Préambule :
je constate que la discussion a fondamentalement changé d'optique : il ne s'agit plus de décrire et essayer de comprendre ce que sont les sacrements, mais de répondre à une accusation explicite d'errements. Vous ne cherchez plus à comprendre (en admettant que vous l'ayez jamais fait), mais à prouver que vous détenez la vérité et que l'Eglise est dans l'erreur.
Je répond à ce message en gage de bonne volonté, mais ne poursuivrai pas la discussion si vous continuez ainsi.
Je veux bien participer à une discussion visant à une compréhension mutuelle, mais pas me retrouver en avocat de mon Eglise dans un procès qui lui serait fait. Si vous voulez jouer à ça, aller en discuter avec des évêques et des docteurs en théologie.
gerardh a écrit :OK, mais il se méfie des scribes et des pharisiens : pas des écrits (Luc 24, 25-27)
Comme je l'ai dit, Il se méfie de l'écrit (et non "des écrits") car le texte prenant une vie propre, indépendante de son auteur, le lecteur peut lui faire dire ce qu'il veut.
De même, Jésus lui-même ne baptisait pas (vu la foule, ça aurait été long !), mais ses disciples agissaient en son nom. C'est un passage très intéressant, car on y voit deux choses :
- le baptême est bien attribué à Jésus (c'est Jésus qui baptise)
- le baptême est donné par un ministre qui agit au nom de Jésus.
C’est vrai mais vous commettez un anachronisme en remplaçant « disciple » par « ministre ».
Je ne fais qu'appeler les choses par leur nom. Allez regarder la définition du mot "ministre".
Mais ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est bien que vous constatiez vous aussi ("c'est vrai") que le baptême est donné au nom de Jésus par quelqu'un d'autre que lui, et est pourtant attribué personnellement à Jésus.
Je rappelle aussi que ce baptême que Jésus administrait ou faisait administrer n’était pas encore le baptême d’eau chrétien.
La question n'est pas là.
Il nous reste à être en phase sur la façon dont l’Esprit vient en général faire son habitation dans le chrétien. Je dis qu’il vient naturellement et de lui-même lors de la conversion ou peu de temps après. Vous dites qu’il vient par le baptême et/ou la confirmation et/ou la première communion (solennelle ou privée ?).
Je dis que l'Esprit vient quand Il veut, et que par les sacrements de l'Alliance, Il vient notamment dans les sacrements.
Vous ne croyez pas qu'il serait temps de faire avancer un peu la discussion, au lieu de toujours en revenir là ? Vous ne croyez pas aux sacrements, ça tout le monde l'a compris. Mais si c'est pour le rappeler dans chacun de vos messages, on ne va faire que continuer à tourner en rond.
Peccator : On comprend mieux pourquoi l'expression "habitation de l'Esprit" n'est pas très courante dans l'Eglise : elle ne dissocie pas l'Esprit du Corps. L'homme est un, corps, âme et esprit. Et dans son enseignement, elle parle surtout du Corps, corps qui est animé par l'Esprit.
Non je ne comprends pas pourquoi une expression scripturaire, qui recouvre une vérité si importante, n’est pas mise en exergue.
Peut-être parce qu'à la mettre en exergue comme vous semblez le faire, on en arriverait à négliger d'autres expressions scripturaires tout aussi importantes... Par exemple, le fait que l'Eglise est Corps du Christ, et que nous en sommes membres... Parce qu'à la mettre en exergue, on pourrait en arriver à développer une théologie de l'Esprit qui néglige l'incarnation de la Parole... Parce qu'à insister autant sur l'Esprit, on finisse pas ne plus faire la différence en nous entre ce qui vient de nous et ce qui vient de l'Esprit, et à écouter davantage sa propre parole que la Parole de Dieu...
Gérard : n’êtes-vous pas en communion avec les catholiques charismatiques ?
Peccator : Je ne suis pas sûr que vous compreniez bien ce que signifie "être en communion".
S’agissant de l’acception catholique, c’est très probable. Il me semble qu’il devrait au moins y avoir une cohérence dans les doctrines ou les pratiques.
Pourquoi supposez-vous donc qu'il y ait incohérence ? La cohérence impose-t-elle l'uniformité ?
Gerard : S’il y a une incompréhension, ou un différentiel, il me semblerait qu’il faille les lever et les éclaircir.
Ils ont été levés et éclaircis, mais il se trouve que je ne me suis pas penché sur ces questions, donc personnellement je ne sais pas. En quoi est-ce un problème ?
Par ailleurs, en quoi le fait qu'il y a un "différentiel" (je suppose que par là, vous voulez dire "des différences") serait un problème ? Ma main droite et ma main gauche sont membres du même corps, partagent une identité commune, et présentent pourtant des différences non seulement évidentes, mais fort bienvenues !
Par exemple je suis étonné que les prêtres catholiques latins ne puissent pas se marier (bien que l’on proclame sans rien changer que ce n’est pas une question de dogme), alors que les prêtres catholiques orientaux de peuvent. En pastichant Montesquieu, « Comment peut-on être un prêtre catholique oriental ? » doivent se demander les prêtres latins qui ont été réduits à l’état laïque du fait de leur mariage.
Mais que vient faire la question du célibat des prêtres dans cette discussion ? A part pour faire lancer des accusations et disperser le débat ?
Et non, ce n'est pas une question de dogme. De toute évidence, vous ne connaissez pas la question.
Accessoirement, les prêtres orientaux ne peuvent pas non plus se marier après avoir été ordonnés. Votre pastiche de Montesquieu ne tient donc pas.
Peccator : notre formation dans les années 80 était très défaillante, malheureusement.
A quoi attribuez-vous ces défaillances ?
A une volonté excessive de vouloir nous rapprocher de nos frères protestants, ce qui a amené des catéchistes mal formés (ou trop influencés par le modernisme) à négliger des aspects importants de la foi chrétienne (et je ne parle pas là que des laïcs qui faisaient le caté dans les paroisses, le problème était beaucoup plus profond puisqu'il concernait aussi la préparation des manuels de catéchisme).
Pour le coup, c'est un bel exemple d'errance humaine : par soucis de se rapprocher des hommes, on en a négligé l'essentiel...
Gérard : merci de m’avoir expliqué ce que c’était pour vous, mais je pense que c’est une notion inventée par l’homme.
Peccator : Quelle notion ? Qu'il y ait une initiation chrétienne ?
C’est cette terminologie, et les errements qu’elle recouvre, qui me font penser cela.
Encore une fois, vous ne répondez pas à la question : quelle est la notion que vous jugez inventée par l'homme ?
Peccator : une question : qu'est-ce que ça signifie, pour vous, quand on dit que les sacrements ont été institués par Jésus ? Que pensez-vous que nous disions ?
Que vous « sacralisez » les « sacrements », alors que le baptême et la Cène ne sont que des signes de témoignage bien simples, lesquels ne transforment nullement ceux qui les reçoivent.
Quels sont donc vos fondements scripturaires pour retirer le sacré de la pratique de la foi ?
Peccator : la liturgie des heures est presque intégralement constituée d'écoute de la Parole, à travers la psalmodie et une courte lecture d'un passage biblique.
Très bien mais pourquoi inventer cette forme, et pourquoi psalmodier, ce qui n’est pas conforme à « en esprit et en vérité » ?
D'où sortez-vous que nous ayons inventé cette forme ? Les écritures mentionnent explicitement que Jésus psalmodiait avec ses disciples...
Que signifie donc pour vous "conforme à 'en esprit et en vérité'" ?
Je suppose que vous ne priez pas non plus avec le Notre Père, cette "prière toute faite" qui nous a été enseignée par Jésus ? Est-ce cela, être conforme à "en esprit et en vérité" ? Faire ce qu'on juge bon par soi-même, en se considérant comme seul juge de ce qui est bon ?
Peccator : la messe est pour l'essentiel écoute de la Parole.
Ce n’est ni ce qu’on en dit, ni ce que j’en ai retenu.
Ce que qui en dit ? Vos frères, à qui la notion même de liturgie semble totalement étrangère ?
Prenez-donc un missel, et constatez par vous-même !
Au moment des lectures, évidemment, mais tout au long aussi : la plupart des prières sont des passages bibliques.
Je ne suis pas favorable aux prières récitées et/ou établies d’avance ; ce n’est pas conforme à « en esprit et en vérité ».
Votre opinion, favorable ou non, n'est pas pertinente pour décrire ce qu'est quelque chose.
Il y a de très nombreuses choses auxquelles je ne suis pas favorables, et que je peux pourtant décrire (et même faire m'efforcer de les comprendre du point de vue de ceux qui les pratiquent).
Encore une fois, vous ne cherchez pas à comprendre, mais jugez par avance (préjugez) de ce qui vous plait ou pas, et refusez en bloc tout ce qui n'a pas l'heur de vous plaire (même si vous n'en avez qu'une compréhension toute superficielle).
Quand je prie avec les psaumes, je prie avec des paroles prononcées par Jésus lui-même. Ce sont des mots qu'Il a fait siens, et qu'aujourd'hui je peux faire miens. Il ne s'agit pas de réciter un texte tout fait que je lirai en lui restant extérieur, mais au contraire de l'intérioriser, dans le but de m'unir plus intimement au Christ.
Peccator : si j'en crois St Paul, demandes et supplications font partie de ce qui est beau et agréable aux yeux de Dieu.
Oui mais ce n’est pas de l’adoration.
Ce n'est pas ma faute si vous avez une conception aussi restreinte de ce qu'est l'adoration... Vous aurez été "mal informé", selon l'expression qui vous est chère
Peccator : le passage auquel je pensais est la fameuse hymne contenue dans l'épître aux Philippiens : Ph 2, 5-11. J'ai dit que c'est une trace du rite liturgique qui existait à cette époque.
Gérard : Cela suppose qu’à cette époque il y avait une amorce de liturgie et que cette liturgie obéissait à un rite. Je ne pense pas du tout qu’il en ait été ainsi.
Peccator : Avez-vous le moindre élément pour appuyer vos suppositions ? Les témoignages les plus anciens que l'on ait de la vie de l'Eglise montrent qu'il y avait une vie liturgique.
Je pense à ce qui indiqué dans le NT. Mais je sais qu’il y a eu très rapidement des déviations parmi les chrétiens.
Visiblement, nous en lisons pas le même NT, alors. Les traces de la vie liturgique des premiers temps de l'Eglise y sont explicites.
Mais quand je vous en donne des exemples, vous les refusez...
On retrouve là le risque de l'écrit : vous lisez ce qui vous arrange.
Accessoirement, je trouve amusant de supposer que vous êtes dans la vérité, mais que l'Eglise aurait déjà été dans l'erreur 20 ans après la Croix... Que les Apôtres eux-même partaient sur des "déviations", mais que fort heureusement, vous, vous avez su revenir à la vérité, 18 siècles après les faits (faits que vous ne connaissez d'ailleurs que par le témoignage des Apôtres transmis par l'Eglise...).
Peccator : la liturgie chrétienne est d'ailleurs tout simplement la continuité de la liturgie judaïque (qui, je vous le rappelle, est une prescription biblique).
Vous parlez en fait de la liturgie catholique. Je ne doute pas qu’elle se veuille être la continuation de la liturgie judaïque. Mais c’est un tort : « en esprit et en vérité », c’est être notamment loin des formes de l’ancien culte.
Pourquoi rejeter ainsi en bloc les formes de l'ancien culte ?
Et je ne parle pas que de la liturgie catholique : la situation est la même pour la liturgie des églises orthodoxes séparées de Rome, pour celle des communautés anglicanes, luthériennes... Pour la simple raison que c'est la même liturgie à l'origine, qui a pris des formes variées au cours des siècles et selon les cultures locales.
Peccator : l'imposition des mains est un geste qui n'a qu'une seule et unique signification à ma connaissance : c'est une invocation de l'Esprit à descendre sur ce à quoi les mains sont imposées.
Vous êtes mal informé.
C'est sûr... Vous êtes à l'évidence mieux informé que les docteurs en théologie dont j'ai pris la peine de consulter les ouvrages...
En bref : 1) c'est seulement un acte d'identification avec la personne ou la victime de sacrifice (selon les cas : communion dans le service – péchés de la personne tombant sur la victime – perfection de la victime propitiatrice rendant agréable l'adorateur)
Non. Cette définition ne correspond à la pratique de l'imposition des mains ni dans l'Ancien Testament, ni dans le Nouveau.
– 2) elle n'est pas nécessaire pour recevoir l'Esprit Saint, comme le montrent Actes 2 et 10
Encore une fois, vous inversez les choses. Cette faute élémentaire de logique est une habitude chez vous. Que l'imposition des mains soit une invocation de l'Esprit (cause suffisante) ne signifie pas qu'elle soit nécessaire pour que l'Esprit vienne.
Rappelez-vous mon exemple de Batman : il vient quand le commissaire allume le projecteur, mais il vient aussi quand il en a envie, que le projecteur soit allumé ou non.
– 3) pas de transmission de puissance ou de don, sinon de la part d'un apôtre (il n'y en a plus aujourd'hui).
Les apôtres ont ordonné leurs successeurs...
Peccator : quand le prêtre impose les mains sur le pain et le vin lors de la consécration, ce n'est pas pour marquer l'association ecclésiale.
C’est vos errements que vous décrivez.
1/ Je décris nos sacrements, pas nos "errements". Je vous remercierai d'éviter ce genre d'accusations répétées, si vous voulez poursuivre cette discussion. Tout le monde a bien compris que vous n'y croyez pas (et même, que vous ne voulez pas y croire).
2/ Effectivement, je décris nos sacrements. Je ne fais que cela depuis le début, c'était même la condition de ce dialogue.