Bonjour Gaudens !
Gaudens a écrit : ↑jeu. 13 avr. 2023, 9:03Par contre ,je ne comprends pas votre légitimation du Vetus Ordo comme base obligatoire d’un mouvement de convergence des deux formes par « la Pratique reçue du rite romain » : est-ce une citation de la déclaration conciliaire Sacrosanctum Concilium (que je n’ai pas ici sous la main) ? Et qu'est ce que cela impliquerait concrètement ?
La pratique reçue du rite romain concerne spécifiquement les gestes et attitudes du corps et est la traduction de l'expression
"tradita praxi Ritus romani definiuntur" que l'on trouve au paragraphe 42 de l'IGMR. Cette dernière en décrit un certain nombre, faisant d'ailleurs régulièrement appel à ce qui est de coutume. Pour tout ce qui n'est pas précisé, il convient de se référer à la pratique léguée du rite romain.
Concrètement, vous trouverez sous
ce lien un travail effectué en application de ce principe.
Gaudens a écrit : ↑jeu. 13 avr. 2023, 9:03De plus les deux seuls cas de rupture manifeste que vous citez sont l’amaigrissement de l’offertoire(reproche connu et en effet important à traiter,quoique des réponses furent dans le passé plusieurs fois faites à ce reproche…) et la suppression de l’octave de Pentecôte,reproche qui me semble des plus bénins.L’etc…. qui suit est un peu insuffisant,je trouve, pour fonder une invalidité du Novus Ordo en raison de ses nombreuses ruptures supposées.Il est vrai terme que le « rupture » lui-même gagnerait à être précisé :où aura commencé celle-ci dans le jeu de construction bugninien et où s’achève le simple toilettage ? Pas simple,sans doute.
C'est que la rupture, comme je l'indiquais, se situe dans les détails. Par exemple, les collectes. Il suffit de comparer les deux missels pour voir que de nombreuses collectes ont été supprimées, déplacées, ajoutées, inventées, modifiées... Certes, ce n'est pas forcément toujours à mauvais escient. Mais l'impression d'ensemble, c'est que le missel précédent n'a été qu'une source d'inspiration pour la construction d'un nouveau missel, et non qu'il a été la base d'un travail prudent de restauration.
Une autre rupture à souligner (histoire de lancer une polémique

) est la récitation du
Pater par l'assemblée. Voilà une pratique, certes spécifique au rite romain puisqu'elle n'est pas partagée par les liturgies orientales, qui existe depuis au moins de 6ème siècle. Près d'un millénaire et demi de pratique, ce n'est tout de même pas rien...
Je vous renvoie sur ce point au sermon 58 de Saint Augustin, (§ 12) :
"Vous devrez, après votre baptême, réciter chaque jour cette oraison dominicale. On la dit chaque jour à l'autel du Seigneur où les fidèles l'entendent. Aussi ne craignons-nous pas que vous ne la sachiez peu exactement; ceux d'entre vous qui ne pourraient la savoir encore parfaitement, l'apprendront en l'entendant chaque jour."
Entendons-nous bien encore une fois : le fait que le Novus Ordo soit issu d'une rupture ne le rend pas invalide. Le problème, en réalité, n'est pas strictement liturgique, il est proprement ecclésiologique. La Tradition est un fleuve qui prend sa source dans l'enseignement des Apôtres parvenu jusqu'à nous
quasi mano a mano pour reprendre la formule tridentine. Cet enseignement, ce sont des paroles et des gestes qui se sont transmis à travers le Nouveau Testament
et la Liturgie, en s'enrichissant du limon de chaque époque, parfois également en emportant avec lui un peu de boue. Le Concile Vatican II a voulu que soit retirée cette boue, que ce soit dans la Doctrine Sacrée ou dans la Liturgie.
Or, la réforme liturgique n'a pas été faite dans cet esprit-là. C'est pour cette raison qu'il faut repartir de la situation telle que la connaissaient les Pères Conciliaires et sur laquelle s'est portée leur attention.
Gaudens a écrit : ↑jeu. 13 avr. 2023, 9:03Quant aux moteurs de l’évolution des deux formes,si on peut trouver dans le Concile et dans les lettres apostoliques des deux derniers papes(je suis sceptique s’agissant de Desiderio Desiravi) une autorité suffisante pour faire bouger le Novus Ordo,je ne vois pas pourquoi il faudrait une « autorité éditoriale » autre que le magistère lui-même pour une évolution du Vetus .Bien en,tendu je n’inclus pas la FSSPX qui ne bougera pas d’un millimètre.
Par
"éditorial", je n'entendais nullement quelqu'autre autorité que le magistère. Cela signifiait simplement que faire évoluer le Vetus Ordo implique nécessairement une modification. Là où il suffit de respecter les rubriques dans le Novus Ordo pour arriver déjà à un résultat plus que tangible, tel n'est pas le cas du Vetus Ordo compte-tenu de ses rubriques considérablement plus développées et descriptives.
Gaudens a écrit : ↑jeu. 13 avr. 2023, 9:03S’agissant des lectionnaires ,vous m’apprenez des informations que je n’avais pas concernant les synoptiques vs Saint Jean . Mais est-ce une raison suffisante pour éviter d’inviter ce dernier dans les lectures liturgiques alors qu’il donne les bases de toute la théologie chrétienne ?
De plus,il ne semble pas qu’il s’agisse ; pour le Novus ordo, de partir du Nouveau Testament et d’y ajouter de l’Ancien,comme pour faire bonne mesure mais bien de manifester l’unité de la Révélation,l’Ancien annonçant constamment le Nouveau dans une lecture spirituelle des deux.Et c’est là un point fort et positif.
Je ne dis pas que l'évangile de S. Jean n'a rien à faire dans la liturgie. Une fois de plus, tout le problème est celui de l'esprit dans lequel les choses sont faites. Ce n'est pas la même chose de regarder avec respect et tendresse ce dont nous avons hérité et de chercher à en comprendre les tenants et aboutissants, et de les regarder comme des vieilleries sans queue ni tête qu'il conviendrait de modifier avec ardeur au motif que nous avons désormais une meilleure compréhension des choses que ceux qui nous ont précédé.
Ainsi, ce n'est pas la même chose d'intégrer largement l'Evangile de S. Jean dans le lectionnaire juste pour le principe de l'intégrer parce qu'on a décidé qu'il fallait tout lire dans la Liturgie, et de l'intégrer en sachant pourquoi ce n'est pas, à l'origine, un enseignement destiné à une proclamation liturgique et en considérant qu'il est pertinent, pour de justes motifs, de l'intégrer plus abondamment désormais.
La même remarque vaut pour l'intégration de l'Ancien Testament. Le principe boulimique qui a gouverné la réforme du lectionnaire aboutit à ce que celui-ci se présente assez souvent comme une juxtaposition de textes sans véritable lien. Or, l'intérêt de l'Ancien Testament vient de ce que le Christ l'a accompli. Pour forcer un peu le trait, il n'a pas d'intérêt en lui-même. Il n'a d'intérêt qu'en lien avec le Christ. C'est la raison pour laquelle, de central qu'il était à l'origine en lien avec l'origine juive du culte liturgique, il a peu a peu été supplanté par le seul Nouveau Testament, à l'exception des périodes de l'Année Liturgique où sa pertinence est éclatante, c'est-à-dire essentiellement l'Avent et le Carême.
Gaudens a écrit : ↑jeu. 13 avr. 2023, 9:03Concernant la comparaison des lectionnaires des différents rites,je n’ai pas la compétence nécessaire .Pouvez vous vérifier cela (l’usage presque unique des synoptiques) dans les formes marginales du rite latin(mozarabe,lyonnais,ambrosien,dominicain) et les différents rites orientaux ?
Il est difficile de vous donner des références puisqu'autant il est aisé de retrouver l'Ordinaire des différentes liturgies en ligne, autant il est quasiment impossible de trouver les Lectionnaires...
Mais par exemple, dans la liturgie orthodoxe, outre les Evangiles, sont lus lors de la Divine Liturgie les Actes des apôtres et les Epitres (même lorsqu'il y a deux ou trois lectures prévues hors Evangile). Les lectures de l'Ancien Testament, on les retrouve aux Vêpres des grandes fêtes liturgiques ainsi qu'à celles des fêtes de beaucoup de saints.
Il faut remonter sur des rites très anciens ayant disparu (comme l'antique rite des Gaules) ou ayant été comme figés par le temps (comme le rite syriaque oriental) pour retrouver une lecture systématique de l'Ancien Testament.
Il y a donc incontestablement eu une évolution qui n'est pas propre au rite romain, dont il s'agit de bien comprendre les motivations qui n'étaient certainement pas dénuées de pertinence quand on garde à l'esprit que nos ancêtres, contrairement à la mentalité occidentale actuelle, avaient vis-à-vis du passé et de ce qui était transmis une véritable référence.
S'agissant plus particulièrement de l'Evangile de S. Jean, par exemple dans la liturgie syriaque orthodoxe (malankare), il n'est lu qu'une seule fois lors du Saint Qurbana (Messe), le 1er janvier.
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