Carhaix
Carhaix a écrit : ↑mar. 29 mai 2018, 20:30
Je ne vous ai pas laissé en plan puisque j'étais le dernier à parler
En ce qui me concerne, je suis né dans les années 70, de parents athées, et j'ai été baptisé adulte. Donc nous n'avons pas vraiment connu la même enfance. Mais mes parents ont connu la période qui a précédé la vôtre.
Je ne vais pas me défiler, cependant. Oui, les mœurs actuelles sont plus douces. Est-ce dû aux Lumières ? Possible. Je dirais que c'est plus compliqué que ça. Car d'où viennent les Lumières, justement, si ce n'est de la société chrétienne ? Il me semble que Rousseau était pétri de christianisme, qu'il a rejeté pour bâtir son système. Et ma conviction est que le christianisme est le principal levain de l'humanisation lente et progressive dans la société occidentale. Je pense notamment à l'une des plus grandes cruautés de l'histoire : l'esclavage. C'est bel et bien en Occident que l'esclavage a été dans un premier temps abandonné aux alentours de l'an 1000, sous l'influence du christianisme. Et d'une façon générale, on voit les libertés progresser, et les mœurs s'adoucir, depuis le Moyen Âge, une fois passé la crise des invasions germaniques qui mis à bas l'Empire romain. Jusqu'aux Lumières, dont le souci de l'amélioration du sort humain me semble découler de l'amour du prochain prêché par l'Évangile.
Où il est clair que chacun voit midi à sa porte !
Je suis quelqu'un d'enthousiaste devant le Moyen Age européen. Je ne peux pas m'empêcher de voir dans cette longue période de mille ans une approche de l'humanité et du monde qui n'a rien à envier à tout ce que l'histoire a pu proposer de mieux, ici et ailleurs. Un temps qui fascine autant les adultes que les enfants par la richesse, la profondeur de ses réalisations et par les rapports originaux qu'il a tentés de mettre en place dans les structures sociale, économique, politique, artistique et familiale. Un foisonnement qui lui est propre.
Maintenant, une fois que j'ai dit ça, je suis obligé de pointer deux limites à votre argumentaire apologétique :
- N'avez-vous pas oublié des apports exogènes au christianisme ? Qu'avez-vous fait des philosophes grecs auprès de qui les Pères de l'Eglise sont allés puiser les notions d'âme, d'homme et de rapports à l'univers (Saint-Augustin et Aristote par exemple) ? Que faites-vous de l'apport de l'administration romaine (ou "barbare") et des voies de communication sans lesquelles le christianisme aurait été perdu et se serait stérilisé au fin fond de ce bout du monde qu'était l'Europe de l'époque ? Peanuts ? De simples à-côtés négligeables ? Ah ! Ces contingences du temps que l'on ne veut pas voir lorsqu'on veut tout maîtriser par manque d'humilité !
- Même si on accepte l'idée que le christianisme est à l'origine de cette étonnante épopée créatrice, est-ce que ça fait de ce message un message divin, LE seul, LE vrai, L'unique ? De quel droit, avec quelle logique faire ce saut qualitatif ?
Carhaix a écrit : ↑mar. 29 mai 2018, 20:30Donc ma conviction est que même sans les Lumières, qui ont détourné le message d'origine pour l'orienter vers la jouissance sans entrave, la société allait en s'améliorant, inéluctablement.
Là, je ne peux que bondir !
Vous tenez le raisonnement lambda du croyant quelconque qui m'a fait devenir agnostique : Hors de l'Eglise, point de salut !
Déjà, dire que les choses vont en s'améliorant, inéluctablement, c'est avoir une lecture faussée de l'histoire, faite de bien plus de ruptures et de retours en arrières que de lente progression. C'est aussi faire très peu de cas de tous les combats menés, au péril de leur vie, par ceux qui ont voulu combattre "l'infâme" (excusez-moi cette petite piqûre de rappel).
Parler de jouissance sans entrave de la part des penseurs des Lumières, c'est oublier que, grâce à ces mêmes penseurs qui ont fait une relecture de la place de l'homme dans l'univers, jamais le monde n'est allé aussi bien qu'aujourd'hui. Oui, je sais que c'est contre-intuitif, mais malgré les scandales toujours en nombre, jamais l'humanité n'a vécu aussi confortablement, éloignée de la malnutrition, des pandémies et du bon vouloir des puissants, simples petits rappels de ce qui était le lot de l'humanité jusqu'il y a peu, son quotidien impensé (et violent), sa fatalité qu'elle ne pouvait éloigner qu'à coups de prières.
Je ne peux pas vous laisser aller à cette fausse évidence qui vous portent souvent, vous les croyants, et qui vous conduit à penser que l'homme est soit pécheur (tradition chrétienne), soit pervers (tradition islamique) et qu'il est forcément conduit à se vautrer.
Non. Sa gloire consiste à se relever encore et toujours des défis que lui propose la nature.
Tel Sysiphe, il remonte toujours son rocher en haut de la pente.
L'homme n'est ni pécheur, ni pervers, il est têtu.