Je viens de finir le livre d'Isabelle de Gaulmyn (rédactrice en chef à La Croix) : "Histoire d'un silence".
Remarquable ouvrage sur l'affaire du "père" Bernard Preynat et ses victimes du groupe de scouts Saint-Luc.
Elle même ancienne petite scout dans cette troupe dans les années 70, elle a réalisé une vaste enquète à Lyon pour comprendre comment les actes de Preynat (vraisemblablement sur une centaine de jeunes garçons de 8 à 11 ans) ont été couverts dans l'Eglise de Lyon.
Elle rencontre les victimes, les parents, les prêtres, l'archevêque (qui se remet en cause) , des psys spécialistes de la question... Elle tente de comprendre comment ce silence a été instauré et respecté par tous alors qu' un très grand nombre de personnes savaient mais se sentaient liées par une loi du silence implacable.
Elle analyse la gouroutisation incroyable de toute une société sous la coupe et le charme de Preynat qui manipule les parents, les enfants, ses pairs et sa propre hiérarchie qui le laisse en place 20 ans dans le même lieu, et ce contrairement aux règles de l'Eglise.
Elle analyse la personnalité écrasante de Preynat et la manière dont il organise son "vivier" de garçons en créant une troupe mixte, la présence de filles lui servant d'alibi. (filles qu'il ignorait et méprisait souverainement)
Elle interroge cette "culture de la docilité" en Eglise liée à sa structure pyramidale et cette difficulté qu'ont les Catholiques à intégrer la notion d'Eglise comme "peuple de Dieu" et non plus un monde de clercs qui exerce le pouvoir sur des brebis dociles qui ne pipent pas mot.
Elle appelle à une prise de responsabilité collective de chacun des Catholiques.
Elle analyse le conflit ouvert entre le groupe de victimes de Preynat et l'archevéché de lyon et les raisons profondes de leur rendez-vous raté.
Elle met le doigt sur la manière dont la notion de "justice" a été négligée dans l'Eglise concernant cette affaire au seul profit de la "miséricorde" et analyse comment l'un sans l'autre mène au naufrage. Elle pointe le fait que dans toutes ces affaires de pédophilie, l'Eglise a, culturellement, d'avantage pris soin de ses "fils pécheurs" que des enfants dont elle ne se préoccupait guère, trahissant ses propres valeurs évangéliques. Elle écrit ce livre pour interroger ce phénomène et pour mettre les victimes au centre, elles qui ont mis tant de temps à être vues, entendues, crues, comprises.
Elle cite Benoit XVI : "La plus grande persécution de l'Eglise ne vient pas de l'extérieur mais de l'intérieur, nous l'avons constaté de façon vraiment terrifiante".
Elle nous informe que Preynat est toujours libre ! au chaud dans un appartement appartenant à l'Eglise de Lyon, toujours officiellement prêtre (même s'il n'exerce plus). Il multiplie les recours judiciaires pour retarder son procès ! Sans commentaires.
Personnellement, en tant que française et en tant que catholique, je serai soulagée quand il sera enfin sous les verrous.
http://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/ ... 55321.html
Bien à vous,
Axou