PaxetBonum a écrit :Je souscris volontiers à votre interprétation Philemon.siclone
Mais il n'en reste pas moins qu'un prophète qui refuse de prophétiser s'oppose directement à la volonté de Dieu
Il le fait par peur, certes
C'est sa circonstance atténuante
Mais il s'oppose sciemment à Dieu
Sa rédemption vient quand il dit :
Jon 1:10- Les hommes furent saisis d'une grande crainte et ils lui dirent : " Qu'as-tu fait là! " Ils savaient en effet qu'il fuyait loin de Yahvé, car il le leur avait raconté. Ils lui dirent : " Que te ferons-nous pour que la mer s'apaise pour nous ? " Car la mer se soulevait de plus en plus. Il leur répondit : " Prenez-moi et jetez-moi à la mer, et la mer s'apaisera pour vous. Car, je le sais, c'est à cause de moi que cette violente tempête vous assaille. "
C'est sa confession… seul le pécheur se confesse, non ?
D'ailleurs il n'avait pas eu le courage de pointer sa faute avant que le sort ne le désigne
Je ne partage pas cet avis. Jonas aurait pu se taire, et laisser la tempête emporter la barque. Au contraire, il se dénonce, il se sacrifie. Il agit en tout point comme le Christ. Cela ne veut pas dire qu'il soit pécheur aux yeux de Dieu. Les vrais pécheurs sont ceux qui rejettent leurs propres péchés sur une victime expiatoire. Voyez l'attitude des marins : au lieu de se repentir de leurs péchés, ils cherchent un coupable. Tout le contraire des habitants de Ninive. Les marins représentent ici le peuple hébreux. La véritable origine de la tempête n'est pas l'infidélité supposée de Jonas, mais les péchés des hommes. Et Jonas s'accuse de tous ces péchés afin d'expier à la place des marins, comme le Christ s'est offert en victime pour expier les péchés à la place de son peuple.
Vous me direz : la tempête souffle sur le navire parce que Jonas se trouve à son bord, et qu'il a refusé de prophétiser. A mon avis, c'est se montrer trop cartésien avec les Écritures. Souvent, dans la Bible, une chose signifie justement son contraire. Par exemple, le Christ dit : "Je leur parle en paraboles de peur qu'ils comprennent et se convertissent". Veut-il donc que les pécheurs ne comprennent pas et ne se convertissent pas ? Évidemment non. Il a même dit : "Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et soit sauvé". Mais c'est une façon verbale et ironique de traduire la vérité, qui est : "Ils refusent d'entendre ma parole et de se convertir."
De plus, l'histoire de Jonas embrasse en figure tout l'Ancien et le Nouveau Testaments. C'est l'allégorie de l'histoire du Salut. La 1re partie reflète l'AT : voyant la méchanceté des hommes, Dieu appelle Abraham, et se prépare un peuple sur terre qui lui soit consacré, renonçant ainsi à convertir les hommes dans leur ensemble. D'une certaine manière, Dieu a fui l'humanité, irrémédiablement mauvaise, pour se constituer son propre peuple sur terre, le peuple "élu". Quand on réfléchit à l'attitude de Dieu au début de la Genèse, on y voit une forme de renoncement, de résignation. Ce n'est bien évidemment qu'une figure qui est offerte à notre intelligence.
Tous les prophètes, de Moïse jusqu'au Christ, se consacrent ensuite exclusivement au peuple hébreux, ne cherchant pas à convertir les Nations. C'est ce que traduit en figure la fuite de Jonas devant les nations païennes, préférant s'embarquer avec les marins, qui représentent le peuple hébreux. Finalement la tempête s'abat sur la barque, parce que les péchés du monde n'ont pas préservé le peuple élu, malgré la présence à bord de Jonas, c'est-à-dire des prophètes. Eux aussi (marins/hébreux) se sont prostitués avec les idoles. La tempête représente tous les maux de la vie, en particulier les malheurs qui frappent Israël (exil à Babylone, occupation romaine, etc.).
Israël cherche alors un coupable, qui n'est autre que Dieu lui-même, responsable de ne pas l'avoir suffisamment préservé de tous ces maux. Là-dessus, le Christ se dénonce : "C'est moi, le Fils de Dieu. C'est de ma faute si tous ces malheurs vous accablent." En réalité, il n'est nullement fautif, mais il se propose de prendre sur lui tous leurs péchés, lesquelles sont la véritable origine de tous leurs malheurs. Ils décident alors de le jeter hors de la barque, hors d'Israël, afin que tous ces maux cessent. Le grand-prêtre (ou capitaine des marins) prophétise lui-même : "mieux vaut qu'un seul soit condamné afin que tous soient sauvés". Et en effet, aussitôt que Jonas est jeté par dessus bord, et avalé par le monstre marin, la tempête cesse // aussitôt que le Christ est jeté hors d'Israël, et englouti dans la Mort, la malédiction du péché originel cesse de peser sur l'ensemble des hommes.