Griffon a écrit :Autre chose, Arnaud, et plus personnelle.
D'avance, excusez-moi d'aborder ici votre vie privée, mais elle est essentielle car liée à vos études.
J'étais un peu distrait dans ma prière cette nuit par mes lectures et votre théorie.
En revenant au Seigneur, j'ai compris que je devais me préoccuper de votre vie spirituelle personnelle, et plus précisément de votre assiduité à la messe quotidienne (désolé, mais c'était précis jusque-là).
Et je me suis souvenu avoir lu une de vos réponses, et j'ai été recherché le message posté par Hélène.
Hélène a écrit :Pour ma part, un théologien qui affirme que les "parfaits" (entendez ceux qui ont atteint la 8e demeure...) n'ont plus besoin de l'Eucharistie parce qu'ils "vivent de la Présence Réelle" ça m'inquiète.
Vous avez répondu sur le nombre de demeures, évitant de répondre sur le fond : la communion.
Je vous pose donc ces 2 questions, mais... ne demande pas de réponse, croyez-le.
Bien à vous,
Griffon.
Cher Griffon, Cette question ne me concerne pas personnellement (je ne suis pas en situation) mais elle concerne la "théologie mystique".
La
communion eucharistique est, dit saint Jean Chrysostome, par rapport à
l'oraison du coeur, dans le même rapport que (pour le couple) l'
amour et le dialogue entre époux et le
don des corps.
Ce qui donne valeur
au don des corps, c'est évidement l’existence
d'un amour et d'une communication. Et en même temps, le
don des corps nourrit
l'amour du couple. Toute la Théologie de sainte Thérèse d'Avila, docteur mystique de l'Eglise, consiste à expliquer cela.
Pour répondre à la question de savoir si un chrétien fervent peut pendant un temps, faire un jeûne de l'eucharistie, si cela peut être utile à son amour de Jésus, je répondrais donc que c'est la même question qui peut se poser pour un couple:
peut-on parfois faire un jeûne du don des corps sans risque d'abimer la relation ?
Et je vois quatre situations dans le couple :
1° D'abord quand on s'est gravement blessés mutuellement. De même, l'Eglise demande de ne pas communier avant réconciliation quand on a offensé Dieu par un péché mortel. Un homme qui espérerait par exemple, se réconcilier avec l'épouse qu'il a insulté, par ses seules avances sur l'oreiller, détruirait son couple durablement. De même, communier avec la conscience d'un péché mortel, c'est manger sa propre condamnation.
2° Deuxième cas : Si l'un des membres du couple est dans une situation permanente qui s'oppose au don des corps (maladie, dépression, etc.). De même, l'Eglise demande de ne pas communier (tout en continuant à prier, à aller à la messe) lorsqu'on est divorcé remarié, ou lorsqu'on est dans une situation durable qui est en décalage avec le Magistère moral de l'Eglise.
3° Troisième cas, qui cette fois relève du conseiller conjugal, et dans la vie chrétienne, du père spirituel :
Cela arrive chez les jeunes couples qui ont abusé, dans leur début, de la sexualité et qui entrent dans une phase d'overdose, d'usure du désir. Analogiquement, le cas se présente souvent dans la vie chrétienne.
Par exemple : Les prêtres étant souvent mal formés dans ces questions, ils crurent bon d'user et d'abuser des messes et vêpres pour les enfants de la génération d'avant-guerre ce qui créa une génération saturée de cérémonies pour le reste de la vie. De même, il arrive parfois dans la vie religieuse qu'une soeur entre dans une overdose totale (appelée par saint Thomas "acédie") de tout ce qui est culte, offices, messes.
Le trésor principal à préserver étant l'oraison du coeur, la relation concrète du coeur à coeur avec Dieu, dit sainte Thérèse d'Avila, il peut arriver qu'un Père spirituel autorise une mise au désert pour un temps de tout ce qui provoque l'overdose. De même, dans ces jeunes couples, le conseiller conjugal conseillera un jeûne de sexualité, puis un retour progressif, respectant cette fois un rythme "naturel" raisonnable, qui peut sauver la vie conjugale.
4° Quatrième cas : Il arrive qu'un couple arrête le don des corps et la relation conjugale sexuelle, parce qu'une communion d'amour presque connaturelle et permanente s'est établie. Cela arrive parfois, sans que cela nuise en rien à l'amour, chez les vieux couples qui ont su rester fidèles au-delà des épreuves, de l'âge, du départ des enfants. De même, dans la vie spirituelle, il peut arriver qu'un chrétien fidèle, qui est passé par une phase de terrible épreuve spirituelle (la nuit de l'Esprit) qui a durablement changé son coeur, qui lui a enlevé toute illusion sur lui-même, en arrive à comprendre tout naturellement que la seule chose qui compte, c'est Jésus aimé partout, à chaque instant, dans toutes les activités. Dans ce cas, communier ou ne plus communier au plan sacramentel n'est plus un inconvénient ni un avantage car la communion à Dieu est permanente, et pourtant pauvre et sans illusion sur soi.
C'est ce que décrit Marthe Robin dans un de ses rares écrits :
« Dans la communion eucharistique, Dieu se donne dans un acte extérieur qui est en lui-même un plaisir, une consolation, une joie pour l’âme... La communion ne suppose pas toujours la vertu. On peut communier et se rendre coupable du corps et du sang du Christ. Quelqu’un a dit : ‘On trouve des chrétiens qui communient tous les jours et sont en état de péché mortel... Mais on ne trouvera jamais une âme qui fasse oraison tous les jours et demeure dans le péché’. Si on me proposait de choisir la rencontre avec le Christ dans l’eucharistie ou dans l’oraison, je choisirais sans hésiter l’oraison car c’est elle qui donne tout son sens à la communion. L’adoration est le but de la communion et c’est elle qui lui donne sa valeur. »
Une ermite commentait :
« Jésus eucharistie ne vient sous les espèces du pain que dans le but de nous mendier quelques secondes de présence et de les transformer, dès que nous le comprenons, en une perpétuelle présence que nous ne quittons jamais, qui demeure indépendamment des espèces du pain et du vin et que nous pouvons retrouver à chaque moment, à volonté, en nous tournant vers notre intériorité. »
La personne, dans cet état que sainte Thérèse d'Avila appelle la 7° demeure (qui fait fantasmer les chrétiens alors qu'elle est une simple pauvreté d'un coeur ayant connu un moment de désespoir dans sa relation à Dieu), comprend que la relation au Christ est infiniment plus riche que le mode sacramentel. La vie mystique (la charité (Agapè) pour Dieu et le prochain) intègre toutes les différentes manières de la vivre (les spiritualités) mais ne peut être réduite à une seule de ces spiritualités. Jésus veut venir habiter le cœur des hommes. Si une voie lui est fermée, il passera par une autre.
Vers la fin du monde, des évènements semblables à ceux vécus par l’Église russe au temps des soviétiques se produiront. Privés de prêtres et de messe, les fidèles apprendront à vivre du Christ comme Marie au temps du sépulcre, par la prière du cœur à cœur. Et, en cette époque, l’Église catholique sera bien vivante, plus que jamais.