Bonjour Christian,
Christian a écrit :la loyauté envers le pays "abstrait", le respect de la fonction, du grade plutôt que du muscle, est précisément ce qu'on appelle "état de droit"... en opposition à la féodalité, la mafia, la loi du plus fort, etc.
Quoi que prétendent les relativistes, il existe des prohibitions universelles : ne pas tuer, ne pas voler, etc. Je l’ai souvent rappelé ici. Les libéraux identifient ces prohibitions au droit de propriété de chacun sur son corps et sur ses biens (en bref, le Droit).
Si vous dites que la féodalité, c'est la loi du plus fort et la mafia, vous ne savez pas ce qu'est la féodalité, fondée sur les promesses et le contrat.
Tout le monde ne respecte pas constamment le Droit. Présenté comme une règle, il réclame de chacun une grande capacité d’abstraction et de projection de soi dans l’avenir.
Pardon, mais même les animaux, ont parfois une conscience morale (un chien par exemple donne des signes, comme s'il se sentait coupable) Il n'y a pas besoin d'être professeur agrégé de droit pour comprendre qu'il est certaines actions qui sont interdites.
Ceux qui en sont capables tiennent un raisonnement comme : « Même s’il m’en coûte maintenant d’observer la règle (ne pas subtiliser l’argent de la caisse laissée ouverte), je résiste à la tentation comme je voudrais que tous le fassent ; nous serions tous gagnants au jeu de l’honnêteté et de la confiance. »
Certains n'ont même pas la tentation.
D’autres, surtout les enfants, incapables de cette abstraction, doivent avoir d’autres motivations pour respecter le Droit. L’une, évidente, est la peur d’un châtiment. A l’échelle de la société cependant, cette méthode est onéreuse. Elle n’est dissuasive que si la probabilité du châtiment est élevée. Elle requiert un flicage serré du territoire, psychologiquement oppressant, budgétivore, politiquement dangereux.
La peur du châtiment n'est pas la sagesse, elle en est le début. Les enfants sont capables d'abstraction, dès qu'ils commencent à parler, bien sûr ils ne sont pas capables d'un très haut degré d'abstraction.
Un meilleur moyen est d’amener chacun à internaliser la répression de ses tentations violentes. Chacun porte alors le flic en lui (bon flic quand il s’agit de respecter le Droit). C’est le but de l’éducation civique. Deux approches en gros sont suivies. La première joue sur l’image sociale de l’individu. « Que vont-ils penser de moi si je suis un voleur ? », ‘ils’ étant la famille, le clan, les amis, les collègues. exemplaire aujourd’hui dans un pays comme le Japon. Ruth Benedict, dans son ouvrage célèbre Le Sabre et le Chrysanthème, qualifie à ce propos les sociétés asiatiques, collectivistes et conservatrices, de ‘sociétés de la honte’. L’effet secondaire d’une telle importance donnée à l’opinion d’autrui sur soi est le conformisme. Les innovateurs, les dissidents, les excentriques, même s’ils ne transgressent pas le Droit, ne sont guère appréciés.
Mais enfin, certains n'ont pas la tentation de faire mal. Je pense même que c'est la grande majorité. On agit pour le bien, parce que c'est le bien. Si c'est uniquement pour ma réputation que je décide de ne pas voler, si un jour je suis sûr de ne pas être pris, je volerai.
Les stés primitives et celles de l’Antiquité fonctionnaient sur ce mode d’autocontrôle (surtout parmi les mâles)
Mais d'où tirez-vous cela ? Je ne pense pas que les saints de l'Antiquité ne faisaient pas le mal uniquement parce qu'ils avaient honte. Et surtout les mâles, ça veut dire que les femmes faisaient n'importe quoi parce qu'elles n'avaient pas honte ?
Que la société japonaise, ou plutôt les Japonais, soient très sujets à la honte, n'entraîne pas que ce soit leurs seuls mobiles. Cela ne veut pas dire non plus que ce soit une société "totalitaire". Vous passez du droit pénal, aux notions d'innovateurs, de dissidents et d'excentriques et vous ne vous rendez pas compte que vous changez de matière. Pour l'innovation, avec le Japon, vous tombez mal. Pour les dissidents et les excentriques, ils ne le seraient plus si toute la société était comme eux, cela n'entraîne pas pour autant qu'ils soient ou ne soient pas appréciés, un peu à la manière des "fous du roi".
Le Christianisme fut révolutionnaire. Le chrétien ne compte plus sur l’opinion d’autrui pour déterminer sa conduite. Dieu est le seul juge réel de ses manquements au Droit. Nous Lui rendons compte individuellement de nos actes. Il ne peut nous demander de violer le Droit qui est la règle qu’Il a Lui-même établie pour nous, mais Il attend souvent que nous allions à contre-courant de la société, que nous soyons dissidents, rebelles à l’ordre établi, créateurs. Les sociétés chrétiennes occidentales, individualistes (ce qui ne veut pas dire égoïstes) sont qualifiées par opposition aux autres, ‘sociétés du péché’.
Qui vous a dit que je ne tiens pas compte de l'opinion d'autrui ? Quel passage de l'Evangile condamne-t-il l'opinion d'autrui comme mobile ? Bien sûr, ce n'est pas le critère absolu, mais la notion de scandale, si chère à Jésus qu'Il a de terribles imprécations contre les personnes scandaleuses, est bien un critère : malheur à celui qui fait changer son prochain d'opinion et donc celui qui, par hypothèse ne tient pas compte des opinions morales de son prochain. Le christianisme ne fut révolutionnaire que dans le sens qu'il fut un progrès très important, nullement qu'il incita à la révolte.
De même que la crainte du châtiment ne fonctionne que si la police est efficace (rappel : 90% des cambriolages et 97% des vols à la tire ne sont pas élucidés), le regard de Dieu n’intimide que le croyant.
Voir en Dieu un gendarme, c'est une drôle d'idée. Nous agissons par amour, c'est ce que Dieu nous demande et non par crainte, même si celle-ci n'est pas condamnable.
Dans nos cités, soit les délinquants ont trouvé des arrangements avec Dieu ou Allah, du style « Je ne pèche pas en violant le Droit puisque je suis en état de légitime défense contre une société oppressive » ; soit, plus vraisemblablement, ils n’ont pas la foi.
Ils n'ont pas la foi ? Mais ils sont constamment à la mosquée et ils se révoltent si on touche à la mosquée.
Nos stés areligieuses ne nous laissent donc que 3 moyens de faire respecter le Droit :
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la répression, coûteuse et peu fiable
d'accord, pour une fois, sauf dans le peu fiable, il est certain qu'elle n'est pas la voie normale d'application de la morale et du droit.
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la raison, souhaitable, mais abstraite, peu accessible à certaines populations, surtout les jeunes
Non, la raison, est facile à mette en oeuvre : ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fasse, il n'est nul besoin d'être agrégé de droit pour comprendre cela et même certains animaux le comprennent, au moins ambryonnairement.
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la loyauté au groupe (« je ne peux pas leur faire ça »)
Sauf si on considère qu'on ne fait pas partie du groupe. Mais le voleur peut être retenu par cette idée, parfois...
L’appel à la loyauté correspond bien à la mentalité grégaire de jeunes populations mal intégrées dans la société au sens large. Encore faut-il que le groupe lui-même, qui fait durement respecter le Droit en son sein (essaie de voler un copain, tu vas voir), ne pose pas comme principe qu’il est permis de le transgresser à l’extérieur.
Il me semble peu probable que les vols et autres exactions soient moins fréquentes, même entre eux, dans des groupes de délinquants.
L’exemple des armées napoléoniennes — et il y en a d’autres — montre que même en temps de guerre, même envers des populations ennemies, des jeunes hommes souvent sans éducation, incapables sans doute de grandes abstractions, étrangers au pays abstrait dont ils portaient l’uniforme et dont ils n’avaient que faire, sont capables de respecter le Droit.
Je ne suis pas certain que les armées napoléoniennes aient partout et toujours respecté le droit, comme vous dites, les Espagnols ont un très mauvais souvenir de l'occupation française. Je vous concède toutefois, que les viols semblent avoir été exceptionnels, à ma connaissance. Sans doute, faut-il y voir un effet de l'éducation et de la culture véhiculée par la famille.
Lorsqu’on a affaire à des déracinés, déboussolés, sécheurs d’école et vivant l’instant présent sans projection dans le futur, d’où va venir l’internalisation du Droit ?[/b] Comment l’opérer ? L’appel à la loyauté envers quelques figures emblématiques l’incarnant, ou envers une communauté accueillante et chaleureuse qui en fait une règle universelle, me paraît actuellement le seul moyen de faire internaliser le Droit. Mais à l’évidence les hommes de l’Etat ne sont pas les modèles auxquels on souhaite d’identifier.
Les déracinés, déboussolés sont des hommes comme vous et moi. Il suffit sans doute de les éduquer moralement d'abord et à ne pas laisser se répandre l'islam, qui cause de graves scandales. De leur faire comprendre qu'on ne fait pas le mal pour qu'il arrive un bien, entre autres, mais ils le savent déjà, car c'est gravé dans la conscience de tout homme, de même : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse.
Il faut donc en trouver d’autres hors l’Etat. Il faut encore susciter de vraies communautés respectueuses du Droit. C’est tout l’enjeu de ce qui ne peut plus être l’intégration, mais peut au moins constituer une société de paix.
La communauté accueillante et chaleureuse en dehors de l'Etat ne peut être que la famille. Avec des parents éduqués et éducateurs. Vous parlez toujours du droit, vous ne parlez jamais de la morale, pourtant elle fonde le droit, il me semble. A ce propos, un magistrat qui semble être d'origine maghrébine m'a dit que les parents ont aujourd'hui les plus grandes difficultés à se faire obéir dans les familles maghrébines, le père n'est plus respecté et tout, ici comme ailleurs, va à vau l'eau.
En revanche, je fais amende honorable, lorsque j'ai dit que vous étiez relativiste, ce n'est pas vrai, mais je me souviens d'un de vos posts où vous disiez que la chariah devrait être appliquée par les mahométans, en même temps que les catholiques appliqueraient leur droit, c'est ce qui m'avait fait penser que vous étiez relativiste. Cette idée m'avait semblé et me semble encore totalement utopique et dénote une méconnaissance du caractère social du droit et donc de son caractère fondamental, essentiel. Vos idées, Mon Cher Christian sont utopiques c'est-à-dire irréalistes, inapplicables et le terme employé par Charles est juste.