bible. Par exemple, lorsque le roi de Moab, Balac, eut appris que le peuple nomade d'Israël, en route vers la terre promise, demandait à passer sur son territoire [...] les termes du message étaient ceux-ci : «Voilà qu'un peuple est sorti d'Égypte; il a couvert la surface de la terre et il campe devant moi .» Ecce egressus est populus en Aegypto, qui operuit superficiam terrae, sedens contra me (Nombre 22, 5) Cette expression «il a couvert la surface de la terre» ne doit évidemment s'entendre que des territoires déjà occupés par le peuple émigrant dont il est question ici.» (A. Loth; p.152)
Un peu de latin (grâce à la Bible Douay-Rheims)
... recordare Abraham Isaac et Israhel servorum tuorum quibus iurasti per temet ipsum dicens multiplicabo semen vestrum sicut stellas caeli et universam terram hanc de qua locutus sum dabo semini vestro et possidebitis eam semper (Exode 32, 13)
... et lustrata universa terra adfuerunt post novem menses et viginti dies in Hierusalem (2 Samuel 24, 8)
... factum est autem in diebus illis exiit edictum a Caesare Augusto ut describeretur universus orbis [2] haec descriptio prima facta est praeside Syriae Cyrino (Évangile de Luc 2,1)
... in his autem diebus supervenerunt ab Hierosolymis prophetae Antiochiam [28] et surgens unus ex eis nomine Agabus significabat per Spiritum famem magnam futuram in universo orbe terrarum quae facta est sub Claudio [29] discipuli autem prout quis habebat proposuerunt singuli eorum in ministerium mittere habitantibus in Iudaea fratribus [30] quod et fecerunt mittentes ad seniores per manus Barnabae et Sauli (Acte 11, 27)
Luc ne fait pas allusion à un édit de recensement du globe terrestre ou de tout l'empire romain au complet. Ce serait faire contresens. Non, il évoque le royaume du roi Hérode le Grand avec Jérusalem comme capitale.