Toi le tout petit a écrit : ↑jeu. 14 avr. 2022, 16:20
Altior,
Vous écrivez :
"
Le score obtenu par Mélenchon parmi les musulmans, 67%, est énorme !"
_________

s'ils savaient ... Comment croire en son programme, basé sur une soi-disant répartition des richesses ... comme pour
Madame Le Pen, je ne crois pas en son programme ... sa haine envers la Police et les militaires, ainsi que le culte de la personnalité ("
ma personne est sacrée") pourraient être un déclencheur qui mène à une réflexion plus approfondie. Il faut croire que cela ne choque pas une partie des Français.
Bonjour,
Cette lecture du "vote musulman" en faveur de Mélenchon est trop superficielle. Rien ne dit que c'est en tant que "musulman" que ces personnes ont votées, et il serait peut-être bon de se dire que comme vous, ils ont voté d'abord en tant que citoyen. Il s'avère que le public dont l'existence semble vous effrayer vit en grande partie dans les classes populaires, et vivent de petits boulots quand ils en trouvent (souvent difficiles d'ailleurs). Il suffit de circuler dans les rues de Paris pour voir qui fait le boulot que pas grand monde ne veut faire. Ainsi, les classes populaires ont été convaincues par les promesses de justice sociale et de partage des richesses, ce qui semble assez logique quand ils se retrouvent devant un candidat qui leur parle de leurs conditions matérielles parfois très difficiles. Un éboueur sera peut-être plus tenté par une retraite à 60 ans qu'un cadre qui travaille dans les bureaux. Ce n'est pas à droite que cette condition sociale es prise en compte, de fait.
Et si certains ont voté "en tant que musulman", c'est peut-être qu'ils ont eu peur d'un certain nombre de discours qui les considèrent comme les coupables de tous les maux de la terre, et qu'ils ont vu dans Mélenchon un discours qui pouvait les rassurer. Paradoxalement, le discours d'un Zemmour sur cette "catégorie" de français ont pu faire le jeu de Mélenchon, précisément.
Par ailleurs, Mélenchon s'est déjà expliqué sur la phrase qui déclare que "sa personne est sacrée"; qu'on apprécie ou pas la déclaration, elle faisait référence à la tradition romaine des tribuns du peuple, dont la personne publique (et non privée) était comprise comme sacrée. Autrement dit, il n'a pas dit "moi, Jean-Luc, mon ego est sacré", mais "ce que j'incarne politiquement, comme mes collègues tribuns et députés, est sacré". Ainsi, il sacralisait la fonction, non la personne privée.
Le programme économique de Jean Luc-Mélenchon était axé sur la question sociale, avec pour axe directeur une répartition des richesses à partir de laquelle il devenait possible d'engager les réformes qu'il souhaitait (il a beaucoup d'économistes derrière lui, et son propos ne sort pas de nulle part). Je ne vois pas qui peut être effrayé par cela, sinon ceux qui possèdent beaucoup et qui ne veulent rien partager.
Ses propos sur la police, il est vrai, sont assez durs. Mais il faut dire que l'utilisation de la police par Macron est ahurissante, et le problème ne vient pas tant des policiers que du contexte : nous sommes devant un pouvoir macroniste qui ne se maintient que par la force brute faute de pouvoir susciter un consentement libre. N'oublions pas les gilets jaunes : des mains arrachées, des pieds arrachés, des crânes fracturés, des éborgnés, des milliers de blessés, et l'usage de matériel classé dans la catégorie "militaire" (la grenade de désencerclement). Personne ne peut souhaiter un pouvoir politique qui repose autant sur la violence de sa police pour se maintenir.
Au niveau écologique, il me semble qu'il est celui qui avait le mieux compris la maladie de notre temps : l'impuissance à habiter la terre d'une manière qui soit durable et pérenne. Une demeure se préserve, et il propose l'idée, sans doute très juste, que notre organisation productive est une des sources majeures d'un rapport à la nature dévoyé et nuisible pour le Bien commun de l'humanité en général. Des catholiques (et surtout les jeunes!) devraient normalement être sensibles à ce point essentiel, s'ils croient que la nature est une création de Dieu au sein de laquelle la destinée humaine est d'en devenir l'intendant. Que Mélenchon ne soit pas catholique n'interdit en rien à un catholique de voir dans son programme écologique quelque chose de compatible avec sa manière d'habiter le monde - beaucoup plus compatible qu'un président catholique qui saccage la terre au nom de la protection des intérêts des puissants.
Pour ce qui est de son "culte de la personnalité", je suis désolé de dire que si on accuse Mélenchon d'un tel vice, il faudrait accuser tous les autres candidats (ou presque), et surtout le mécanisme électoral lui-même : une élection qui donne autant de pouvoir à un seul homme ne peut pas faire autre chose que propulser un homme ou une femme qui se croira désigné par le "peuple" pour "sauver le pays". Il y a de quoi rendre fou un cœur pur... Sans compter le fait que Mélenchon était celui qui proposait une réforme institutionnelle aboutie bien que délicate à mettre en œuvre. Cette réforme visait à proposer des processus de décision réellement démocratiques, vidant ainsi cette élection présidentielle de sa toute puissance, ce qui est une bonne chose. L'élection présidentielle est une machine à fabriquer des tyrans sinon en acte, du moins en puissance, et il n'est pas idiot de refuser tant de pouvoirs à un seul homme. C'est pourquoi je suis très perplexe sur ce système électoral, qui devient de plus en plus une manière de légitimer la violence de l'Etat pour cinq ans en persuadant la population que c'est elle qui a voulu le traitement qu'on lui fait subir.
Bref, d'un point de vue démocratique, écologique, social, économique, le programme de Mélenchon était sans doute le plus proche, sur bien des points, de la Doctrine sociale de l'Eglise. Je sais qu'une telle phrase va provoquer une levée d'indignation, mais je ne crois pas me tromper.
Quant aux mœurs, je dirai comme Trinité plus haut : aucun candidat ne compte remettre en cause quoi que ce soit sur ces questions, ni dans les principes, ni dans la pratique. Faire le procès à Mélenchon de ses positions sur l'avortement ou la PMA est une manière détournée de rejeter la totalité de son programme politique pour une raison qui ne le distingue en rien des autres. On se demande bien en quoi cette question justifierait un choix pour Marine Le Pen ou Mélenchon, puisque personne n'en discute réellement dans les candidats présents au premier tour. La raison qui oriente vers Zemmour, Le Pen, Mélenchon ou Macron est ailleurs que sur ces questions. Autant le dire clairement plutôt que de se cacher derrière cette fausse raison.
Figurez-vous que comme Mélenchon, le fait que 5 personnes françaises possèdent plus que 27 millions de français me pose problème, surtout quand on sait que parmi ces 27 millions de personnes, on trouve 10 millions de misérables. Ce qui me "choque", pour reprendre ce verbe en vogue, c'est que des personnes qui se réclament du Bien commun ne mentionnent pas cette injustice profonde de voir des travailleurs sans le sou et des financiers en jet privé. Qui, parmi Zemmour, Le Pen ou Macron prenait
clairement et
franchement position contre cette injustice en axant la ligne directrice de leur programme sur cette question?
Il y avait peut-être une dimension utopique et une sous-estimation du mal présent au cœur de l'homme dans le programme de Mélenchon. Mais il avait au moins le mérite, quoi qu'on pense de tout le reste, de s'insurger devant ce mal à défaut de pouvoir le guérir pleinement.