Cinci a écrit :@ archi,
L'auteur du texte en question nous dit que notre condition mortelle: "est la conséquence naturelle de notre condition matérielle."
Effectivement.
Comme la conséquence du fait d'être une créature limitée. Cette condition d'être une créature finie n'est pas un châtiment divin.
Non: Adam était, avant la chute, une créature finie: il n'était pas Dieu. Pourtant il ne connaissaint ni le mal ni la mort. Ces 2 choses sont pourtant entrées dans le monde.
Alors, soit on pense que Dieu a créé le mal, ce n'est pas admissible.
Soit on pense que Dieu n'est pas le créateur du mal, mais que notre monde mauvais a été créé par un mauvais Démiurge. C'est la conception platonicienne ou gnostique, qui devient dualiste dans ce dernier cas. C'es déjà mieux, mais dans tous les cas, le problème est que ça aboutit à la haine de la chair et de la nature.
Soit on écoute ce que le Saint Esprit nous enseigne par l'intermédiaire de l'Ecriture Sainte: il y a bien une puissance mauvaise dont la rébellion a entraîné le mal. Et nous héritons de la désobéissance d'Adam, qui a écouté les mensonges du Serpent et s'est retrouvé hors du Paradis Terrestre.
Le texte de la Genèse ne satisfait pas notre curiosité à savoir ce qui dût historiquement se produire, quand et comment. Ce n'est pas un texte historique. Il n'est pas de Dieu-Père qui nous invente le concept de la mort tout exprès, pour le concrétiser et comme pour l'infliger ensuite à l'homme en guise de représaille, punition ou vengeance. Le livre de la Sagesse dit que Dieu n'a pas fait la mort et ne prend pas plaisir à la perte du vivant.
C'est votre interprétation de la Genèse qui y voit "un Dieu-Père qui invente le concept de mort", et qui veut inventer des représailles. En fin de compte, c'est votre interprétation qui se veut non-historique, mais n'en est pas moins très littérale.
Moi, j'y vois ce qui me semble s'accorder avec toute la Tradition, c'est-à-dire qu'Adam n'a fait que récolter et transmettre à sa descendance d'une part, à la nature d'autre part, les conséquences de son geste - ce qui veut dire qu'ayant la charge de "cultiver le jardin", Dieu lui avait réellement le pouvoir sur la Création - en lui confiant de telles responsabilités quasi-divines, Dieu est loin de la conception du dieu sadique qui se plaît à infliger des représailles à la créature qu'il a piégé.
Sur ce fil, on peut d'ailleurs dire si les termes sont parfois susceptibles de plusieurs interprétations ("vouloir" la Passion et la souffrance, la "Colère" de Dieu, la "punition" divine...), la clé est de comprendre que les
interprétations qui imaginent un Dieu qui prend plaisir au mal, un Dieu sadique, ou un Dieu assoiffé de vengeance qui mène l'humanité à coups de trique, doivent être vigoureusement écartées. Sans pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain, l'Ecriture Sainte avec notre interprétation trop terre à terre de certaines expressions: c'est notre intelligence de la Foi qui doit grandir face à ce qui peut apparaître comme des difficultés, mais avec la volonté de garder le dépôt de la Foi et de l'Ecriture.
Maintenant, la Genèse est-elle "historique"?... si l'explication qui est donnée de notre sort est fausse, si c'est juste une métaphore, alors ce n'est qu'une consolation mensongère, dans le genre des histoires qu'on raconte aux petits enfants pour les tenir sages (style "si tu n'es pas sage l'ogre va te manger"). Là encore, on en vient à imaginer que l'Esprit Saint raconte des bobards, pour leur bien, aux naïfs que nous sommes. Voilà encore une vision inacceptable. On est donc bien obligés de reconnaître que ce que nous transmet l'Esprit est
vrai, même si l'on a du mal à saisir des réalités qui appartiennent à l'univers du Paradis terrestre et non à notre monde déchu et qu'on manque d'un vocabulaire adéquat pour les expliquer pleinement.
C'est là qu'est le souci pour moi : éliminer les faux problèmes. Benoit XVI n'est pas bisounours en disant ce qu'il dit.
Oui, tout à fait. Encore une fois, ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain, parce qu'ici, le bébé, ce sont les réalités enseignées par l'Ecriture, et qui nous permettent justement de nous élever jusqu'à la compréhension des vraies réalités, qui sont difficiles à comprendre. Au contraire, en relativisant la Révélation au nom de notre compréhension limitée, on ne fait que remplacer les faux problèmes (style le terme de "punition" pris au pied de la lettre) par de nouveaux problèmes qui sont eux, réellement insolubles (Dieu qui crée le mal, l'Ecriture qui n'est qu'une jolie fable).
In Xto,
archi.